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La République Du Cinéma

« Les malheurs de Sophie » : très honorables

Par Annelise Roux

La collaboration Christophe Honoré-Alex Beaupain fonctionne. On avait pu le vérifier dix-sept fois avec « Cécile Cassard », inégal, boursouflé parfois mais brillant, ou encore « Les chansons d’amour » promulguées en 2007.
Rôdé, le duo d’amis doit beaucoup aux arrangements de Frédéric Lo, qui eut par ailleurs le flair, pour ne pas dire le mérite de faire lever tous les matins feu Daniel Darc de son lit pour lui permettre de réaliser un dernier opus-testament, « Crèvecœur ». Le soupçon de prétention dont on taxe Christophe Honoré n’a pas automatiquement de quoi déplaire. Il peut s’avérer une force, le poussant à s’étirer en direction de figures légendaires, Vincente Minnelli ou Jacques Demy dont les ombres planent. Peut-on dire pour autant que Vincent Delerm invente un style au même titre que Brel ou Ferré ? Quelqu’un comme Philippe Katerine jetant vraiment les bonnets par-dessus les moulins, à sa manière dingo, lave plus blanchard (son vrai nom) que tel ou tel Julien plaqué or.

Pour ces « Malheurs de Sophie », la salle était pleine d’enfants. Les films dans mon cas ne sont pas toujours visionnés in vivo. Émouvant cette fois, grâce à l’immersion, d’assister en direct aux réactions. Frémissements, exclamations lorsque Sophie – une Caroline Grant en fossettes effrontées puis à l’élan brisé – tournicote avec son canif autour du bocal des poissons rouges. Matisse, prends garde ! L’ambition de Christophe Honoré s’avère payante. Adapter la comtesse de Ségur place haut la barre. Comment rendre sans trahir, tout en se montrant inventif, ce climat d’époque, l’inégalité entre les castes, l’insouciance et le délaissement dans lesquels baignaient les enfants de l’aristocratie ? Tout le monde n’atteint pas la perfection iconoclaste de Delphine Seyrig, fée vêtue de mauve dépêchée en hélico précurseur dans « Peau d’âne » pour détourner Jean Marais de ses pulsions incestueuses envers Catherine Deneuve tout en préparant le terrain de Bruno Bettelheim et sa psychanalyse des contes, six ans plus tard.
Golshifteh Farahani, avec son air de maharani épuisée n’a pas à se forcer pour conquérir. Par son débit lent, ses yeux de biche cernée, elle séduit autant en Madame de Réan, mère aimante mais facilement dépassée qu’un départ aux Amériques rend migraineuse qu’en jouant du hang, instrument traditionnel en pleine pampa kurde dans « My Sweet Pepper Land » chez Hiner Saleem : homme, femme, il faudrait être une bûche aveugle pour ne pas tomber éperdument sous son charme ! Du genre Blandine brune à dompter les bêtes. Servie par son physique concordant – ce mélange de beauté mutine, de bienveillance rehaussée de vivacité – Anaïs Demoustier en Madame de Fleurville dans les jupes de laquelle se réfugient les petites filles modèles habite aussi son personnage avec beaucoup de grâce.
Les hommes sont absents, on les voit à peine, jamais plus haut qu’à hauteur de jambes. Ils passent, apportent un coffret précieux, envoient des plis prévenant leurs femmes de songer à faire préparer les bagages… Ceux qui restent sont les domestiques, véritables membres de la famille qui élèvent les enfants tout en restant à leur place, les hommes d’église…  Christophe Honoré a la main heureuse en faisant chanter le Père Huc, confesseur quelque peu austère, en mandarin au prétexte qu’il fut missionnaire en Chine : on s’esclaffe, retrouvant ses dix ans lorsque Michel Fau déploie un éventail, la bouche en cul de poule non sans avoir foudroyé auparavant du regard la petite troupe dissipée, Paul, Camille, Madeleine et les autres… Joseph (David Prat), le beau jardinier leur apprend la nature et les animaux. Son sourire en lui-même est un éveil à la sensualité, cette part sauvage, instinctive, qu’on les somme en permanence d’apprendre à tenir à distance, policer.
Les dames visitent le garde-chasse au bébé morveux et braillard pour tenter de sauver des hérissons – sans succès… C’est un des points où il y avait de quoi attendre le réalisateur au tournant : cet équilibre à rendre entre une exaltation champêtre encore possible (le château au parc bien entretenu, les jardins où croissent digitales, campanules, ombellifères et angéliques, où l’expédition jusqu’au potager, la cueillette des premières cerises, font office d’évènements) et la rudesse paysanne nécessaire pour faire tourner la boutique… La photo illustre cette fraîcheur désuète, exquise comme avait su le faire Jean-Claude Brialy dans « Églantine », tout en montrant l’envers. Madame de Réan et Madame de Fleurville devisent, robes étalées en corolle sur le sofa, les enfants sont conduits auprès d’elles ici ou là, rarement sans introduction préalable, pendant ce temps le majordome ou les cuisinières se démènent pour les satisfaire, tyrannisés par leur progéniture.
Baptistin (Jean-Charles Clichet, tour à tour compatissant, stoïque), est moins convaincant armé en récitant « direct » que faisant montre d’une inusable patience envers Sophie, petite maîtresse vive, esseulée, n’ayant d’autres façons d’écouler son énergie débordante et sa mélancolie que de faire des bêtises. Idem pour Anaïs Demoustier : sa façon de prendre le relais afin de ficeler le récit auprès du public n’ajoute pas grand-chose, la trouvaille de Christophe Honoré fait perdre un peu de poésie en bêtifiant pour donner un fil rouge à la narration, au lieu d’apporter tant que ça en clarté.

La jeune Caroline Grant au phrasé hésitant, entêtée, fière-à-bras et incertaine, éclatante d’espièglerie en revanche fait mouche dans sa manière d’implorer le pardon de « sa bonne » (parfaite Laetitia Dosch, à la fois souffre-douleur désigné et suppôt affectif majeur). Muriel Robin en Madame Fichini par son costume, son jeu, son maintien, arrive à s’arracher in extremis au côté obscur de la Force, donnant dans le versant timburtonien d’une Helena Bonham Carter au lieu de tomber dans le « Cendrillon » outré de Kenneth Branagh. C’était mal parti.
L’intrusion du dessin animé basique m’a posé question : l’écureuil, les hérissons, le crapaud… Christophe Honoré en réalité a plus d’un tour dans son sac. Ce recours lui permet de mettre en scène l’expression d’une cruauté violente, d’inoculer son poison dérangeant tout en s’exonérant des retombées désagréables. Bien vu ! La défenestration d’une image est mieux pardonnable, tout en faisant son effet.

Il faudrait citer tous les enfants sans en omettre aucun, Paul (Tristan Farge), plus énigmatique et doux que l’énergique et martyrisée Sophie, Marguerite de Rosbourg (impayable Aélys Le Nevé balbutiante aux bonnes joues de bébé)… Le générique, malin, s’en charge en nous servant au passage une chanson finale bien faite pour être reprise en chœur, et donc réclamée sur C.D à la sortie par nos chères têtes blondes que le film aura séduites ?
Alex Beaupain a toute ma considération, un talent que je place au-dessus de la défiance. Si elle existe, son intentionnalité dans ce domaine gâche-t-elle quoi que ce soit ? Sophie Rostopchine, plus connue sous le titre de comtesse de Ségur a laissé sur son époque un legs d’importance. Littéraire, sociologique, historique. Je n’aime pas l’idée qu’on la tienne pour une poule aux œufs d’or en période de Pâques, mais bon… j’ai eu la comptine en tête la journée entière, et Capitaine Flam, tu n’es pas de notre galaxie ?

« Les malheurs de Sophie » de Christophe Honoré   

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33 Réponses pour « Les malheurs de Sophie » : très honorables

el flaco dit: 2 mai 2016 à 8 h 08 min

Encore un article extra!Grand plaisir de lecture.Vrai tour de magie.On n’est jamais chez Garcimore ici: profondeur,finesse,humour,distinction. Pas de la formule, de l Annelise!! La fée descendue de l’hélico croque le trés honorable Christophe Honoré comme une pomme,on aimerait tous être a sa plaçe.

xlewm dit: 2 mai 2016 à 10 h 34 min

Si seulement le nain Dujardin avait pu passer indemne l’épreuve du casting, on aurait enfin pu en voir un, d’homme, un vrai, peut-être.
D’autres extraits du film montrent des cadrages qui font saliver.
Honnêtement soit dit, trop de trop belles choses dans ce film font désirer garder la chambre et préférer veiller sur les acariens rouges que l’on recueille dans un terrarium pour reptiles plutôt que d’aller franchir les portes d’une salle de ciné.
La petiote qui joue le premier rôle fait vraiment peur, Muriel Robin (qui ne loupe jamais de se plaindre que les producteurs la cantonne dans des rôles de femme sur-genrée et dépressive, dans ses interviews à Canal +) donne quelquefois l’impression d’à peine sortir du cabinet d’un dentiste hollandais fou installé dans un désert médical de Saintonge (un côté Les Molaires de Sapho, désolé, la bouche souvent serrée), je la trouve souvent dans son jeu très amalgamée sur elle-même, comme un alliage dentaire justement. Elle ne tend pas assez vers l’extérieur la vénéneuse pomme d’amour rouge, étincelante comme ce que l’on nomma jadis le vice italien.
Comment ne pas priser les références d’Annelise au sujet des beaux films du Nantais sublime qui partageait la recette de son gâteau préféré avec l’archange Morrison dans l’habitacle de l’hélicoptère entre les scènes de Peau d’Âne ?.
Plein accord sur Frédéric Lo, mais Beaupain, quoique bon musicien malin, plaque beaucoup de choses en douce sur la partoche de la BO.
Il semble jouer les Satie de parc d’attraction et quelquefois piquer dans les cahiers de musique de François de Roubaix (période Chapi-Chapo), de ceux du musicien caché derrière le groupe Chapi Chapo et Les Petites Musiques de Pluie, justement, et de peut-être s’inspirer de Julien Ribot (dessinateur qui lui aurait peut-être commis l’inverse, c’est à dire réaliser tout le film en animé sauf les scènes où l’écureuil échappe à la torture de la petite brune qui fiche la trouille).

Annelise dit: 2 mai 2016 à 16 h 03 min

Merci Flaco, j’aime tant Delphine Seyrig. Sami Frey aussi. Intelligence, raffinement, tous les deux.
Vous êtes en forme, Lew – et ça vous va bien. Entre Eriksen,Pierre Assouline, Roro et vous ces jours-ci, je ne risque pas de m’ennuyer. Votre façon de tailler le costume près du corps, indice des bons couturiers. Pierre Bergé appréciera? Savoir broder d’improbables motifs aussi, Proust aurait fait verdir d’envie François Lesage avec toutes ses plumes. N’oubliez pas qu’il s’agit d’un film destiné aux enfants. C’est mon côté « Deer Hunter »: quelquefois l’animal est bien dans le viseur, et il est temps de lever le canon par choix. Pas d’accord sur le « trop de belles choses » du film de ChH, l’aristocratie à l’époque disposait de cadres sans mesure, relativement bien sûr aux gens employés, véritable famille de coeur avec laquelle le mélange, ou l’alliage(!) pour filer la métaphore dentaire aurait été cependant bien mal vu (j’en ai connu de réussis, cela fait le cas échéant de beaux enfants ,mon goût prononcé pour la « bâtardise » s’exprime peut-être ici ?.. nous rejoignons là le débat final sur Trumbo, l’œuvre qui procède d’une nécessité et non d’un calcul « malin » est souvent plus rétive, plus difficile à faire admettre mais porte plus loin, un ami neuro, Pier-Vincenzo Piazza qui a reçu cette année le grand prix de l’Inserm vous expliquerait cela mieux que moi, au plan chimique s’entend, comment les connections regimbent devant ce qui ne procure pas un plaisir reconnaissable dans un premier temps, avant d’en tirer une substance autrement bénéfique). De beaux endroits, donc, même s’il ne fallait pas y regarder de trop près non plus (ces palais immenses et bien délabrés, en Sicile ou autre, l’intérieur ne ressemble pas toujours au Gattopardo dont entre parenthèses le lieu réel, derrière Quattro Canti et San Cataldo à Palermo,est attenant à une pizzeria – ça me navre toujours mais que faire?)Pas pour rien que les Uffizi n’ont révélé longtemps que des portraits où personne n’est souriant, et pour cause, les dents étaient gâtées, l’hygiène n’était pas ce qui était prisé au premier chef. Mais des coupelles en porcelaine, des parcs avec des angéliques, oui… Angélique, vous avez raison de ne pas trop l’être néanmoins sur ce film. Pour en revenir à Christophe Honoré/Alex Beaupain/Frédéric Lo, la question que vous soulevez est dans le prolongement de celle esquissée sur Dalton (Eriksen hier a fourni là-dessus un développement épatant). Il est certain que les arrangements de Fred Lo obéissent à une exigence artistique avant tout. Cela fait chaud au coeur en plus d’émettre un signal des plus engageants& positif! J’ai bien connu le sombre Daniel »Vador », Docteur Rozoum & Mister Darc a eu beaucoup de chance que sa route croise celle de Frédéric Lo, ce dernier l’a compris et aidé, fait travailler au lieu de jouer sur le snobisme et la légende. Il était assuré de vendre, certes, mais son engagement envers Daniel Darc a été courageux et intelligent au lieu d’être opportuniste ou malin. In fine, je n’aime pas tellement ce qui est « malin », la différence se fait toujours sentir j’en suis persuadée, y compris lorsqu’il n’y a d’abord que le petit enfant dans la foule pour avancer que le roi est nu. Le film de Christophe Honoré avec B-O d’Alex Beaupain compte cependant de vraies bonnes qualités, esthétiques, filmographiques, le jeu autour de la cruauté est habile étant donné le public à laquelle elle entend être montrée (je ne mets pas de connotation péjorative à cette habileté). C’est joli, c’est gai et triste, ça fait un peu peur, les enfants sont très seuls : déjà pas mal en soi d’avoir montré cela. Je me demande ce que Jibé en aura pensé. Et DHH, Lola, Christiane, Vébé… j’ai remarqué que peu de femmes s’expriment sur le blog? Histoire d’aller dans le sens de l’étude du CSA tendant à prouver qu’en 2016, il y a toujours ce problème de répartition? Peu d’équité dans la prise de parole (les femmes sont des témoins qui viennent fredonner un petit air, tandis que les hommes sont des experts), les responsabilités, les distinctions accordées ? Pour moi l’expertise est à tous ceux qui possèdent bien le sujet et sont dans le désir de partage. Et l’art n’est pas une question de surface, de pouvoir ni même « d’intelligence » au sens où on l’entend ordinairement. L’intuition révèle également beaucoup, je la tiens comme la sensibilité pour un sacré atout. Cela dit de plus en plus d’internautes, en particulier féminines m’écrivent en MP mais n’osent pas poster, je me demande pourquoi et le regrette

Annelise dit: 2 mai 2016 à 20 h 13 min

Sat’morn (j’adore « Sunday morning » du Velvet), trêve ! Vous avez la chance ce soir de « Cinema Paradiso » on Tv, je ne suis pas sur place mais bien renseignée, profitez-en. Pas revu depuis des lustres. Je donnerais cher pour revoir « Toto » (futur Jacques Perrin) souffler de travers une table de multiplication à un cancre au tableau, ou les « cut » réunissant les baisers… Dernière fois que j’ai vu le film, j’étais avec mon père. Heureux êtes-vous de pouvoir le revoir. « Pierrot le fou » aussi.

christiane dit: 3 mai 2016 à 9 h 29 min

Bonjour,
pas de réaction car ces derniers temps j’étais loin des salles obscures de cinéma et loin de la RDL où poser un commentaire devient enfiler une tenue de combat…
Donc, je lis votre billet savoureux, Annelise, et musclé ce qui change des roses bonbons et guimauve dont on a entouré, à tort, ce livre de la comtesse de Ségur. Je garde de la découverte de ce personnage (Sophie) découvert dans la bibliothèque « rose » à l’âge où on le découvrait alors, dans les bibliothèques de l’école de…filles, une impression d’ennui et de solitude. Sophie semble passer de longues heures, seule, au milieu des domestiques chargés de la surveiller et qui n’ont ni le temps, ni le désir de le faire, d’une mère qui n’intervient qu’après les bêtises et qui n’a aucune complicité, aucune action éducative auprès de sa fille. Et pour l’enfant, un tâtonnement expérimental dans de multiples expériences où le bien et le mal ne font pas référence.
Ce n’est pas un des contes habituels écrit à l’époque avec héros, objets magiques, situations teintées de féérie, c’est une peinture assez réaliste d’une enfant ce qui est rare car ceux-ci n’étaient pas vraiment source d’intérêt.
Je ne sais ce qu’il en est dans le film.
Regardant la bande annonce, je trouve l’enfant choisie pour jouer le rôle très différente de l’enfant effacée du livre (qui était peut-être le souvenir d’enfance de celle qui écrivait le livre). Ces enfants d’aristocrate, à l’époque -et filles de surcroit – ne devaient surtout pas déranger et être dociles. Quant aux hommes, quasi inexistants dans le livre, ils semblent l’être aussi dans le film.
Il est étonnant aussi de constater que ce livre a été écrit après « les petites filles modèles », en même temps, je crois, que « Les vacances ». Dans cette trilogie, Sophie assiste à la mort de sa mère (naufrage) et ne doit la vie qu’à une caisse où elle survit avec son père, flottant au gré des vagues. Le père lui interdira de parler du naufrage et de la mort de sa mère. Il y a, entre ces trois histoires, un interdit de la parole, puis une émancipation qui mène… à l’écriture.
Une place étrange aussi à la perversion dans « les bêtises » de Sophie, le goût de la transgression, l’exploration du mal fait aux animaux, pour voir comment ils réagissent…
Voilà, les souvenirs bien flous que j’ai de cette lecture.
J’irai voir le film pour mieux goûter votre billet.

jodi dit: 3 mai 2016 à 12 h 24 min

Christiane faites comme moi,délectez vous des bons billets shakespiriens de Passou en laissant les barbares s’entretuer entre eux.Othello,menu fretin.Ha,la stérilité,le spectacle des vieux racornis qui s’injurient!!Assouline miserere,quel saint.Anne-Lise vous m’avez fait rire avec votre Philippe Katerine qui lave plus Blanchard.Quel scalpel.Où vous nous trouvez ça?Tellement juste.On croise dans vos billets sur vague haute en faisant provision d’intelligence.Ca devient rare par les temps qui courent.Honoré est dans le produit,mais comme il sait y faire et qu’il sait s’entourer,le produit est honorable.Les bobos parigo qui mangent comme un seul homme sans gluten ni viande n’y verront que du feu.Ils se régaleront davantage que ceux qui connaissent le goût de la cerise mûrie au soleil.Pas piquée des cochenilles,Sophie Rospotchine! Je l’ai lue dans les petites classes,(Dourakine?) honnêtement j’etais horrifiée . Seul garçon déjà à y aller,mais c’etait pour me faire bien voir des filles.Je me souviens d’un sentiment d’ennui, et que pour tout dire ça me filait les jetons.La petite prenait des raclées, on la mettait au pain et à l’eau.Mon enfance,c’était plutôt Jhon Fante,je trouvais ça bizarre,ce traitement.Ce qui m’interesse est le formatage patent relevé par Xlew,qu’Anne-Lise evoque en d’autres mots.De quoi réfléchir.Ca ne remplace pas la création mais tente d’en faire office.De quoi décourager l’appétit de départ,alors qu’un bon plat consistant,avec des ingrédients maison..

JC..... dit: 3 mai 2016 à 12 h 55 min

Moralement, la branlette est un acte qui éloigne de Dieu. Cependant, elle rapproche, artificiellement, les cinéphiles solitaires …

Honte sur la mère Maquerelle !

Annelise dit: 3 mai 2016 à 13 h 15 min

Jodi, j’avais aimé « Viens » de Christophe Honoré (L’École des Loisirs du temps de Geneviève Brisac, avec Kethevane Davrichewy). C’était chouette. Et « Les Bien-Aimés », même duo, Honoré/Beaupain… Il y avait même Michel Delpech. Pourtant je mange du gluten et ne suis pas strictement végétarienne.

Eriksen dit: 3 mai 2016 à 13 h 16 min

Bienvenue au club des cœurs solitaires de la sergente Poivre !
Dans l’orchestre, vous faites la crécelle…

sat' morn' dit: 3 mai 2016 à 15 h 46 min

à 20 h 13 min
sérieusement! je crois me souvenir qu’elle avait une manière snob de parler, elle ne faisait peut-être pas exprès

jodi dit: 3 mai 2016 à 19 h 11 min

Seyrig était superbe,Sat Morning,feu sous la glace.Marrante et réservée,excentrique.secrète ,surement timide,sous ses dehors chabada.Elle me fait le même effet que Gena Rowlands.golchifteh,
très mignonne aussi.Mais je préfère les blondes!

radioscopie dit: 4 mai 2016 à 6 h 32 min

Rien sur « Le fils de Joseph » ? Presque 2 heures de beauté, de pureté, de bonté pour échapper à la brutalité du monde présent, c’est inestimable.

christiane dit: 4 mai 2016 à 7 h 54 min

Donc, je suis allée voir le film.
Belle adaptation de Christophe Honoré et bien des différences agréables avec le livre.
Ainsi la caisse contenant la poupée (qui n’est pas cassée en mille morceaux) est posée sur l’eau de la mare, rappelant le naufrage du bateau ou Mme de Réan perdit la vie.(Délicieuse Golshifteh Farahani). La mort des petits poissons est beaucoup plus cruelle (voire sadique) dans le livre (« Au premier coup de couteau les malheureux poissons se tordaient, désespérés ») et la fin de ce massacre différent (elle remet les morceaux de poissons dans la cuvette où ils nageaient avant la séance de cuisine !). Les animaux pensent comme des humains dans le livre et c’est souvent… lourd ! Pour l’écureuil, c’est Paul (sur les ordres de Sophie) qui envoie une balle sur la tête de l’écureuil et le tue involontairement. (« Tête ensanglantée, tête et reins cassés ») et Sophie accuse Paul de l’avoir tué et lui crie qu’elle le déteste…
Les réalisateurs nous évitent un prêchi-prêcha moralisateur très présent dans les deux livres concernés (« Les malheurs de Sophie » et « Les petites filles modèles »), ceux-ci ayant été écrits pour « éduquer » moralement de jeunes enfants où Sophie n’est pas épargnée, décrite comme menteuse, méchante, voleuse, fourbe. Dans le film, elle est légère, insouciante, plutôt drôle (jusqu’à l’apparition de madame Fichini suite à la perte de ses parents).
Anne-Lise a bien raison d’évoquer la psychanalyse des contes de fées (Bruno Bettelheim). Ce film balance les petits spectateurs entre envie de transgression et crainte de leurs répercussions dans le cercle familial, entre gentillesse et altruisme et égoïsme et désirs de vengeance et pour une folle imagination (un peu la fascination pour les contes de Roald Dahl).
Tous les enfants jouant dans ce film sont excellents et parfois plus intéressants que le personnage principal (qui cabotine un peu) pour explorer les non-dits de l’enfance.

L’adaptation offerte dans le film est plus légère pour ces bêtises et centre le regard des cinéastes sur les enfants et leurs réactions face à ce monde d’adultes prévisibles.

Eriksen dit: 4 mai 2016 à 20 h 37 min

Même si l’action semble se déroule au XIXe, l’impression est au XVIIIe, comme si la révolution n’avait pas eu lieu. On baigne dans les Lumières, avec ce prénom Sophie (personnage et auteur), et l’Émile dans la bibliothèque. À « l’Age de la Nature », Sophie l’expérimente et développe ses sens dans une certaine amoralité. Cela renforce l’impression Rousseauiste, à ceci près que c’est une fille… L’autre point commun entre Rousseau et le film, c’est que l’inconséquence des pères.
Libre d’esprit et peu encombrée de percepts moraux, Sophie est de surcroit très intelligente. Elle fait penser au Dom Juan de Molière bien qu’elle soit féminine et pré pubère. Honoré filme sa curiosité avec la tendresse des bobos devant leur gamin surdoué, instable psychomoteur ou TDAH.
Une pale Golshifteh Farahani joue une mère quasi inexistante et l’on se demande si la liberté laissée à Sophie est le choix d’une éducation ou l’expression d’une flemme déprimée. Sophie nourrit sa curiosité sans l’aide d’adultes. Il manque un peu de guidage dans cette éducation, ce fut probablement une part de la souffrance de Sophie au-delà de la mort de ses parents : ainsi commence le livre «ici des histoires vraies d’une petite fille que grand’mère a beaucoup connue dans son enfance ; elle était colère, elle est devenue douce ; elle était gourmande, elle est devenue sobre ; elle était menteuse, elle est devenue sincère ; elle était voleuse, elle est devenue honnête ; enfin, elle était méchante, elle est devenue bonne. Grand’mère a tâché de faire de même. Faites comme elle, mes chers petits-enfants ; cela vous sera facile, à vous qui n’avez pas tous les défauts de Sophie. »
Élevée dans l’idée de l’importance de l’éducation, il me semblerait curieux que la comtesse se pense intrinsèquement mauvaise. Il s’agit plutôt d’une critique en creux de ses propres parents. Madame de Fleurville et les petites filles modèles sont les personnages les plus justes du film et dans l’œil de ses deux gamines spontanées et empathiques, passe à la fois l’admiration et la réprobation. Le moule éducationnel parental semble fonctionner à plein car la mère est identique.
D’abord itinéraire d’une enfant gâtée, le film bascule dans l’horreur avec une carapace pour salut, puis se termine par la perspective d’une rédemption, permise par Mme de de Fleurville, pour qui l’éducation est d’abord amour avant d’être théorie.

Annelise dit: 6 mai 2016 à 11 h 12 min

Second hand (et First handed, seriez-vous les mêmes pour deviner comme ça mes goûts musicaux?) Entre Diddley et Prince sanglé dans un costume bleu ciel semé de nuages je suis servie, merci.
Radioscopie je ne peux pas chroniquer tous les films que je vois, j’ai hésité quant à celui-là. Avec la profusion de Cannes le choix va devenir encore plus cornélien. Donc vous avez beaucoup aimé le film d’Eugène Green?
Christiane, bravo d’emboîter le pas à nos déchaînés cinéphiles Xlew et Eriksen (leurs posts sont un régal), la cruauté chez la comtesse de Ségur est rarement amoindrie, en effet. Il y a quelque chose de très russe, d’excessif et d’assez coupant dans ses récits. Le Barine à la barbe fleurie auquel Michon compare le facteur Roulin n’est jamais loin -c’est le général Dourakine de Jodi-, fouettant au sang les chevaux pour faire avancer le traîneau dans la neige. On lave la plaie d’une main due à la morsure d’un chien à grande eau, poussant des cris par crainte de la rage, là où Marcel Aymé quelques années plus tard aurait fait Delphine et Marinette demander conseil à leur chat perché afin de savoir que faire, inciter les parents à renvoyer l’agresseur en exil avec la panthère (sans le cochon, pauvre diable) ? L’œuvre de Sophie Rostopchine constitue un legs sociétal vraiment signifiant, là-dessus le film de Christophe Honoré s’en tire plutôt bien. N’oublions pas que l’instinct maternel tel qu’il nous apparaît « normal » est en fait invention récente, c’est tout le travail qu’avait livré Elisabeth Badinter autour de cela. Sa réalité sur le terrain a toujours procédé in fine de situations, de dispositions affectives particulières et personnelles… La manière d’Eriksen d’élargir à Rousseau et Molière, au moule éducationnel parental etc me va bien. Quant à l’apport de la psychanalyse, difficile de s’en passer ici. La complaisance de la comtesse de Ségur à détailler la cruauté envers les animaux parlant peut-être davantage à son insu d’une petite Sophie laissée pour compte au plan éducatif que d’une enfant « méchante » (bien que je me rappelle parfaitement qu’il est fait mention en ses termes de l’enfant):je n’ai pas attendu que le Parlement reconnaisse officiellement pour les bêtes le statut « d’êtres vivants doués de sensibilité », ni la lecture fondamentale du livre d’Elisabeth de Fontenay pour être une sorte d’activiste dans ce domaine. Tuer une guêpe parce qu’elle vous pique, ou lui arracher froidement les ailes pour voir comment ça marche, jouer du canif sur les habitants du bocal ne procède pas exactement de la même chose. Honoré bottant en touche sur l’écureuil grâce au procédé qu’il emploie à mon avis retombe sur de bons pieds, la faculté, les parutions de la Revue française de psychanalyse ayant permis d’avancer qu’un détachement pareil, une telle absence de compassion peuvent dessiner le contour de personnalités à connotations psychotiques (le sadisme n’est pas anodin, renseigne éventuellement en avance sur une structure paranoïaque…) Ce mauvais sort fait aux animaux parle t-il du « personnage » Sophie ou est-il plus cohérent rapporté à son démiurge, la comtesse de Ségur? Bettelheim avait été un vrai petit festival instructif et ludique, à l’époque… Son œil jeté sur les contes a mis en mots beaucoup d’intuitions que nous avions pu éprouver. La tendance sadique est très présente dans le sentiment de persécution… l’enchaînement avec le prochain billet à propos de J.G Ballard est parfait (en attendant Woody)!

radioscopie dit: 6 mai 2016 à 16 h 07 min

@Annelise
Oui, oui, j’ai beaucoup aimé « La vie de Joseph » comme d’ailleurs tous les films d’Eugène Green. C’est un réalisateur totalement à part, un ovni cinématographique. Je vous interpellais uniquement dans le dessein d’élargir éventuellement son public, plutôt clairsemé me semble-t-il. Je crois que Godard cite une de ses oeuvres parmi ses films préférés et, tout compte fait, cela n’a rien d’étonnant. Dans le monde tel qu’il va (mal), ce cinéma-là fait un bien fou en ceci qu’il permet encore d’espérer en l’humain, même en laissant de côté -c’est mon cas- le parti pris ou le contexte religieux.

Annelise dit: 6 mai 2016 à 16 h 43 min

Bonne idée de venir nous en parler. C’est fait pour ça. Dans le monde tel qu’il va (mal) : vous ne croyez pas si bien dire, Radioscopie ! Vous allez avoir du pain sur la planche. Lecteurs de Ballard et autres, bientôt à vos plumes

lamarie dit: 7 mai 2016 à 9 h 16 min

joseph avait un fils? j’y crois pas!
(au fait, les enfants nés de fiv chercheront-ils leur père bio)

Annelise dit: 7 mai 2016 à 10 h 29 min

Radioscopie 4 mai et facétieux de ce matin 9h16, dans ce registre, penser également à Moustaki (j’espère faire figurer correctement le lien) :
https://www.youtube.com/watch?v=l9zTRvZtbOc
Pas le temps de vraiment regarder, mais aperçu une ou deux images du coin de l’oeil, je me demande si le « clip » n’est pas extrait du « Jésus » un brin pharaonique de Zeffirelli? Un peu débordant de crème pour moi, il faut aimer le (saint) Honoré pour le coup ? A tout prendre je préfère Natacha Régnier, Marie de Medeiros et surtout, Amalric-le-mat – mais bon, Robert Powel (« Tommy ») avait de beaux yeux émeraude hallucinés, Olivia Hussey était délicieuse et Anne Bancroft en Madeleine, Claudia – la Cardinale ! – en femme pécheresse, James Mason en Joseph d’Arimatie, ça ne se refuse pas? Il me semble qu’il y avait Plummer, Anthony Quinn et même Laurence Olivier dans la distri. Jesus of Hollywood !

Annelise dit: 7 mai 2016 à 10 h 32 min

Avec tout le respect dû à Eugène Green, il y a tout de même quelque chose – assumé ou pas – du nanar dans ce « Fils de Joseph ». Pas dit qu’il s’agissait d’un défaut.

radioscopie dit: 7 mai 2016 à 13 h 19 min

@Annelise
« nanar » ? Euh… ce mot, c’est une claque ! Vous retournez le champ de la sémantique. Première réaction : pour un admirateur des Visiteurs 3, La Règle du jeu peut bien passer pour un navet, tous les dégoûts sont dans la nature. Deuxième réaction : Annelise a endossé l’habit de lumière et agite la cape pour exciter la bête (en l’occurrence : moi)- et fait la bête par la même occasion. Troisième réaction: je ne connais pas Annelise. S’il se trouve, elle participe elle-même du monde interprété par l’excellent Amalric, cible de la savoureuse ironie d’E. Green. En attendant, « la bête » est atterrée.

Annelise dit: 7 mai 2016 à 13 h 57 min

Radioscopie, un peu de taquinerie ne nuit pas. Le cardinal de Bernis disait ne craindre personne en matière de modestie, moi c’est l’espièglerie. Pas sur n’importe quoi (ne faites pas votre oulipien du samedi ni votre rhéteur du jour du Seigneur anticipé en faisant semblant d’en déduire que j’assimile Le Fils de Joseph à « n’importe quoi »). Je vous aiderais à terrasser quiconque s’attaquerait à La Règle du jeu. Je ne mets pas de connotation si péjorative à nanar, il peut y avoir au contraire un dandysme très recherché à aller puiser dans des frontières communes, aux confins d’une œuvre élaborée et d’un film qu’on dirait « fait au garage » comme l’avait dit un jour l’excellent (et espiègle) Thierry Lounas des « Cahiers ». C’est une longue conversation. Nous la reprendrons.

JC..... dit: 7 mai 2016 à 19 h 07 min

On ne peux pas causer de Joseph d’Arimathie comme ça, en quelques mots … l’homme est un héros, un fourbe, un transfuge, un spy, un converti de génie !!!

Annelise dit: 10 mai 2016 à 15 h 07 min

J’y souscris mi amusée mi consternée, sous la pression de quelques messages parvenus en MP sur la page Facebook de République du Cinéma : Alex Beaupain qui compose la B.O du film de Christophe Honoré N’A STRICTEMENT RIEN A VOIR avec Denis Baupin, responsable politique en charge à l’Assemblée nationale (il a démissionné de son poste) soupçonné de harcèlement ! Pas la même orthographe. Quand bien même ils auraient été frères, je ne vois pas en quoi l’éventuelle implication de l’un dans cette histoire aurait de quoi éclabousser l’autre. Alex Beaupain est un compositeur de chansons au joli palmarès. Rien à voir.

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