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La République Du Cinéma

« L’homme irrationnel »: Woody Allen jette les dés

Par Sophie Avon

Le Woody Allen nouveau ? Excellent  cru, notes d’automne, long en bouche. Parvenu à un point d’équilibre que le cinéaste a peaufiné de film en film : un tiers de philo, un tiers d’humour, un tiers de tragédie. Le savoir-faire est incontestable, la mise en scène virtuose et la façon dont le récit s’articule, verrouillant d’autant mieux chacune de ses étapes que le point de départ est fondé sur l’aléatoire, donne une comédie noire admirablement ficelée. Sans compter que malgré sa mécanique irréprochable, la densité de la vie y circule en même temps que ses multiples leurres. A 80 ans, Woody Allen est un cinéaste désenchanté et profond, assuré de savoir divertir son public en traquant la vérité des hommes. Il est un virtuose qui connait la musique sur le bout des doigts. Celle qui ponctue son film revient avec l’insistance d’une ritournelle. A la fois narquoise et entêtante.

Cette fois, pas de magie ni d’époque révolue, pas de sortilège sinon celui de l’amour qui est à double tranchant. Nous sommes sur la côte est, dans une université où Abe, professeur de philosophie (Joaquin Phoenix) est précédé d’une rumeur sulfureuse. Il passe pour un type brillant mais dépressif, alcoolique et séducteur. Les étudiants ne sont pas déçus, qui boivent ses paroles, notamment quand il affirme que « les gens fabriquent du drame pour remplir le vide de leur existence… » Et s’il parlait de lui, qui va remplir sa vie en nouant une tragédie dont il sera tour à tour le démon, le héros et la victime ?

L’intrigue s’ouvre par la mise en application d’une dialectique qu’il s’agit d’abord de théoriser, et pour cause vue la matière qu’enseigne Abe. La vie est-elle une suite de coïncidences ? Voyons voir ce que dit la roulette russe. Sous les yeux déjà énamourés de sa meilleure étudiante, Jill (Emma Stone), laquelle se soucie un peu trop des humeurs de son professeur pour être honnête, Abe fait n’importe quoi, picole et philosophe tout en admettant qu’il est pitoyable. « J’étais parti pour changer le monde, lui dit-il, et me voilà intello à bite molle… » Justement, Rita (Parker Posey), une collègue en quête d’aventure, lui offre son corps, nourrissant une passion romantique pour cet homme décidément irrésistible que l’amour qu’il suscite ne suffit pas à combler.

Une simple scène à laquelle Abe et Jill n’auraient pas dû assister va bousculer leur destin. Du jour au lendemain, Abe renaît et retrouve un sens à sa vie, par le truchement de ce qu’il juge être une bonne action et qu’il s’apprête à faire, mettant à l’épreuve l’impératif catégorique de Kant dont il a pourtant lui-même pointé les dangers. A la vérité, irrationnel ou pas, Abe se prend pour dieu et va voir ce qu’il en compte de jouer les démiurges.  Comme dans un  « Columbo », le spectateur est témoin de ce qui arrive. Après quoi il n’a plus qu’à constater qu’on ne saurait jamais tout prévoir. Le hasard, toujours lui, est l’unique moteur d’un monde où rien ne se décide jamais, quoiqu’en pensent ceux qui s’échinent à planifier leur trajectoire. C’est à peine si l’on peut orienter le parcours, se donner des chances, aller dans le bon sens. L’existence est une loterie, un jeu dont on ne sait même pas qui joue, nous dit Woody Allen en lançant ses propres dés.  Au moins sa partie est-elle réjouissante.

« L’homme irrationnel » de Woody Allen. Sortie le 14 octobre.

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14 Réponses pour « L’homme irrationnel »: Woody Allen jette les dés

Phil dit: 14 octobre 2015 à 10 h 26 min

« les gens fabriquent du drame pour remplir le vide de leur existence »
Vilmorin cause mieux qu’un prof de philo sexy:
« le malheur s’invente » (Madame de…)

encore en vie dit: 14 octobre 2015 à 13 h 19 min

« C’est à peine si l’on peut orienter le parcours, se donner des chances, aller dans le bon sens »

c’est déjà une chance d’en avoir la possibilité

Jacques Barozzi dit: 14 octobre 2015 à 15 h 54 min

Le Jacques Barozzi dit: 14 octobre 2015 à 10 h 40 min est un faux.

Complètement d’accord avec habicai. Le troll qui se reconnaîtra et Phil n’ont rien à faire ici. Ouste.

Jacques Barozzi dit: 14 octobre 2015 à 19 h 50 min

Le faux est le seul vrai, j’ai vu le film et n’en parlerai que lorsque le ménage ici aura été fait…

Ueda dit: 15 octobre 2015 à 9 h 29 min

Jacques Barozzi dit: 14 octobre 2015 à 19 h 50 min
j’ai vu le film et n’en parlerai que lorsque le ménage ici aura été fait…

Attention, Jacques, c’est une formule dangereuse. De méchants esprits pourraient espérer que le ménage ne soit jamais fait.

Paul edel dit: 25 octobre 2015 à 11 h 07 min

Joachim Phoenix a l air absent et même de s ennuyer dans ce film .les femmes sont bien dans ce Woody Allen paresseux et repetitif

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