de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Les chansons que mes frères m’ont apprises »: India song

Par Sophie Avon

Voilà l’un des plus beaux films qu’on puisse découvrir en cette rentrée, signé par une jeune réalisatrice, Chloé Zhao qui a consacré quatre années de sa vie à une réserve indienne du Dakota du sud. Immergée au sein de la communauté Lakota, elle a vécu avec ces gens et les a associés autant que possible à son récit, lequel brosse le portrait d’un frère et d’une sœur. Son empathie est si forte et son sens de l’histoire si affûté qu’à travers ses jeunes héros, c’est le sort des « Native Americans » qui se dégage, et au-delà, l’âme d’un pays et d’un paysage. La cinéaste se garde bien de démontrer quoique ce soit, elle capte des atmosphères, des instants, et sans souci d’une narration trop rigoureuse, se nourrit de ce qu’elle voit. Les grandes plaines et les collines qui renvoient des échos infinis, la beauté de ses acteurs – non professionnels -,  l’herbe sèche, les maisons aux murs bleues, l’église blanche et le vent qui fait voler les longs  cheveux noirs de Jashaun, la sœur de Johnny Winters.

La famille de Johnny et Jashaun est amputée et en même temps, la fratrie semble toujours renouvelée dans cette réserve où le père, Karl, avait des fils de mères différentes. Mais il est mort dans l’incendie de sa maison. Quant au frère aîné, il est en prison ; la mère a élevé comme elle a pu des enfants qui désormais lui échappent. Il est loin le temps où l’aîné était un bébé adorable et facile. Dans cette communauté ravagée par l’alcool et minée par la perte de son identité, tout semble en voie de dislocation. Comment devenir adulte sans rêver de partir ?  Johnny aime dresser les chevaux et monter les taureaux, comme tous les gamins d’ici, mais son projet est de fuir. Il veut partir avec celle qu’il aime, Aurelia, qui s’apprête à suivre des études à Los Angeles. Quitter ce territoire assigné, s’évader, vivre sa vie loin de cette misère, économiser, quitte à se livrer au trafic d’alcool. Pour étendre son marché et pouvoir suivre Aurélia, Johnny achète un vieux pick up qui d’ailleurs appartenait à son père. C’est son seul bien. Il l’a acheté au vieux Bill dont la copine est bien jeune pour être avec un type de cet âge.

Un pneu suspendu dans la torpeur de l’été, un incendie dont les cendres métaphorisent la disparition d’un monde, un orage ou un lever de soleil sur cet horizon sans limites qui pourtant emprisonne ceux qui y vivent, quelques notes de piano qui se fondent à une sirène d’alarme : de cette Amérique d’après western, Chloé Zhao dresse un inventaire contemplatif et mélancolique  dont la fin, solaire, élève encore davantage la beauté du récit.

  »Les chansons que mes frères m’ont apprises » de Chloé Zhao. Sortie le 9 septembre.

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