de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Les terrasses »: une Algérie désenchantée

Par Sophie Avon

Ce sont cinq quartiers historiques d’Alger. Notre Dame d’Afrique, Bab el wed, La Casbah, le centre Telemly et Belcourt, au sud. Au rythme des cinq prières de la journée, Merzak Allouache raconte  la vie de gens qui, sur les toits de ces cinq lieux emblématiques, tâchent de survivre. Ils ont élu domicile sur les terrasses, l’un vit dans une buanderie qu’il sous loue à un Cheick guérisseur, l’autre vit enchaîné, nourri comme un chien, ressassant le passé que personne ne veut plus entendre, des jeunes gens répètent un concert, une vieille femme a installé une baraque où elle prend racine, avec sa nièce et son petit neveu, au grand dam du propriétaire qui se bat en justice pour obtenir qu’elle parte, et  deux frères ennemis se livrent une guerre sans merci dans l’appartement en chantier de Notre dame d’Afrique. Cinq histoires pour dire l’éclatement d’une société qui ne trouve plus sa cohésion, qui renie sa fraternité, qui se dupe et se déteste. Cinq histoires pour raconter les bas-fonds d’Alger et ce que l’Algérie a de plus enfoui, sauf que ce pays qui était plein de promesses vit un naufrage lent où ce qui le mine a gagné les terrasses.  Ce qui le mine ? La corruption, la violence, la misère.

Merzak Allouache a l’art de raconter la dérive de son pays – il est né à Alger en 1944 – sans jamais être didactique. Depuis des années, il dit les mensonges dont son peuple est nourri, la fuite des élites, la confiscation du pouvoir, la trahison des aînés, les combats fratricides depuis l’indépendance, et l’ignorance, le refus de regarder le passé. Mais la façon dont il filme cette société à travers des anecdotes fourmillant de vie évacue toute démonstration théorique au profit d’une réalité qui porte en elle sa dimension métaphorique. Sans rien forcer, avec un dispositif aussi modeste que possible, le cinéaste fait apparaître les multiples couches de cette réalité.

Son film précédent, « Le repenti », explorait la décennie noire des années 90 avec une identique délicatesse. Le tableau est plus désenchanté encore avec ce portrait d’une Algérie comme une plaie vive qui ne cicatrise pas et dont les pansements seraient cautères sur jambe de bois. Cette Algérie intitulée « perle du monde  arabe » dans le documentaire que doit tourner l’un des personnages, une jeune femme flanquée de deux assistants qui la freinent plus qu’autre chose, l’un réglant au téléphone la couleur des carreaux de sa cuisine, l’autre lui contestant un panoramique sur la baie d’Alger, a-t-elle des maléfices secrets ou des blessures inguérissables?  Et peut-on la filmer sans dommages ?

Le propos est pessimiste, sans issu, mais les situations frisent toujours la comédie. Le film s’ouvre par une torture, se poursuit avec un crime, s’achève par un suicide, et pourtant, il n’y a plus de place pour la mélancolie, juste assez pour trouver la force de se moquer un peu.  Comme si au bout du compte, mieux valait rire de ce gâchis. Couler, oui, mais en musique s’il vous plaît.

Entre deux terrasses, Merzak Allouache filme les artères bruyantes, pleines d’embouteillages, les charpentes rouillées, les antennes paraboliques qui ont envahi l’espace. Toute une vie grouille de haut en bas, avec vue sur la mer bleue. Toute une vie sociale et chaotique où chaque individu a son passé, son secret, sa blessure. C’est un pays aux histoires multiples et à la parole officielle unique. Chacun veut réparation et se souvient de son héros qui n’est pas celui de l’autre. Les plus jeunes, eux, chantent : « Ils ne s’aiment pas, ils ne s’entendent pas – et moi je meurs d’amour pour toi… »

« Les terrasses » de Merzak Allouache. Sortie le 6 mai.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

23 Réponses pour « Les terrasses »: une Algérie désenchantée

JC...... dit: 6 mai 2015 à 4 h 58 min

« Le propos est pessimiste, sans issu, »

Et, d’après vous… d’où est issu ce « sans issue » sinon de l’impossibilité islamique et politique de tolérer la modernité ?

robert dit: 6 mai 2015 à 7 h 31 min

« A regarder de près, il y a si peu d’espoir : on finira en mode Pakistan puis en califat triomphant  » Kamel Daoud

Milena et Dora dit: 6 mai 2015 à 11 h 05 min

l’indécrottable Benito JC toujours aussi stupide, ça ne s’arrange vraiment pas

Jacques Barozzi dit: 6 mai 2015 à 18 h 12 min

J’ai beaucoup aimé ce film d’un cinéaste que je ne connaissais pas, Sophie, merci !
Plus qu’une comédie, je dirais que ce film plein de bruit et de fureur est proprement shakespearien : la haine y triomphe de l’amour !

JC...... dit: 6 mai 2015 à 19 h 47 min

Vous imaginez le bonheur algérien si l’Algérie était restée département français…. uhuhuhu !?

espérons qu'il se trompe dit: 7 mai 2015 à 9 h 20 min

L’Algérie leur tombera dans les mains sous peu. Un risque pour le régime ? Il s’en fout : il aura pris soit un avion, soit une tombe. Etrange suicide : un régime qui a osé le coup d’Etat face aux islamistes pour en venir à leur embrasser la main vingt ans plus tard et à leur servir du thé sous la caméra.
Pauvre Chadli et les 200.000 autres morts pour rien puisque le FIS, lui, se porte bien et est encore vivant, riche et écouté http://www.djazairess.com/fr/lqo/5212313

J. Reliard dit: 7 mai 2015 à 9 h 39 min

Jacques Barozzi dit: 6 mai 2015 à 19 h 22 min
Erreur, j’avais vu Omar Glatato !

Tout le monde peut se tromper, cher Jacques, l’aimable Sophie ne vous en tiendra pas rigueur.

Jacques Barozzi dit: 7 mai 2015 à 11 h 45 min

Surtout que ce n’est pas Glatato mais Gatlato !
https://video.search.yahoo.com/video/play;_ylt=A2KLqICzQUtVlBkAb1r7w8QF;_ylu=X3oDMTEwM212bGFzBHNlYwNzcgRzbGsDdmlkBHZ0aWQDVklEMDUEZ3BvcwMx?p=Omar+Gatlato&vid=4f5b9567a1bb3dca376d46f1c4ebc49e&l=3%3A07&turl=http%3A%2F%2Fts4.mm.bing.net%2Fth%3Fid%3DWN.3MXXephE5ntQP3e7EPdWDw%26pid%3D15.1&rurl=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DzCc_GZRTymc&tit=Omar+Gatlato+BA&c=0&sigr=11bjvq5oc&sigt=10fd1k82n&sigi=11vvgs0aj&age=1229295610&fr2=p%3As%2Cv%3Av&fr=aaplw&tt=b

Milena et Dora dit: 7 mai 2015 à 15 h 36 min

comment nomme-ton un imbécile comme Benito JC qui ramène sa fraise tous les jours en se couvrant de ridicule, cher Jacques Barozzi

JC...... dit: 8 mai 2015 à 6 h 14 min

Ô sœurs funestes ! Vous me connaitriez mieux, vous vous battriez pour savoir laquelle va se jeter la première à mes genoux accueillants…

Je suis un homme charmant, savez vous ? Un véritable demi-dieu en bibliothèque… Je ne fais pas mes 92 ans, grand dieu non ! J’ai un look d’enfer, de l’instruction plus qu’il n’en faut, du pognon, un scooter rose en parfait état… et je ne suis pas gêné, frustré, abruti, par une moralité ou une humilité astreignante, comme tant de faux-culs qui en pâtissent.

J’embrasse affectueusement vos énormes poponetz… et vous souhaite une bonne journée !

Jacques Barozzi dit: 8 mai 2015 à 9 h 17 min

A cause de vous Sophie, hier, en sortant de la projection d’« Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence », totalement déprimé, j’ai failli me jeter dans la Seine !
Heureusement que mon instinct de vie m’a conduit illico à la projection des « Jardins du roi » et que mes goûts personnels ont repris le dessus sur es dégoûts ambiants…
L’esthétique de l’inesthétique est à consommer avec précaution !

Jacques Barozzi dit: 8 mai 2015 à 9 h 28 min

C’est curieux, parce que « Les Terrasses », quoique particulièrement désenchanté, ne m’a pas fait cet effet !
Malgré, ou à cause, de cette vision d’Alger la blanche en totale déliquescence certes, mais grâce surtout à son ciel bleu, sa mer turquoise et sa musique consolante ?

Sophie dit: 8 mai 2015 à 10 h 43 min

Désolée Jacques, mais c’est drôle aussi « Un pigeon », non? Même si la cruauté et l’effroi l’emportent, je l’admets…

J. Reliard dit: 8 mai 2015 à 11 h 55 min

JC…… dit: 8 mai 2015 à 11 h 43 min
le fonctionnement de l’horlogerie….

Je vous donne le truc, JC, et vous verrez que tout est assez simple, en fait. La grande aiguille indique les heures la petite les minutes.
Une fois qu’on sait ça, tout s’éclaire.

Milena et Dora dit: 9 mai 2015 à 11 h 30 min

Benito JC le Fourbe ne connait pas Barssens : « quand on est con, on est con »

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