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La République Du Cinéma

« Les deux amis »: Louis Garrel en fugue amoureuse

Par Sophie Avon

C’est le triangle amoureux le plus joliment convenu qui soit : deux garçons se disputant une fille. Mais il y a des centaines de manières de le raconter. Louis Garrel qui a déjà largement exploré le thème du trio dans ses courts-métrages précédents, passe au métrage supérieur avec la même ligne, héritier de Musset, soucieux du sentiment plus que de l’action. Interprète et chef d’orchestre d’une partition toute en jeu de dupes, il déploie habilement une histoire d’amitié et d’amour qui se dénoue d’un côté pour se nouer de l’autre. Disons que « Les deux amis », Abel et Clément (Louis Garrel et Vincent Macaigne), en finissent avec ce qui les lie, tandis que l’intruse et muse, Mona (Golshifneh Farahni), est celle par qui la rupture arrive.

C’est elle aussi qui ouvre le film dans un très beau plan où on la découvre en train de se doucher. Le spectateur comprend vite de quoi il s’agit, où elle est exactement, mais ce sera son secret à elle. Les deux amis, eux, n’en sauront rien avant longtemps. Ils sont sans doute trop immatures pour mériter de le savoir ou de le deviner. Mona ne leur dit rien. Le récit les laisse dans cette innocence, cet  écho de l’enfance, adulescents irresponsables et du côté du rêve – « je ne peux pas m’empêcher de rêver » dit d’ailleurs Abel  à Mona. La jeune femme, elle, se tient du côté de l’âpreté, de la dureté de la vie, de sa réalité. De la maturité aussi.

Ce n’est pas indifférent si elle est la seule qui habite l’écran avec gravité, même dans les scènes plus légères, tandis que les garçons font les malins, surtout Vincent Macaigne dont la fragilité supposée vire au maniérisme.  Voix douce et fêlée, ton implorant, il a tendance à surjouer un personnage qu’il a beaucoup joué. Face à lui, Louis Garrel, éternellement placide, mais dont le détachement échappe à la posture,  possède même une sorte d’inquiétude masquée qui densifie son personnage. Au demeurant, il n’a pas besoin de se donner un mal de chien pour séduire la belle Mona, laquelle est adorée en vain par Clément. « Pas elle », a prévenu Clément, et c’est évidemment à ce moment-là qu’Abel ressent pour Mona un sentiment qu’il ne devrait pas éprouver par simple loyauté pour son ami.

Les voilà donc tous les deux à la suite de la belle étrangère, déambulant dans les rues de Paris, de nuit, fugitifs insouciants le temps d’un film et d’une histoire où l’utopie, quand elle est possible, ne peut se vivre qu’au cinéma : Clément est figurant et les trois jeunes gens se retrouvent sur le tournage d’une reconstitution de mai 68. Christophe Honoré a collaboré à l’écriture du scenario dont le fil rouge, le trio impossible, produit une mélancolie très belle.  Le registre comique y fonctionne moins bien, sauf dans la deuxième partie, quand c’est Mona qui s’amuse et emmène les garçons à l’hôtel. Car c’est elle, décidément qui tient le récit et relègue l’histoire d’amitié. Au fond, on se soucie assez peu des enjeux sentimentaux entre Abel et Clément, dont la fantaisie libère Mona mais se révèle vite artificielle. En échange, la jeune femme les a fait grandir en les séparant. Echange de bons procédés qui embarque le film vers un magnifique dénouement, à la fois joyeux, tendre et quasi lyrique. « Tu n’as plus rien à m’apprendre »,  dit Clément à Abel. La fleur de leur amitié s’est fanée à mesure qu’ils tombaient amoureux, c’est ainsi que les hommes vivent.

« Les deux amis » de Louis Garrel. Sortie le 23 septembre.

 

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

9 Réponses pour « Les deux amis »: Louis Garrel en fugue amoureuse

Ueda dit: 29 septembre 2015 à 16 h 29 min

Christophe Honoré a collaboré à l’écriture du scenario

Cette seule phrase coupe toute envie d’aller voir le film.

ueda dit: 30 septembre 2015 à 16 h 23 min

Golshifneh Farahni

J’ignore quel est le con qui poste sous mon pseudo, mais cette beauté persane me va doit au coeur.

« Eprise de fleurs », dit Wiki.
Shifteh est encore plus fort, c’est être fou…

Un jour, une fois chassées les toiles d’araignées de la mollahcratie, l’Iran redeviendra la Perse, avec les plus belles femmes du monde.

Jacques Barozzi dit: 30 septembre 2015 à 18 h 43 min

Golshifneh Farahni est en effet très envoûtante dans ce film, avec un léger accent, j’ai cru un temps qu’elle était italienne, Ueda…

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