de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

L’écume des jours à la surface des choses

Par Sophie Avon

Sans doute était-il le seul à pouvoir adapter le roman de Boris Vian qui pour tout adolescent d’autrefois fut l’étendard de la liberté et la jeunesse. Michel Gondry s’est pourtant noyé dans « L’écume des jours », triste roman joyeux où pour tromper la mort, chacun fait semblant d’être heureux et rit trop fort avant de s’en aller pleurer.

Le monde de Michel Gondry serait-il trop proche de celui de Vian pour que les deux, en fusionnant, ne puissent que s’anéantir? Plus sûrement, le roman est trop abstrait malgré sa fantaisie pour ne pas échouer à prendre vie sur grand écran, et le réalisateur, tellement amoureux du bricolage en chambre, qu’il s’est laissé déborder par un déferlement artisanal et laborieux.

Depuis quand d’ailleurs, des objets mouvants, aussi rigolos soient-ils, un pianocktail, aussi inventif soit-il, et des perspectives à géométries variables, aussi poétiques soit-elles, suffiraient à combler une humanité adulte qui préfère les miroirs à des hochets plein de ressources mais sans âme?

Face à cette surenchère matérielle, les personnages paraissent eux-mêmes débordés par ce qui autour d’eux prend toute la place. Du coup, Chloé et Colin (Audrey Tautou et Romain Duris), personnages asexués quoique amoureux, ont beau être emblématiques d’une jeunesse d’après-guerre ayant soif de pousser les murs et d’être libre, ils ont l’air de s’excuser d’être là. Evanescents, timorés, ils sont sans malice ni passion, juste terrifiés à l’idée que la vie pourrait s’achever – devenir autre chose que ce monde enjoué de l’enfance qui de fait, peu à peu, à mesure que le nénuphar grandit dans la poitrine de Chloé, devient noir et irrespirable. Ni l’ami Chick (Gad Elmaleh) qui faufile sa poésie narquoise en aimant Jean-Sol Partre, ni le majordome philosophe Nicolas (Omar Sy) à la gaité jazzy, ne peuvent rivaliser avec ce parti-pris des choses qui les encombre au lieu de les magnifier.

Les objets obsolètes, les bouts de ficelle et toute cette ingénierie de bazar dont Michel Gondry a depuis belle lurette réjoui ses amateurs, ne fonctionne plus. Ou plutôt, elle fonctionne trop bien, jusqu’à vampiriser le récit qui de façon symptomatique, commence à se charger d’intensité quand avec l’avancée de la mort, le film entier porte le deuil d’un monde où les perspectives s’amenuisent et où les espaces se rétrécissent.

Mais il est trop tard. Michel Gondry a voulu montrer comment précisément, « L’écume des jours » était un livre sur l’obsession du ré-enchantement et sur le bonheur impossible. Son film, lui, ne ré enchante rien et commence à vivre en mourant.

« L’écume des jours » de Michel Gondry. Sortie le 24 avril.

 

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

6 Réponses pour L’écume des jours à la surface des choses

Chesco dit: 26 avril 2013 à 15 h 13 min

C’est tellement vrai. Un réalisateur qui veut filmer l’écume des jours et qui boit le bouillon…

Arnaud dit: 6 mai 2013 à 9 h 11 min

c’est cela même. Mais quoi qu’on en pense, l’Écume des jours n’est vraiment pas aussi formidable que ça. Et, lorsqu’un peu de noirceur, de tension, viennent enfin habiter le film (bien tard, comme dans le bouquin), on se prend à espérer que Gondry ne lâche pas l’affaire, qu’il s’attache aux pas de Romain Duris longeant les marais mélancoliques, que Colin se mue en Jacquemort et qu’il embraye sur la cruauté magnifique, sans doute beaucoup plus faite pour le cinéma, de l’Arrache-cœur…

vcstrois dit: 26 août 2013 à 14 h 31 min

J’ai apprécié le côté artisanal des effets spéciaux. Cela rend, pour moi, la première partie du film assez réjouissante.

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