de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Léviathan »: l’éternel retour du mal

Par Sophie Avon

Si dans la Bible, Léviathan est un monstre marin lié à l’Apocalypse, dans le film d’Andreï Zviaguintsev, il métaphorise l’Etat. Mais il est davantage encore. Il est un squelette gisant au long de cette mer de Barents. Il est une créature éternelle qui surveille la grève. Il est partout où le monde s’effondre, où la catastrophe menace, où la guerre s’annonce. Il rôde autour de Kolia qui vit avec sa femme Lilia et son fils Roma dans une maison isolée au-dessus de la baie. Il rôde d’autant plus que le maire de la ville, Vadim Cheleviat, veut s’approprier le terrain de Kolia, lequel en refusant de vendre, provoque la colère du potentat. Vadim n’est pas  du genre à se laisser intimider, fut-ce par Dmitri, l’avocat moscovite appelé à l’aide par Kolia. Dmitri et Kolia se sont connus il y a longtemps. Sur un mur, une photographie en noir et blanc témoigne de leur ancienne amitié.

Dans ce paysage tourmenté du nord de la Russie dont Zviaguintsev filme le ressac comme un préambule à la tragédie, Kolia, Dmitri et la belle Lilia affrontent l’ordre suprême, cet Etat Léviathan créé par la collectivité et qui laminera tout. Outre le maire qui n’a aucun scrupule à régler les choses à sa façon, il y a le tribunal dont le procureur récite les attendus comme une litanie et obéit aux intérêts du plus fort, l’Eglise ensevelie sous son or, en cheville avec le pouvoir, et puis les flics, petits serviteurs d’un ordre à géométrie variable, incorrigibles buveurs dont le passe-temps favori est de tirer sur les photos des dignitaires du pays. Comme toujours chez l’auteur du « Retour », du « Bannissement » et d’« Elena », la dimension du récit va au-delà de la dénonciation politique, et les personnages de « Léviathan » sont autant les victimes du pouvoir en place que de leur condition humaine, de leurs désirs ou de leur faute. Ils portent en eux les germes d’un drame dont le jeune Roman, héritier à contre cœur de cette famille décimée, fait entendre la douleur juvénile.

Evitant soigneusement tout misérabilisme, dessinant ses personnages à l’image de ce bord de mer accidenté, Zviaguintsev réalise un vaste tableau où la grandeur et la petitesse, l’humour et l’accablement se tutoient. Il parvient même à faire rire aux dépens de ce Léviathan à la mâchoire de fer. Le vieux prêtre peut bien citer Job et le maire expliquer à son fils que  Dieu voit tout, les hommes n’en font qu’à leur tête.  Le film a reçu à Cannes le prix du scenario mais il aurait tout aussi bien pu rafler celui de la mise en scène. Elle donne  à l’histoire son ampleur et une beauté supérieure qui serait écrasante si au final, le portrait de cette Russie laminée ne dispensait une mélancolie à hauteur d’homme.

  »Léviathan » d’Andreï Zviaguintsev. Sortie le 24 septembre.

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30 Réponses pour « Léviathan »: l’éternel retour du mal

ueda dit: 26 septembre 2014 à 20 h 31 min

si au final, le portrait de cette Russie laminée ne dispensait une mélancolie à hauteur d’homme.

Je n’ai connu que peu de fois une mélancolie à hauteur de dieu, cлава Богу.

Sa durée était brève, son étiologie trop-humaine et le récit que j’en faisais ne me valait aucun capital admiratif supplémentaire.

Depuis, j’ai la vodka taiseuse.

http://mtdata.ru/u2/photo4CCD/20814035100-0/huge.jpeg

Jacques Barozzi dit: 26 septembre 2014 à 21 h 30 min

On y boit la vodka au goulot comme de l’eau de source !
Film puissant et désespérant : beauté des images et scénario ficelé tel un roman de la grande époque de la littérature russe. Tous les personnages ne sont ni tout à fait blancs ni tout à fait noirs et même l’enfant pourrait être l’assassin !
Ce qui m’étonne un peu Sophie, c’est que ce réquisitoire sans complaisance du système en place, ait reçu l’agrément du ministère de la Culture russe !
Le gouvernement autocratique de Poutine le considérerait-il comme un très bon outil contre la corruption généralisée et l’alcoolisme galopant ?

La Reine des chats dit: 27 septembre 2014 à 11 h 06 min

Chère Sophie, plaisir de renouer avec la RdC, vos papiers qui se laissent un peu lire, ne vont pas manquer cette fois encore de (re)faire de moi une Eastern Girl, après une longue, longue diète erdélienne forcée, entre voyages et ordinateur en rade (même si la reprise ne pourra être qu’en pointillés…suivant lesquels je vais, comme dirait Bashung, hélas « me découper »)

Jacques Chesnel dit: 27 septembre 2014 à 17 h 36 min

à Jacques Barozzi :j’adore les actrices mais il faut supporter la Sandrine, Jacques, mais pas moi… parmi les françaises, ma préférence va à Karin Viard, Charlotte Gainsbourg, Mélanie Laurent et surtout LUDIVINE SAGNIER, notre nouvelle Danielle Darrieux que je vénère depuis toujours avec Ingrid Bergman (je suis allé en Suède rien que pour déposer un caillou sur sa tombe)

Jacques Barozzi dit: 27 septembre 2014 à 19 h 42 min

Y en a d’autres encore bien plus savoureuses, Chesnel, tel Adèle Haenel !
Je ne suis pas fan de Kiberlain, mais là elle m’a épaté.
Mais on s’éloigne du film à l’affiche ici…

Sophie dit: 28 septembre 2014 à 17 h 16 min

Jacques, la question a été posée à Cannes à propos de l’agrément du ministère de la culture russe – qui je crois a même refilé quelques roubles – mais autant que je me souvienne, Andreï Zviaguintsev a un peu botté en touche, arguant du fait que son film n’était pas une critique de l’état…

xlew.m dit: 28 septembre 2014 à 18 h 38 min

Pourtant cela à l’air d’en être une sacrée (de critique de l’état), Sophie.
Certains journalistes, une minorité, laissent entendre que le film offrirait une vision conforme « au goût européen », reflétant l’idée que les occidentaux d’hier et d’aujourd’hui (ceux de la guerre froide d’antan et ceux de la paix tiède actuelle) se font de la Russie et de ses habitants (plus soulots et rednecks que réellement civilisés).
Des envoyés spatiaux, en combinaison étanche, de Télérama sont même allés sur place constater que les « vrais gens » du coin ne ressemblaient que d’un peu trop loin aux personnages de Zviaguintsev.
Je trouve que cela ne sert aucun propos. Le Léviathan, c’est bien celui de Hobbes (comme vous le dites, mais juste en passant, dans votre critique), qu’encorne le cinéaste, dans la course du charriot de ses beaux travellings, avec son nouveau film.
Il veut peut-être montrer que le raisonnement de Edmund Burke n’était pas si flagada et qu’il écrase finalement par sa justesse les belles idées qu’aimait filer Thomas Paine et d’autres.
Le régime soviétique et son projet d’homme nouveau n’ont rien laissé en héritage.
C’est bien la vie sous Poutine qui défile, pas seulement métaphoriquement (après tout la mer de Barents est le réservoir à cash de la Russie de demain avec ses gisements gigantesques de gaz et de pétrole, Rosneft, Gazprom et Total vont transformer les rives rouillées de cette partie du pays, et même si le rôle de la mère peut rappeler un petit instant celui d’Agafia Strelchikha, personnage tragique d’une nouvelle de Tchékhov, le renvoi à la grande littérature russe ne prend personne en otage.)
Je pense aussi que Zvaguintsev, en Russe magistral, n’oublie pas d’avoir de l’humour (revoyons certaines scènes), et qu’il m’a bien fait marrer lorsqu’il prétend dans une interview qu’il « ne voit pas le problème qu’il y aurait à montrer les gens siffler de la vodka, y’en a-t-il un en France à montrer les gens boire du pinot ou du vin ? »
On en boit d’ailleurs par les yeux, de la vodka, dans certains milieux de la jeunesse de Moscou.
Les séries télé s’inspirent beaucoup en ce moment du littoral (Broadchuch, Southcliffe, Le pont suédo-danois de Bron, P’tit Quiquin), je mets Léviathan dans cette lignée (c’est beau lorsqu’un film, qui a tout pour faire série, réussit à exploiter son format, son tempo, sans rien céder à la dilution ou aux raccourcis cabossés), le trait de côte semble offrir l’idéal lieu de contention, de révélation.
Un film de 1984, Local Hero, avec un Burt vieillissant mais encore solide, et un peu les mêmes enjeux, avait montré la voie (un personnage de pêcheur russe faisait une apparition bizarrement.)
(Bonsoir à vous Sophie, et priviet à la Reine des chats.)

Sophie dit: 28 septembre 2014 à 18 h 45 min

D’accord avec vous xlew, sur le « goût européen ». Je crois que Zviaguitsev a juste peur qu’on réduise son film à une critique politique – qu’on oublie du même coup sa poétique, sa mélancolie, et surtout l’amour qu’il a pour son pays. Ce pays où l’âme a tant de force et où bien sûr, on picole sec, on rit, on pleure, on prie…

Jacques Barozzi dit: 28 septembre 2014 à 21 h 41 min

Enfin, au début on voit une famille recomposée plutôt heureuse et à la fin un gros trou à l’emplacement de la maison familiale ! Et dans l’histoire, tout le monde est plus ou moins corrompu : pendant ce temps, la jeunesse se réunie de nuit dans les ruines ! L’Etat est en décomposition intégrale, si l’on en croit le film, mais le ministère donne son agrément ?
Etrange !
Quoiqu’il en soit c’est du grand cinéma. A mon goût personnel, je lui aurais donné la palme !
Mais je n’ai pas encore vu tous les films de la sélection officielle du dernier Festival de Cannes…
Y a t-il encore des pépites à venir, Sophie ?

ueda dit: 29 septembre 2014 à 11 h 34 min

Salut, xlew!

Ce Léviathan (Leviafan, comme disent nos amis russes) est une vieille bête increvable, d’Isaïe à Hobbes.

Dans le discours russe nationaliste, ça passe aussi par Carl Schmitt.

Cet homme étrange (brillant penseur et sale bonhomme) a consacré un livre à la mythologie du Léviathan chez Hobbes. Il y est ensuite revenu plus tard, après la guerre, dans ses rêveries sur le Nomos de la terre…
Il salue Hobbes pour son Etat décisionniste, au dessus de la loi (auctoritas fait legem), mais c’est aussitôt pour y repérer les germes pervers qui seront à la base du libéralisme anglais et de son devenir commercial (ces germes, dans le texte, se disent aussi « juifs »).

Au total, les Anglais, avec leur empire marin, n’auront pas compris la grandeur de cette invention politique, de ce monstre qui appartient davantage aux empires terrestres et continentaux. L’Allemagne nazie a été le rempart contre la pensée dégradée anglo-saxonne, qui préconise la « dépolitisation » au nom de la morale et d’économie…

Bon… Les rêveries de la révolution conservatrice ne vont pas assombrir ma matinée.

Mais je note qu’à l’ère de Poutine, les « géo-politiques » eurasistes du type Alexandre Douguine se sont approprié Schmitt et tous ses impedimenta.
C’est la Russie qui doit aujourd’hui faite obstacle au monde américanisé…
En somme, le Leviathan est revendiqué par certains comme monstre positif…

Tenez, la tête du barbu:
http://arcto.ru/article/500

La Reine des chats dit: 29 septembre 2014 à 15 h 05 min

Bonjour Xlew. Contente de vous lire, j’ai passé longtemps, plusieurs mois sans possibilité de venir ici, c’est là qu’on se rend compte combien c’est addictif, d’une dimension quasi familiale, même si je suis coutumière de ce genre de diètes, pas mal non plus d’être ou de se couper de tout, la purge de l’esprit, enfin il est de pire endroit pour replonger pour moi que le blog de SA… J’aime bcp ce que vs dites du film et de la Russie, où je suis allée plusieurs fois, et où il me semble reconnaître tout ce que vs en décrivez. Pas question de donner bien sûr dans l’essentialisation à grand coup de cuillère à pot, mais cette sorte de décalage, cet humour teinté de tragique profond. C’est très curieux, l’abord de tout cela par les « Occidentaux », en effet. J’étais allée à St Petersbourg en 2008, sur les traces à la base de Boulgakov, et ce premier voyage en pleine crise caucasienne m’avait à la fois bouleversée et durablement réfléchir, disons de manière finalement assez prophétique, sur les liens compliqués, de la Russie poutinienne aux ex satellites de l’URSS. Et à la question de l’UE évidemment. Un haut responsable politique caucasien m’avait dit en passant comme ça, « notre capitale est à égale distance de Bruxelles et de Bombay, comment l’Europe analyse t’elle cela autrement qu’en pensant au pb du gaz »? Toute une question liée aux langues parlées sur le sol, savoir si elles fondent ou non la légitimité d’une appartenance nationale, etc. Tout cela me passionne et j’ai trouvé belle matière à vous lire.
Un autre film dont j’aimerais débattre, mais pas certaine d’en avoir au débotté la force ( puis il me fait d’abord allé le voir), c’est celui de Lièvre, « Flore ». Bien à vs.

puck dit: 29 septembre 2014 à 17 h 13 min

u. ce détournement de Schmitt (décisionnaire, autorité, exception) est des plus malhonnête et totalement stupide, contrairement à l’usage de Saint Paul (singularité, unité…). Hobbes c’est un problème physique, géométrie vectorielle : comme équilibrer les forces quand chacun tire de son côté, TH n’est pas Machiavel (qui convenait mieux pour Schmitt), il ne se satisfait pas de solutions de compromis, il a un objectif : parvenir à un équilibre équitable (si le peuple ne se retrouve pas dans le gouvernement alors il faut changer non pas de peuple mais de gouvernement !). Cet état d’équilibre nous nous en sommes très loin, quand 5% d’une population détient 95% des richesses on ne peut pas prétendre à un équilibre sauf bancale, cf pays arabes et leur usage du théologique pour régler des problèmes d’équité, idem pour les popes…
U. sur ce coup vous me décevez, tomber dans le panneau de C. Schmitt et confondre l’état de droit avec l’état d’exception : je vous croyais plus futé que ça.
Chez Hobbes l’état d’exception n’existe pas, vous devriez le relire : il n’y a pas chez lui 50 possibilité, il n’y en que 2 : soit l’état de droit soit l’état de nature ! Et quand on ne parvient pas un état de droit équitable on revient à l’état de nature, le nazisme n’état pas un état de droit, pas plus que ne l’est (que le sera jamais) ni la Russie ni les pays arabes pour qui cette notion d’état de droit ne fait pas partie de leur vocabulaire (dans 200 ans peut-être?), et pas plus que ne le sont les pays anglo saxons, ni que nous le sommes nous : nous ne vivons pas dans un état de droit tel que le définit TH, certains disent la France n’est plus un pays démocratique c’est faux ! ce n’est même plus un état de droit dans la mesure ou le politique avoue son impuissance contre les forces financières, la démocratie vient après ! 1 l’état de droit 2 la démocratie, il n’y a qu’en Egypte ou en Irak qu’ils s’imaginent arriver à une démocratie sans passer par ce préalable obligatoire pour Hobbes qu’est l’état de droit !
U. sur ce coup vous me décevez terriblement, on peut se planter mais on ne peut pas trahir Hobbes parce qu’il est la seule vraie référence sur cette question. D’ailleurs on se demande pouruoi les russes commencent à rêver de Hobbes ?
Ils ont Tchekhov, la vodka et Poutine ! ça devrait leur suffire largement, s’ils avaient des quelconques points communs avec les norvégiens on s’en serait aperçus, depuis le temps, quand même, non U.? pourquoi compliquer les choses ? alors que nous, nos politiques sont d’une indigence lamentable ? alors aux prochaines élections nous reparlerons de Schmitt, du décisionnaire, de l’autorité et de l’état d’exception, mais il nous faudra attendre quelques décennies avant de reparler de Hobbes, parce que les forces sont très loin de l’équilibre hobbesien ! elles à des années lumières d’un équilibre !
En attendant, come dit Jacky lee festival de Cannes récompense Tchekhov ! et ils ont bien raison. Peut-être qu’un jour ils récompenseront Hobbes, pour le moment ça doit leur passer largement au dessus de la tête comme ça nous passe tous au dessus de la tête, nous ne vivrons pas assez vieux pour le voir, peut-être nos enfants le verrons.

puck dit: 29 septembre 2014 à 17 h 37 min

U. sérieux, le décisionnaire pour créer un état d’exception ! et vous y voyez Hobbes ? Schmitt a enfumé les allemands avec cette histoire et vous, en 2014 vous continuez de vous faire enfumer avec ces salades de Schmitt qui ne visaient à rien d’autres qu’à déclarer la guerre ?
et pourtant vous êtes un garçon intelligent.
l’autorité chez Hobbes n’est pas une fin en soi ! c’est un moyen de parvenir à une configuration harmonieuse. Si cette configuration échoue l’autorité c’est de l’enfumage.
quel est le pays au monde où un état est suffisamment souverain et indépendant, et vertueux pour se prétendre hobbesien ? l’Islande ? la Finlande ? l’Ecosse ? et c’est tout.
Tous les autres états sont des oligarchies, où le politique consiste à raconter des histoires pour faire avaler la pilule.
l’impuissance politique ? comme la France ? soumise aux puissances extérieures ? c’est un état de droit ? non. et hop ! rideau, la pièce est finie.
on devrait pouvoir juger et mettre en taule ces types qui nous bassinent avec Hobbes ! aucun de nous devrait avoir le droit de parle de Hobbes ! parce qu’en parler ne vise qu’une chose : enfumer les gens, les endormir en leur racontant des belles histoires, comme le font nos philosophes et nos artistes : ils nous endorment avec leur belles histoires !
c’est out de l’enfumage !

alors bien sûr, j’allais oublier : il y a le festival de Cannes…
le festival du cinéma de Cannes… avec le beau tapis rouge, les beaux fauteuils, et les belles actrices en beaux décolleté et avec des jolies robes transparentes, et maintenat nous accueillons le réalisateur russe auteur d’excellent film : le Léviathan, il arrive au bras de sa charmante épouse, poussez-vous les photographes ! et derrière qui est là ? Valérie Trierweiler ! la charmante Valérie dans sa belle robe achetée avec ses drois d’auteur !
il faut lui donner la palme d’or et le Goncourt à Valérie, il n’y a qu’elle qui le mérite !
U. vous savez quoi ? je sais pas vous mais je crois qu’on a vraiment un gros problème.

ueda dit: 29 septembre 2014 à 17 h 50 min

le Léviathan, il arrive au bras de sa charmante épouse, poussez-vous les photographes ! et derrière qui est là ? Valérie Trierweiler ! la charmante Valérie dans sa belle robe achetée avec ses drois d’auteur !

Mais oui…
C’est Denis Trierweiler qui a traduit le livre de Schmitt sur Hobbes!

Mais comment cet honnête homme a-t-il pu épouser une bonne femme pareille?

JC..... dit: 30 septembre 2014 à 7 h 52 min

Vous êtes très intelligents, les metteurs en scène, dans vos discutions cinémathèques idéales : vos références universitaires sont parfaites… !

Malheureusement pour votre film « Etat de droit », ce sont les spectateurs qui écrivent le scénario, démocratie oblige, et leur débat sera, dans le bureau de vote :

-Tu crois que la gueule de Depardieu ira pour le héros ?
-Ah, Non ! pas Depardieu ! Dujardin est plus beau !
-Mais non, tu n’y comprends rien en politique !
-Toi non plus, fasciste !….

Hobbes !!!….. tu parles, Charles ! Pourquoi pas Locke !? et au final, Bourvil élu contre de Funès !

La Reine des chats dit: 30 septembre 2014 à 10 h 14 min

Mille excuses pour les fautes de frappe, nombreuses, du post précédent « il me faudrait d’abord aller voir le film »& ainsi de suite, dues à la précipitation. Billet et coms en revanche ont été lus attentivement. Sur Zviaguintsev et « Leviathan », à lire, en complément de l’excellent billet de SA, la note que lui a consacrée Paul Edel, qui donne aussi vraiment envie(blog éponyme,en date du 26 septembre, désolée de ne pas savoir mettre en lien). Tombée dessus en bataillant la nuit dernière, assez tard, avec mon nouvel ordinateur qui avait planté, et que j’essayais de remettre à flot. L’article m’a scotchée. Rigueur et profusion, justesse sensible, observation, humanité du regard. Je ne suis jamais allée à Moscou, mais 4 ou 5 fois à St-Pétersbourg, et j’ai pas mal fréquenté aussi les bourgades sans gloire, paumées, où les gens vivent en se serrant la ceinture sur tout, avec un drôle de rapport aux popes et à Poutine, nouvel espoir théophanique d’une sorte de fierté retrouvée, idem avec la petite Russie rurale, besogneuse, dépourvue de faste et sans projet. J’y pensais au moment de la condamnation des Pussy Riots, cette façon que l’une d’elle, mère d’un enfant de deux ans, avait eu d’être envoyée dans un camp de travail, je ne sais plus où, Sibérie ou Mordovie, les deux se valant bien – et ce que les Occidentaux en avaient retenu, au fond, un battage assez hype, relayé par le Palais de Tokyo. L’Edel quand il s’en mêle n’écrit pas avec les pieds – en témoignaient déjà ses notes sur Quiberon, le petit Rom tabassé à mort ou autres.
Xlew, ty gavarich pa rousski? Pas moi.Je pavoise là avec les seuls mots russes que je connais, à part dire « je t’aime », mais nous n’en sommes pas là. En revanche, cet homme dont je parlais au-dessus, de nationalité géorgienne depuis la seconde République émancipée dans les années 90, né sous le régime soviétique, venu étudier en France car il y a une forte tradition francophile en Géorgie, étudiant brillant (je pense toujours à lui lorsque Widerganger sur le fil parallèle de la RdL de Pierre Assouline, décrit le lien différent, beaucoup moins désinvolte, parfois accentué, au contraire privilégié, qu’entretiennent certaines tranches de populations au savoir, à une accession à la culture dont les privent pour diverses raisons leurs conditions de vie , flagrant par exemple avec les ZEP, leur rapport aux grandes écoles), cet homme, donc, venu faire Sciences-po en France, sorti major chaque année ou presque, qui nous enterrait tous, y compris en matière de culture générale, sur la littérature russe, française ou japonaise, outre pas mal de langues romanes ou germaniques – français exquis, anglais, allemand et j’en passe – parlait non seulement le géorgien, le lituanien, le russe (par nécessité?), etc etc, mais aussi le…persan, ce qui m’impressionnait par dessus tout!
Comme c’était un ami, nous faisions équipe au trivial pursuit ou ce genre de jeux, non sans avoir assez salement parié au préalable quant à l’issue de la partie, et les pauvres normaliens, ou centraliens, ou, ou.., abusés par la modestie de sa mise vestimentaire,se retrouvaient toujours roulés dans la farine.

xlew.m dit: 30 septembre 2014 à 11 h 51 min

фубля !, l’agité du COBOL, bien sûr que l’on pourrait parler de Locke, comme de Platon, Aristote, Hobbes (et tous leurs modernes successeurs, ceux qui les ayant lus trop vite prônèrent la tabula rasa, la révolution purificatrice, la religion du salvateur ‘commencement’, à tout prix, no suject-matter what).
Si je m’amuse à regarder le palmarès du Cannes 2014, je pourrais presque voir une espèce de continuité poétique (je reprends le mot de Sophie, que je trouve bien choisi) entre le territoire du Winter Sleep de Ceylan et les côtes d’Armor du Léviathan de Zviaguintsev.
« Kis Uykusu » indique en turc l’hibernation d’un animal, endormi de façon naturelle ou assommé par le shot d’une seringue hypodermique dans le cas de l’Anatolie profonde, et on retrouve peut-être un peu de la neige de cet hiver nucléaire des sentiments dans le blanc étincelant de la carcasse de la baleine Моби Дик (ne reculant devant aucun poncif, je laisse tout de même Jonas – le philosophe – à M. Onfray) du film Léviathan, (plus signifiante et belle, affalée sur la grève, que toutes les vieilles statues des figures historiques du communisme, gloires déboulonnées puis plus ou moins réinstallées par Poutine), Turquie et Russie, les anciens ennemis héréditaires se rejoignant, du sud au nord.
Le gars Burke fait quand il veut un sort au Kerl Schmitt, ueda, j’ai un passage en tête, certains grands penseurs se donnent les moyens, bien après leur disparition, de pouvoir contrer les détournements de citations piochées dans leur oeuvre, grâce à la précision de leur développement. J’ai lu votre pique perfide sur la tradition conservatrice anglo-saxonne, mais souvenez-vous du discours d’investiture de Reagan en 1980 et de sa référence à Paine (apologie d’un petit gouvernement ultra-efficace) et de celui d’Obama en 2008 (salut à Burke et son éthique de la réparation du contrat social par petits pas, dans la sagesse).
Reine, je crois que les grands écrivains du 19e avaient, comme il est coutumier de le dire, tout anticipé, c’est vrai, pas seulement dans la monstration de grands personnages nihilistes (Tchékhov, et même Dostoïevski, furent sensibles, non pas aux thèses mais à l’esprit du nihilisme comme tant de gens à l’époque, y compris à la cour du despote Alexandre III), mais aussi dans la présentation des répercussions de leurs actes (Les longs délires verbaux de Raskolnikov, les dribbles de ses digressions, préparent les terribles monosyllabiques et les bouts de phrases qui hachent des restes de discours lorsqu’il constate froidement l’état de la société, et de ses joueurs qu’il va falloir changer par milliers.
Je ne sais pas si vous êtes autant familière des écrivains de la génération 1950-60 (Sorokine et Pélévine), quand on les lit on saisit un peu pourquoi il est difficile de s’affronter à la classe politique russe d’aujourd’hui (qui est, selon moi, un monument de subtilité dans sa construction, il suffit de voir les interconnexions souterraines entre « Russie unie », la galaxie des partis de centre-droit, les innombrables confettis du Front des Gauches, de l’Autre Russie aux communistes (Jirinovski est maître-chanteur spécialiste du « mat », l’argot russe, dans ses speeches, Zviaguintsev n’invente rien dans la surexposition de la « langue non-normative », Mélenchon en comparaison n’est q’une mogette qui fait pouêt), à côté le système français fait amateur), et pourquoi ils replongent dans la poétique de Gogol pour parler du présent.

Jacques Barozzi dit: 30 septembre 2014 à 13 h 21 min

Dans le film, il y a une scène, partiellement montrée dans la bande annonce, qui montre bien que l’humour russe vaut bien l’humour juif ou l’humour anglais.
Le mari, sa femme et l’enfant vont pique-niquer avec leurs amis, tous membres de la police locale. La grande attraction est de tirer à balles réelles sur des bouteilles vides de vodka. Le clou final, faute de bouteilles, sera de tirer sur les portraits sous verre des dirigeants, depuis Lénine jusqu’à Eltsine. Pour les autres (essentiellement Poutine), le chef de la police, qui a fourni les cibles dira : « On attendra encore un peu, car on manque du recul historique nécessaire ! »
Etonnant, non ? Et le film est subventionné par le Ministère de la Culture ! Peut-on imaginer qu’Aurélie Filippetti aurait donné son agrément si l’on avait tiré sur tous les présidents de la Ve République, hormis François Hollande laissé en sursis ?

La Reine des chats dit: 30 septembre 2014 à 13 h 57 min

Merci, Jacques! Nouvel ordinateur depuis 2-3 jours et déjà il plante. Contraire d’une geek. Des manips je le crains que je ne saurai jamais reproduire. Complétement paralysée. Cela me gêne surtout quand je cours, MP3 etc, du chinois pour moi, donc, pas de playlist à me mettre entre les oreilles pour soutenir mon entraînement au marathon.
Xlew, Sorokine, Pélévine, inconnus pour moi au bataillon. Impressionnante, votre connaissance des rouages & ce qui se joue là-bas. La Géorgie en 2008, bien entendu répétition générale avant l’Ukraine. Géopolitique et littérature ont forte partie liée. Boulgakov et mille autres exemples. Pourquoi ces hésitations à toucher à ces sujets du côté des romanciers français? Je veux dire : au plan romanesque (je ne parle pas de reporters de guerre qui écrivent des romans, c’est encore autre chose). Je ne me l’explique pas facilement.

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