de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Le sel de la terre »: Wenders, Salgado, le père, le fils et le monde

Par Sophie Avon

Dans le noir, la voix de Wim Wenders rappelle l’origine du mot photographie. Qui écrit avec la lumière. Lui-même photographe, l’auteur des « Ailes du désir » sait de quoi il parle en ouvrant « Le Sel de la terre » avec l’une des images les plus frappantes de Sebastiao Salgado. Lequel a tellement mitraillé la planète en plus de 40 ans de vie, qu’on serait bien en peine d’établir des hiérarchies et des préférences. Celle qui démarre le film représente la mine d’or de Serra Pelada au Brésil. 50.000 personnes dans un trou gigantesque, des grappes d’individus montant et descendant les parois d’une immense cuve. Le cliché en noir et blanc donne une idée de ce que l’oeil de l’artiste voit derrière ce qu’il montre : la ruche d’une humanité grouillante qu’il s’agit pourtant de contempler et d’aimer. L’enjeu de son travail est là, immédiatement saisi par Wenders qui en filmant Salgado filme un homme ayant approché le cœur des hommes mais aussi leurs ténèbres.

Tandis que le spectateur scrute les photos, la voix de Salgado s’élève à son tour et son visage apparaît. Wim Wenders a créé une sorte de chambre noire pour filmer le photographe seul face à sa mémoire, face à son travail. Il s’agit de réaliser un documentaire, certes, mais comment approcher au plus près cet homme extraordinaire, aventurier, artiste et témoin infatigable au service de la souffrance du monde ? Comment faire un portrait en montrant des images qui ne relèvent pas du diaporama? Comment mettre du mouvement dans l’immobilité, et de la vie dans un travail qui a déjà sa propre histoire ?

En racontant les débuts d’abord, et ce Brésil où Sebastiao est né en 1944 dans une famille de huit enfants dont il est le seul garçon. Son père aurait voulu  qu’il devienne avocat. Il sera économiste. Bientôt marié à Lélia, la compagne de toute une vie, beau et blond dans ces années 60 où le couple s’installe à Paris puis à Londres puis de nouveau en France. Lélia a acheté un appareil photo mais c’est lui qui l’utilise. Très vite, il préfère regarder le monde à travers son objectif plutôt qu’écrire des rapports économiques. Il décide de devenir photographe. Ses clichés ont dès le départ une force poignante. Il suffit de voir cette jeune femme touareg aveugle, l’un de ces portraits qui bouleversera Wenders, scellant une rencontre à venir entre le cinéaste et le photographe. Là où sans doute, tout commença pour ce film très spécial réalisé avec la complicité d’un co-cinéaste pas tout à fait anodin puisqu’il s’appelle aussi Salgado. C’est le fils aîné de Lélia et de Sebastiao. Enfant, il n’a guère vu son père toujours parti à l’autre bout du monde. Il a voulu jeune homme partir à son tour,  suivre son héros dont les absences duraient de longs mois. Il en a rapporté des films qui nourrissent « le Sel de la terre ». Juliano est né en 1974 à Paris. Un an après la première photo officielle de Salgado, prise au Niger.

1974,  c’est aussi la date où s’ouvre le travail au long cours de Sebastiao avec « Autres Amériques » qui constitue le premier chapitre de l’album d’une vie et le premier livre d’une bibliographie d’une dizaine d’ouvrages. Durant ces années 70, Salgado retourne en Amérique latine. Son pays lui manque, qui est encore sous le joug  de la dictature.  Il sillonne le continent. Vit avec des Indiens pieux et saouls, avec des musiciens, avec des Mexicains qui sont des coureurs de fond. Il entre dans leur vie. «  La photographie, c’est en quelques secondes, comprendre un peu de la vie des gens » résume-t-il simplement.

Des années plus tard, en Arctique où il veut photographier les derniers morses de la banquise, et où un ours l’empêche d’accéder où il veut, il dit à son fils qui l’a accompagné : « Ça va être compliqué ce reportage, tu peux montrer l’ours, tu n’en feras pas une photo. »  Ils attendent que le plantigrade veuille bien les laisser passer, rusent finalement en rampant sur les galets. Les voilà identiques à ces morses qui, dans la lumière du couchant, semblent entremêler leurs défenses. Sa photo est sublime.

En 1979, un petit Rodrigo naît, trisomique. Au Brésil, la dictature flanche. Lélia et ses enfants peuvent s’envoler vers le pays de sa jeunesse. Tout a changé mais c’est chez eux. Sebastiao part dans le nordeste où la sécheresse a décimé les gosses. Il photographie les petits cercueils où les corps reposent, yeux ouverts, semblables à des poupées égarées.  Dans la ferme de son père aussi, dans l’état du Minas Gerais, au nord de Rio, la sécheresse a transformé les pâturages en enfer. « Il n’y a plus rien pour retenir l’eau quand il pleut », constate le vieil homme devant la caméra de Juliano. Mais Sebastiao choisit de rejoindre un enfer plus vaste encore, celui du Sahel. Il accompagne Médecins sans frontières et ce qu’il voit alors en Ethiopie défie la raison. Il montre ces camps de réfugiés où les populations coptes, humbles et dévastées par la famine, voient mourir les plus faibles sans oser déranger. Il montre ces vieillards, au Mali, transformés en écorces d’arbres. Ses photos de cendre et de lumière fixent la tragédie en marche.

Avec son nouveau projet, « La main de l’homme », autre grand chapitre allant de la fin des années 80 aux années 90, son empathie ne relâche pas qui témoigne encore et encore de la condition humaine. Et ses photos disent toutes la même chose : les êtres sont semblables, qu’ils soient nus ou vêtus, riant dans le désastre ou les paupières fermées.

En 1991, la guerre du Golfe éclate. Sebastiao photographie les puits de pétrole auxquels Saddam Hussein a mis le feu au Koweit. Les fumées sont si épaisses que les rayons du soleil ne passent plus. Les pompiers canadiens qui tâchent d’éteindre les foyers mugissants sont semblables à des gladiateurs argentés. Un peu plus loin, un jardin d’Eden, refuge déserté d’un émir, a été transformé en géhenne.  Couverts de pétrole, des chevaux errent. Ils sont devenus fous et les oiseaux, ailes collées, ne peuvent plus fuir.

Salgado est prêt pour ses « Exodes » qui vont de 93 à 99 et qui seront les années les plus terribles de sa vie. De l’Afrique à l’Europe, du Rwanda au Congo en passant par  la Yougoslavie, il suit infatigablement les déplacements de populations et fixe ce qu’il voit sur les routes. L’horreur, le néant, la mort, la violence et parfois, au milieu de la haine et de la souffrance, le sourire d’un petit qui regarde sa mère avec une infinie confiance. Il dit que sans cesse, il posait son appareil pour pleurer. Ses clichés sont inouïs. Insoutenables mais forçant le passage, témoignant pour cette humanité qui se déchire et dont il constate, « on est un animal féroce, notre histoire, c’est celle des guerres ». Qu’ajouter de plus quand un cadavre emporté dans la pelle d’un tracteur semble demander grâce de ses bras désarticulés? Quand trois petits enfants sous une couverture, les yeux écarquillés par l’effroi interrogent l’objectif ? Quand les églises et les écoles sont des cimetières ?

Pour lui, c’est le noir, la dépression. Il ne croit plus en rien. Il remet tout en question. L’humanité, son travail, le droit de vivre. Sa femme l’aidera à reprendre goût à la vie en décidant de replanter la forêt de son enfance pour que reverdisse leur pays.  C’est « Genesis » le chapitre clair d’une vie et la dernière partie d’un film bouleversant qui est bien au-delà d’un documentaire. C’est le miroir d’un homme qui a donné sa vie aux autres.

« Le Sel de la terre » de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado. Sortie le 15 octobre.

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commentaires

20 Réponses pour « Le sel de la terre »: Wenders, Salgado, le père, le fils et le monde

xlew.m dit: 14 octobre 2014 à 11 h 48 min

« Die Himmelsrichtung (über Berlin) », en ce qui concerne les deux pôles, semble s’être inversée, Sophie, dans votre papier. En Antarctique (de ce côté-ci de la « petite ourse »), on ne trouve pas de morses (des éléphants de mer, c’est plus probable), ni d’ours. En Arctique, oui, Salgado dut y aller aussi.
Salado, ‘sal’, sel, on voit vite l’opération du jeu de mot. Un peu gros.
Depuis Tokyo-Ga, le cinéma de Wenders m’a l’air esthétiquement ultra-policé (pour ne pas écrire chiadé), les images font quelquefois tirages de « Werbefotografie » glacées, je sais que cela peut apparaître comme la dernière expression boboïste que de le dire comme ça, tant pis.
On a l’impression d’une humanité mise en herbier.
Bien à vous.

xlew.m dit: 14 octobre 2014 à 11 h 54 min

« Salgado », pardon.
Où sont passées les anges-acrobates des Ailes du désir ? On devrait normalement voir plus souvent Solveig Dommartin au-dessus de nos têtes, qu’attend le gars Wim pour nous la montrer avec sa caméra numérique ?
Nous sommes en plein « Gel du gésir. »

Sophie dit: 14 octobre 2014 à 12 h 28 min

xlew.m , je ne sais plus si c’est l’Arctique ou l’Antarctique mais je suis sûre qu’il a photographié des morses. Donc, vous devez avoir raison, c’est l’Arctique. Pour le reste, la mise en herbier de l’humanité, hum, il y aurait beaucoup à dire. Et si vous alliez voir le film?

Sophie dit: 14 octobre 2014 à 12 h 34 min

D’après mes notes, c’est bien l’Antarctique. Et il y a bien photographié des morses. Mais j’ai pu me tromper. Bon, j’ai corrigé mon papier – voyez ma confiance en vous…

La Reine des chats dit: 14 octobre 2014 à 16 h 14 min

Sophie, cher petit soldat montant au front, prête à aller remettre le nez dans ses notes pour vérifier l’exactitude de ce qu’elle avance! Méfiez-vous, Xlew, elle n’écrit pas en sténo mais peut être redoutable. Elle m’avait plantée sur la nuance d’une réplique de « Walter Mitty ». J’étais allée le revoir avec une angliciste distinguée, pour être sûre, et c’est bien elle qui avait raison! Remarquez quand je suis distraite, ou émue, j’ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien etc, langue ou plume qui fourchent, avec parfois des résultats catastrophiques.(D’où la nécessité éventuelle de se relire, ce dont on est loin d’avoir tjs le temps) « Gel du désir », alors, une humanité « mise en herbier », dites-vous? Je n’ai pas trouvé vos arguments boboïsants, hélas il me semble deviner à travers eux probablement ce qu’il en est. Puis pas l’empilement/juxtaposition/addition des talents Wenders/Salgado qui curieusement garantit quoi que ce soit. Quelquefois au contraire ils s’affaiblissent en un étrange processus. Mais bien sûr j’irai voir par moi-même. A cause de Solveig Dommartin autrefois, justement (cela dit mon neveu de 17 ans qui étudie le cinéma, la première fois qu’il avait vu le film avait cru périr d’ennui, deux ans plus tard il changeait d’avis catégoriquement…)et surtout en ce qui me concerne, la petite Nastassja K en pull angora rose, sourcils noirs et perruque blonde, Ry Cooder, la longue errance/ballade sauvage d’Harry Dean S au milieu de paysages vides, du mesquite qui roule devant des stations service à la Hopper

Jacques Barozzi dit: 14 octobre 2014 à 16 h 35 min

La juxtaposition Wender/Handke des premiers films en noir et blanc, c’était du cinéma à la puissance carrée, la Reine ! Les Ailes du désir m’avait laissé sur ma faim mais furieusement donné l’envie d’aller visiter Berlin. J’ai pas été déçu du voyage. Avec Antonioni, c’était à mon goût moins probant. Allons voir cette nouvelle coréalisation qui a enchanté Sophie !

La Reine des chats dit: 14 octobre 2014 à 17 h 02 min

I do, Jacques !
D’accord pour ce qui est Wenders/Handke = cinéma à la puissance décuplée, le tout qui surpasse la valeur simplement additionnée des parties qui le constituent. En revanche je ne veux pas vs planter un couteau ds le dos, et pas le sujet ici,mais le Lucy de Besson, quel naufrage! Ne me dites pas que « l’effet Scarlett » fonctionne en secret sur vous? N.Kinski, je veux bien, mais Johansson réduite à des Louboutins?

La Reine des chats dit: 14 octobre 2014 à 17 h 12 min

Il faut que j’y aille, mais au passage, Jacques,assez bizarrement c’est De l’autre côté de Fatih Akin qui m’avait donné envie de me ruer littéralement à Berlin. Peut-être la présence de Hanna Schygulla, vieillie, épaissie et toujours si magnifique? Cette scène où le jeune homme prend dans ses bras la mère éplorée, dans cet hôtel où elle ne peut plus rien. Je m’étais remise aussi fébrilement, au moment du film, à la relecture de Pamuk – Neige, mon favori, avec les personnages de K. et d’Ipek. Mais c’est une autre histoire, bien que Schygulla, l’héritage de l’expressionnisme allemand..le noir&bl retrouvé,, la boucle est bouclée

xlew.m dit: 15 octobre 2014 à 11 h 59 min

« À toutes les Rollingstonettes » ferait un beau titre de chanson, le pendant de « To All the Young Dudes », peut-être. Les Rollingstonettes sont extras, et pas seulement parce qu’elles sont des parachute women qui atterrissent la nuit sur les garçons qui ont été sages la journée.
« Salt of the Earth », une superbe chanson biblique du temps présent, un Jagger poète extra-lucide avec sa vision de l’insipidité mentale et spirituelle qui guette les hommes à chaque instant, un Richards unplugged qui savait faire jouir les Taylor comme personne.
Reine, moi ma Nastassja K., c’est celle qui interprète Maria Bosic dans le film de Kontchalovski. J’adore les K (the kinky ones.)
J’ai relu votre revue du film, Sophie, oui vous avez raison, vous montrez d’autres enjeux que quelqu’un qui n’a pas encore vu le film ne peut, bien sûr, même pas soupçonner.
J’en profite pour vous dire que j’ai aimé le film de Vernoux, « Les Beaus kours », que j’avais un peu asticoté dans ces colonnes. Vous aviez vu juste.
J’essaye de commenter après avoir vu les films, hélas on se laisse tenter quelquefois, et voilà qu’on viole ses principes.
Pour revenir à Salgado, je verrai demain ce qu’apporte le film aux images du photographe.
Je n’aime pas beaucoup succomber à certaines images qui montre le malheur (ou même le bonheur) des hommes.
En revanche je trouve que le cinéma ou le reportage d’images est infiniment plus fort, et peut-être plus honnête, je pense par exemple au beau film de Pierre Schoeller vu samedi dernier à la télé sur les réfugiés syriens installés sous les tentes de fortunes des Nations Unies au Kurdistan irakien, dans la ville de Kawergosk, depuis trois ans.
Terrible situation, pas mal d’émotions, une sacrée gifle aussi, celle d’un réel que l’on n’a pas toujours à l’esprit.

La Reine des chats dit: 15 octobre 2014 à 14 h 55 min

Lew, vs avez le don de m’entrainer ds la conversation, tant mieux,helas je n’ai pas le tps,assez frustrant donc de ne pas être en mesure de développer vraiment : pour ce qui est des Rollinstonnettes, vs prêchez une convaincue, cela mériterait même d’entrer ds le détail, « Jaggerien » ou « Richardsien » (en ce qui me concerne,my heart belongs to Keith), plutôt période « Angie » ou plutôt « Wild horses »? Bref, voir ça de plus près, tout en nuances.
Maria’s lovers, Kontchakovski, Nastassja entre Savage, Bob Mitchum, K.Carradine, vs avez une nouvelle fois tout bon!Pas de bémol.Je suis plus partagée sur son frère Mikhalkov .Il a beau m’avoir emportée en paquebot avec ses « Yeux noirs », (un Mastroianni mégalo et vélléitaire, divin,entrant en costume blanc dans la piscine de boue), les steppes venteuses de son « Barbier de Sibérie », je ne peux m’empêcher, surtout au regard de ce qui se passe en Ukraine actuellement et de ce qui s’est passé en préfiguration en Géorgie en 2008,d’examiner son message « politique » avec davantage de circonspection – pas seulement car Nikita Mikhalkov avait déclaré il y a 2 ou 3 ans que « Poutine, si décrié par les Occidentaux, avait rendu sa fierté au peuple russe »: qu’on le veuille ou pas,la formulation, provocante à des oreilles occidentales non « diposées », n’en recoupe pas moins une réalité objective. Le tour de passe-passe a consisté seulement à faire passer avec une habileté incontestable la pilule d’une économie en difficulté, d’une corruption galopante, des vraies questions autour des langues parlées au sol et des minorités et d’une démocratie à la ramasse en pertes et profits, en échange de l’exaltation d’un nationalisme « magnifié », d’une « âme russe » présentée comme authentique, généreuse, fruste mais noble etc. Moi qui adore le peuple russe (c’est d’une telle évidence que je me sens idiote d’avoir à le spéficier malgré tout, au cas où), soudain je suis gênée par ce que le cinéaste fait de cette réalité, l’interprétation qu’il en donne et à quelles fins, dans cet écheveau pour le moins compliqué! Pourquoi je préfère des films comme Le goût de la mûre, ou Eka et Natia, ou la danse du Foulard pour parler de l’échiquier actuel, d’une manière qui soit à la fois interprétative, poétique, subjective & partisane, certes, par définition, toujours, mais aussi crue, sans ripolinage visant à embrouiller le bon peuple, revêtir d’une couche de peinture pastel ou pétaradante les tentes crado des réfugiés chassés par des manoeuvres dans lesquelles on les a jetés, alors qu’ils n’avaient rien demandé à personne! Le cinéma de NM, au lieu de mettre le doigt dans un intervalle où ça pose pbm, sous prétexte de ne fâcher personne et certainement continuer à travailler, est en train de se figer en carte postale.
J’espère que celui de Wenders ne va pas terminer en herbier, à force de considérations esthétiques finissant par se couper de tout. Cela dit je n’ai rien contre les autistes, ermites vivant en haut d’un arbre, se nourrissant de miel, filmant à longueur de journée les seuls nuages ou les ombres portées sur le mur de leur grotte, je ne tiens pas spécialement à un « engagement » obligatoire ni forcé de la parole, mais à un dire-du-monde, oui,autrement pour quoi faire? le cinéma de Tarkovski pour moi est à la fois solipsiste et immense, l’oeuvre de Modiano à mes yeux tout sauf racornie, repliée uniquement sur elle-même.
Bien à vs, meow-meow

Jacques Barozzi dit: 15 octobre 2014 à 20 h 00 min

Oui, j’ai bien entendu l’Arctique et vu de sacrés morceaux de morses bien dentus, Sophie. Wender et Salgado conjuguent leur double regard pointu pour nous faire toucher du bout des yeux le pire de la condition humaine. Tels Dante et Virgile, ils nous prennent par la main et nous conduisent gentiment mais fermement jusqu’au dernier cercle de l’enfer terrestre. Et puis, pour ne pas désespérer totalement le Billancourt des spectateurs, ils nous projettent brusquement vers les beautés éternellement recommencées du paradis. Celles qui font qu’au-delà de la dépression, l’un tourne encore et l’autre photographie.

candie dit: 15 octobre 2014 à 20 h 35 min

« …Celles qui font qu’au-delà de la dépression, l’un tourne encore et l’autre photographie. »

Quant à ceux qui prétendent survoler … Par-delà les limites de la langue, faut décoder sévère :-D

http://vimeo.com/41841113

Jacques Barozzi dit: 23 octobre 2014 à 15 h 39 min

La fin de l’article de Sophie Avon sur la République du cinéma :

« En 1991, la guerre du Golfe éclate. Sebastiao photographie les puits de pétrole auxquels Saddam Hussein a mis le feu au Koweit. Les fumées sont si épaisses que les rayons du soleil ne passent plus. Les pompiers canadiens qui tâchent d’éteindre les foyers mugissants sont semblables à des gladiateurs argentés. Un peu plus loin, un jardin d’Eden, refuge déserté d’un émir, a été transformé en géhenne. Couverts de pétrole, des chevaux errent. Ils sont devenus fous et les oiseaux, ailes collées, ne peuvent plus fuir.

Salgado est prêt pour ses « Exodes » qui vont de 93 à 99 et qui seront les années les plus terribles de sa vie. De l’Afrique à l’Europe, du Rwanda au Congo en passant par la Yougoslavie, il suit infatigablement les déplacements de populations et fixe ce qu’il voit sur les routes. L’horreur, le néant, la mort, la violence et parfois, au milieu de la haine et de la souffrance, le sourire d’un petit qui regarde sa mère avec une infinie confiance. Il dit que sans cesse, il posait son appareil pour pleurer. Ses clichés sont inouïs. Insoutenables mais forçant le passage, témoignant pour cette humanité qui se déchire et dont il constate, « on est un animal féroce, notre histoire, c’est celle des guerres ». Qu’ajouter de plus quand un cadavre emporté dans la pelle d’un tracteur semble demander grâce de ses bras désarticulés? Quand trois petits enfants sous une couverture, les yeux écarquillés par l’effroi interrogent l’objectif ? Quand les églises et les écoles sont des cimetières ?

Pour lui, c’est le noir, la dépression. Il ne croit plus en rien. Il remet tout en question. L’humanité, son travail, le droit de vivre. Sa femme l’aidera à reprendre goût à la vie en décidant de replanter la forêt de son enfance pour que reverdisse leur pays. C’est « Genesis » le chapitre clair d’une vie et la dernière partie d’un film bouleversant qui est bien au-delà d’un documentaire. C’est le miroir d’un homme qui a donné sa vie aux autres. »

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