de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Les Ogres » : Familles, Théâtre itinérant, Fiction et vous surtout, Ogres, je vous aime !

Fanfare. Pétarade. Table transbahutée avec mariée et noce dessus, candélabres à pampilles, coupes de fruits, flacons.
Vu de bon matin, ça remplace le jus d’orange, la caféine et le thé vert.

Un petit théâtre itinérant se déplace avec chapiteau, sillonne les routes avec la troupe pour porter la parole de Tchekhov dans les villes, les villages. Cuistre, intellectuel, hystérique, bobo ? Vous ne vous embarquez pas avec femmes et enfants, ne montez et démontez pas des gradins, ne plantez pas des piquets par tous les temps après vous être installés sur des aires de campement plus ou moins accueillantes pour tortiller des fesses en récitant les textes la voix pointue.
Les farces – l’Ours, La Noce – sont vécues en direct, roulent en bouche comme le vin. Elles passent dans vos veines. François qui dirige tout, sa femme Marion, leur fille Inès qui s’occupe de la logistique, l’argent, les assurances, Déloyal, meilleur ami de François qui discute avec lui en camion des vertus comparées des antidépresseurs, « Avec tel cocktail tu ne bandes pas, tel autre tu pionces, le troisième tu veux te flinguer », Mona, sa compagne… Tous sont comédiens, ont des rôles, à part la petite Inès au visage d’Isabella Rossellini qui reproche au père de ne jamais lui en confier, la cantonner à faire tourner la boutique au sens matériel, sans poésie. A la suite d’un accident, ils sont forcés de faire appel à Lola (Lola Dueňas) avec lequel le patriarche vécut un amour. Marion s’enferme dans les toilettes d’une station service pour pleurer. Le mari grimpe sur le mur pour l’en extirper, s’empêtre le pied dans la vasque, dégringole.

Qui surprend cela, caméra suivant le mouvement, tonique, endiablée mais capable de s’attarder en gros plan, sans négliger le détail ? Quand je vois Léa Fehner entrer dans la pièce, jupe à panier d’un beau jaune fluo ondulant à sa taille, brusquement je me dis qu’elle va s’envoler comme un papillon dans une toile de Chagall. Quatre ans d’une écriture forte et légère, me confie son producteur, à laquelle Catherine Paillé a apporté son indispensable liant fictionnel, Brigitte Sy l’agrégation permettant d’intégrer une grande part d’improvisation. La vie tournoie à chaque image, renouvelle l’air. Dans la réalité les parents et la fille (Inès Fehner) sont les vrais parents de la réalisatrice, la troupe est celle emmenée d’habitude par François Fehner et sa femme. Cela n’aurait aucun intérêt autre qu’anecdotique à mes yeux si l’effet « groupe », la dynamique familiale avec ses engueulos, conflits, histoires de cœur, gamins qui courent dans tous les sens et font des bêtises, répétitions, repas pris en commun n’étaient rendus à ce point d’humanité. Déloyal/Marc Barbé accro à la bouteille et à la provocation, beau comme un Barychnikov cloué au sol par le deuil et Mona/Adèle Haenel en Tsigane enceinte jusqu’à ses merveilleux yeux clairs sont confondants. La sauce prend comme pas permis, entre acteurs professionnels et bande à Fehner.
Le vrai père des enfants (Julien Chigot) est au montage. On croise une splendide tête de Manouche, favoris et houpette bouclée d’un mètre cinquante au-dessus du crâne. Thierry de Chaunac est de la partie, Philippe Cataix à l’accordéon fait la musique en plus de jouer Chignol.

Ils klaxonnent plein pot, se tirent la bourre en caravanes sur les petites routes, lavent le linge sale entre eux dans tous les sens du terme. Je connais suffisamment de l’intérieur la communauté tsigane, le mode de vie des populations nomades. Une folklorisation excessive m’aurait exaspérée. Il y a une telle maîtrise, un tel équilibre entre l’administration de Tchekhov (mine de rien, c’est bien délivrés ainsi que les grands textes prennent leur signification, leur chair, toute leur ampleur véritable…) et le tourbillon de l’existence au jour le jour… Est-ce qu’ils baisent ? Affirmatif. Magnifique Marion Bouvarel aux seins lourds, s’avançant timidement, nue, afin de reconquérir le désir. Une femme de cet âge. Elle est à tomber, avec sa détresse, son khôl qui débordent. François prend le mégaphone pour crier sur l’aire de stationnement pelée ce qui pourrait passer pour un triomphalisme incongru et qui annonce en fait qu’il va réfléchir. Quelle délicatesse et quelle pudeur, chacun.
Mona/Adèle Haenel est exigeante, secrète et fragile en même temps que truculente dans son attente de reconnaissance de paternité envers Déloyal, qui lui a des comptes à régler avec cela. Chez le gynécologue, le couple s’avance. « Vous êtes le père ? », demande le praticien. La question peut paraître à double sens : « Non, le compagnon ». Marc Barbé en homme déstructuré, plus âgé, que la jeune femme s’attache instinctivement à ramener parmi les vivants est d’une justesse qui noue la gorge et fait rire aux éclats.

Déçue par ses dérobades, elle se fait surprendre en pleine séance de ce qu’Henry Miller appelle avec le don qu’on lui connaît pour les formules « broute-minou » par un autre. Ceux qui ne l’aiment pas – je parle de Miller – prendront le dictionnaire. La scène pourrait être inutile, voyeuse, vulgaire. Il faut voir comment elle s’oriente vers une ironie joyeuse extrêmement fine, un plaidoyer féministe sur la libre disposition de son corps, la compréhension, la tristesse, le pardon.
Léa Fehner a fait œuvre libertaire, joueuse, bruyante, fellinienne sous certains aspects et qui évoque parfois Kusturica, le No Smoking, mais aussi singulière, inspirée, douce, mélancolique même si elle véhicule beaucoup d’énergie salvatrice. Foi en un abandon que la bienveillance, l’amour, la solidarité sui generis du groupe en le lançant en l’air et le faisant tourner consolide, finit par réparer ou exalter en autre chose.  Je ne me rappelle pas exactement les paroles de la chanson qui scande le film : « Fidèle aux renoncules/Je coule sous le sens/ N’être rien est mon exigence/ Et la vie me comprend », quelque chose comme ça.

J’ai écrit mon papier de chic, en dix minutes. Parce que je suis fidèle aux renoncules sauvages de la fiction et qu’il coule sous le sens. Allez-y vraiment. Léa Fehner est une cinéaste intelligente, avec une bonté, un talent d’observation sociologique et humain énormes. C’est rare et ça fait du bien.

« Les Ogres » de Léa Fehner

 

 

 

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31

commentaires

31 Réponses pour « Les Ogres » : Familles, Théâtre itinérant, Fiction et vous surtout, Ogres, je vous aime !

Jibé dit: 16 mars 2016 à 11 h 26 min

« Allez-y vraiment. »

OK, surtout pour comprendre ce qui transporte au 7e ciel cinématographique notre chère Annelise !

Polémikoeur. dit: 16 mars 2016 à 12 h 11 min

Il suffit de voir les quelques secondes
de bande-annonce pour comprendre
qu’il n’y a rien à comprendre
et que c’est en partant
pour un tour de folie
sur ce manège et en le vivant
qu’on peut seulement savoir
pourquoi « la comtesse
aux pieds nus ».
Envoiturellement.

Annelise dit: 16 mars 2016 à 16 h 34 min

@11h26 : juste les bons films, Jibé! Comme en matière de littérature, ils peuvent être de diverses natures. A cela que je marche. Ma « liste de Noël » en donnait un aperçu. Celui-ci en est un. Barbé, Baryshnikov de « Soleil de nuit » aux ailes brûlées. Et Adèle Haenel, présence forte.

Polémikoeur. dit: 16 mars 2016 à 17 h 18 min

A propos de Mikhaïl Barychnikov,
y a-t-il ou non un grand fauve
derrière des manières exquises
et un placement dans l’espace
proche de la perfection ?
Magnétiquement.

Jibé dit: 16 mars 2016 à 17 h 46 min

« Les Ogres » : Familles, Théâtre itinérant, Fiction et vous surtout, Ogres, je vous aime !

C’est plus un titre, c’est un texto d’amour !

el flaco dit: 16 mars 2016 à 19 h 44 min

Quel billet ! Il créve l écran.ça donne sacrément envie de se laisser dévorer par les ogres !!

JC..... dit: 17 mars 2016 à 7 h 15 min

Tziganophobe, il n’est pas question que j’aille voir ce « chef d’œuvre » racoleur ! Les nomades, moins on en voit mieux on se porte ! Ce sont brigands sans foi ni loi … Au bûcher de leur vanité !

Annelise dit: 17 mars 2016 à 8 h 13 min

@7h15, JC attention malheureux, vous vous trahissez en citant le titre de Tom Wolfe. En fait vous êtes cultivé.(Mon Dieu, et si ça allait se savoir?) Souvenez-vous que le livre tourne autour de ce que son empire s’effondre après qu’il a renversé un homme.
Jibé hier 17h45, j’avais pensé d’abord à « Si tu reviens j’annule tout ». Déjà pris. Le film est d’une belle humanité assez iconoclaste

Annelise dit: 17 mars 2016 à 8 h 21 min

Je croyais que vous étiez, ainsi que vous l’énoncez régulièrement, aveugle, analphabète, paralysé des 4 membres, décérébré, avec un pied-bot, sourd, muet, défiguré dans un accident de ski, ayant perdu une oreille et toutes les dents dans une rixe au métro Jasmin, pour défendre un enfant Rom orphelin cul de jatte que voulait déloger une dame emperlousée habitant rue de la Pompe? Si ce n’est pas vrai, à qui se fier?

quart de neurone dit: 17 mars 2016 à 8 h 46 min

« ’avais pensé d’abord à « Si tu reviens j’annule tout ». Déjà pris. »

on peut vous faire un prix

je dirais même plus dit: 17 mars 2016 à 9 h 04 min

« a entendu parler du titre: rien de plus »

à cause de la pub pour le film ou des affiches du fil

JC..... dit: 17 mars 2016 à 11 h 09 min

Protégeons nos riches ! Sinon, il nous faudra protéger ceux des autres qui s’invitent à coup de pétro-dollars…
(j’ai d’ailleurs dans un de mes réduits à déjections, un poster de Dame Bettencourt …)

JC..... dit: 17 mars 2016 à 11 h 18 min

Hier, au Dojo, le patron 6ème dan m’a dit :
« tu es moins mauvais que d’habitude ! »
j’ai répondu, en regagnant ma chaise roulante :
« Annelise me motive ! Le cinéma me passionne. »

el flaco dit: 17 mars 2016 à 14 h 30 min

Vu le film hier sur les conseils d Annelise.Trés beau!Merci pour ces chroniques caustiques et fines qui donnent envie et font toujours penser.

Jibé dit: 18 mars 2016 à 10 h 16 min

On pense surtout au « Molière » d’Ariane Mnouchkine, avec la troupe du théâtre du Soleil. A part qu’ici, Molière nait sur scène et deviendra peut-être ingénieur en informatique ?
Un film qui sort de la production cinématographique ordinaire : beau, bruyant et archaïque, à l’image de cette tribu libertaire dont chacun des membres se met à nu, corps et âme, en public. Le spectacle est partout et doit continuer coûte que coûte…
On aime ou on fuit.
J’ai aimé, mais j’aurais fuit !

Annelise dit: 18 mars 2016 à 13 h 00 min

Pas faux, Jibé, on est habitué à des formes passées davantage à la jauge et au rabot pour faciliter la « lisibilité ». Cela engendre bien des déperditions, quel dommage. Je n’avais pas fait mention du « Molière » pour voir s’il viendrait à l’esprit d’autres que moi. C’est drôle, j’ai rencontré l’été dernier Charles-Henri Bradier qui travaille avec Ariane Mnouchkine, au début je ne savais pas ce qu’il faisait, un moment très doux, où on sentait à la fois une vibration, sa grande sensibilité, son amour vrai& réel appétit envers les textes

Annelise dit: 18 mars 2016 à 13 h 07 min

Discussion hier au déjeuner avec un producteur, ex des « Cahiers » avec lequel nous échangions sur ce thème : la prise de risque (nécessaire à notre avis, fructueuse, qui va dans le sens de la création) que représente une forme qui ne soit pas dressée d’emblée à « plaire » au public. Pas l’obscur ni l’hermétique pour l’hermétique, pas d’autisme délibéré en guise de caution d’intelligence, mais résister à cette idée d’un « marché à satisfaire » en face.

Vébé dit: 18 mars 2016 à 15 h 55 min

J’ y suis allée emmenée par le billet ! Anne-Lise, vous avez beaucoup de caractère. J’aime aussi Xavier Leherpeur, Adèle van Reeth et J.M lalanne, mais vous c’est plus particulier.

Un mélange de poésie et de façon de voir qui échappe aux critères connus. Et c’est très bien écrit.

Barbet, exactement comme vous le faites sentir. Je n’ai pas été déçue.

Pardon mais j’en profite pour dire mes difficultés à aller sur RDL. Suis-je seule dans ce cas?

les gendarmes de ST dit: 18 mars 2016 à 16 h 33 min

« mes difficultés à aller sur RDL. Suis-je seule dans ce cas? »

non ! et on ne sait pas ce qui se passe

Annelise dit: 19 mars 2016 à 13 h 05 min

Il sera justement fait mention -simple allusion, mais depuis Jean-Marc Vallée, « Dallas Buyers Club », j’y suis d’autant plus attentive – de McConaughey dans le billet à venir . Van Sant, à suivre bien sûr!

Bogle dit: 24 mars 2016 à 10 h 58 min

Séduit par le billet d’Annelise, je suis allé voir les Ogres. Je regrette de dire qu’ils m’ont laissé sur ma faim, ces Ogres. Certes, le film est sympathique et virevoltant (un peu trop même) mais les scènes s’accrochent les unes derrière les autres comme les perles d’un collier : une grande scène bruyante et foisonnante, un nécessaire temps de repos et ainsi de suite… Je trouve qu’il manque résolument à ces Ogres la grâce, le charme, et la magie que l’on trouvait, précisément, chez Fellini ou chez Jiri Menzel. Question de mise en scène, bien sûr. Souvent dépourvue de nuances, avec des cadres volontiers approximatifs, la photo ne sert pas non plus le propos comme il conviendrait… Sans rien dévoiler, pour ceux qui n’ont pas vu le film, je rends hommage aux deux comédiens qui, sur un dialogue digne d’un téléfilm du service public, réussissent un exercice lacrymal de haute volée. Voilà une scène qui aurait gagné être coupée.

Annelise dit: 24 mars 2016 à 12 h 55 min

@Bogle de ce matin. Pourquoi des regrets? Libres opinions. Je supporte très bien la contradiction, surtout quand elle est étayée. « Fellinien » ne veut évidemment pas dire égal à Fellini.Gare aux comparaisons trait à trait, rarement flatteuses pour le nouveau venu. Je vous trouve très dur sur la scène qui aurait d’après vous méritée d’être coupée…pas d’accord, mais votre verve à l’exprimer m’a fait rire! Et votre pseudo me pince un peu l’oreille : Bogle, seriez-vous un lecteur de Ripley (Robert McLiam Wilson)? Déformation professionnelle de ma part, je vous l’accorde. Je viens de la littérature et j’entends y revenir toujours.

Annelise dit: 24 mars 2016 à 13 h 05 min

Quant à la photo, au décadrage etc, je trouve au contraire que ce côté foutraque sert le propos. Mais il faut dire que je sais ce qu’est la vie tsigane « de l’intérieur ». J’avais été encore plus séduite sur ce thème par « Mange tes morts », petite merveille de Jean-Charles Hue et « Snatch »(Tu braques ou tu raques), où Brad Pitt en Manouche bredouillant des approximations et roi de l’embrouille, plus vrai que nature, m’avait épatée

Bogle dit: 24 mars 2016 à 19 h 23 min

Nous nous rejoignons sur « Snatch », chère Annelise. Le numéro de Brad Pitt était en effet, un régal. Quant à filmer « de l’intérieur » comme vous dites, avez-vous vu « Belgica »de Felix Van Groeningen ? Il me semble que les Anversois, la bière aidant, sont aussi déjantés que les membres du Davaï Theatre. Mais le directeur photo flamand s’en sort mieux, à mon sens.
La scène que j’ai coupée, si je puis dire, trouvez-vous vraiment qu’elle apporte quelque chose au film – sinon une louche de pathos – Essayez de vous en passer, vous verrez que Deloyal n’en sera pas moins touchant…
Ripley bogle, bien sûr. Mais non. Ce n’est pas celui-là. C’est du côté du cinéma qu’il faut chercher…

Annelise dit: 25 mars 2016 à 8 h 57 min

Vous tenez à me le faire dire? La scène où Deloyal joue au playmobil dans le couscous en racontant l’histoire à mon avis pédale légèrement dans la semoule. Cela dit : je pense que la remarque d’Emmanuel Carrère, selon laquelle si on enlevait chacun, de chaque oeuvre, ce qui nous a déplu, il n’en resterait jamais aucune est très juste. Il y a même des scènes que je couperais chez Joyce!Le film demeure pour moi plein d’énergie colorée enthousiasmante. Je ne comprends pas votre allusion à RobertMc Liam W. Vous voulez dire que Ripley Bogle a été adapté au cinéma? Je l’ignorais. RV sur le fil en cours. Eu de la chance de tomber sur votre post, je lis rarement en arrière (faute de temps)

Annelise dit: 25 mars 2016 à 9 h 02 min

Bien d’accord pour les Anversois. J’en compte quelques uns parmi mes amis, et des gens de Bruxelles et Liège, dont un Professeur de médecine distingué pour ses travaux de la plus haute importance autour d’Ebola (pas très riant a priori)… n’empêche, quel humour particulier, qui ne doit parfois rien (contrairement aux apparences?) à la bière. C’est dire! Encore pire.

Bogle dit: 25 mars 2016 à 12 h 25 min

Mais oui, où trouvez-vous le temps de voir tous ces films, de les chroniquer, et de répondre en plus avec esprit aux commentaires des une et des autres ? J’en reste pantois.
A propos j’ai lu ce qui concernait « Ave Caesar » et je partage votre analyse. Et je me suis mal exprimé, Ripley Bogle n’a pas été adapté au cinéma. Pas que je sache.

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