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La République Du Cinéma

Manoel de Oliveira, un cinéaste éternel

Par Sophie Avon

Il avait 106 ans et s’amusait de cet âge qu’il ne considérait pas comme une vertu mais comme un pur caprice de la nature. Il n’empêche, il semblait avoir vécu au rythme de son cinéma qui était doux et lent. Au bout du compte, il aura réalisé une vingtaine de films courts ou moyens et une trentaine de longs-métrages, lesquels ont imposé une idée du temps justement, une façon d’interroger la réalité et une sensibilité typiquement portugaise. « Pas de péripétie, pas de rebondissement », disait-il à propos de l’écrivain Camilo Castelo Branco qui à ses yeux représentait la quintessence de l’âme lusitanienne.

Son cinéma était ainsi, calme, formel, secret. Il trouvait la vie opaque, les sentiments confus, pensait que le cinéma, lui, devait au contraire donner une idée précise du monde alors même que ce monde se dérobait à qui l’approchait. Le cinéma, pour représenter le réel, cet horizon jamais inatteignable. « La seule chose réelle est la mémoire, mais la mémoire est une invention… » Autant dire que ses films étaient complexes, à la fois puissants et toujours en retrait, préférant le ricochet de l’illusion et usant de références comme d’un jeu de sens inépuisables. Il avait commencé en filmant sa ville, Porto, et son fleuve, le Douro. Des lieux auxquels il revenait toujours, indissociable de ce pays qui l’avait façonné. Dans les années 30, il était un jeune homme moderne et intrépide, tournant peu mais faisant du sport à un haut niveau, course automobile, saut à la perche. En 1936, il avait même passé un brevet de pilote d’avion.  Avant d’aborder la fiction, à son rythme donc : la première en 1942, la suivante 20 ans plus tard. Entre temps, il avait fui la dictature salaziste, dénoncé le régime avec « La chasse », en 1963, avant d’être empêché de tourner par ce même régime. En 1971, après une dizaine d’année de silence, il tournait « Passé présent », une fiction sur la bourgeoisie portugaise. Il avait 63 ans. Sa carrière débutait.

Ses films les plus beaux, ceux qui le feront accéder au firmament d’un cinéma d’auteur singulier démarrent à la fin des années 70, le plus souvent adaptés de la littérature -   « Amour de perdition » d’après Camilo Castelo Branco, « Francisca » d’après Agustina Bessa-Luis. Grâce au producteur Paulo Branco, sa production trouve une vitesse de croisière exceptionnelle jusqu’à la fin des années 90: « Le soulier de satin » d’après Claudel, « Mon cas », « Non ou la vaine gloire de commander », «Val Abraham» d’après Agustina Bessa Luis encore, une variation sur “Madame Bovary”, “Le couvent”, “Inquiétude”. Dans les années 2000, Oliveira a 92 ans et  la veine d’un jeune homme.  “Le príncipe de l’incertitude”, « Singularités d’une jeune fille blonde”, “L’étrange affaire Angelica” enchaînent des intrigues faussement policières, voire fantastiques où la réalité et le rêve se confondent, où l’amour, le fantasme et l’image ne font qu’un.

“J’essaie d’être clair et profond” disait-il malicieusement. Il disait aussi que le cinéma était jeune. Que seuls les films vieillissaient. Les siens n’avaient pas d’âge. Et lui, on le croyait éternel.

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commentaires

7 Réponses pour Manoel de Oliveira, un cinéaste éternel

JC..... dit: 3 avril 2015 à 10 h 23 min

Ah ! le Portugal de Salazar et ses bordels où les pauvres savouraient ceux qui pouvaient se payer une pute, l’Espagne de Franco bien empesée à la fourberie, l’Allemagne d’Adolf si pimpante, la Roumanie de Ceaucescu tellement conne, la France de De Gaulle au sommet de son art, c’était le bon temps pour les pervers… ceux qui comme moi, 92 ans bientôt, ont connu ça de près.

RIP Manoël, tu as fait ce que tu as pu … on t’oubliera comme les autres.

Milena et Dora dit: 3 avril 2015 à 12 h 46 min

si vous cherchiez la preuve que JC est une andouille, lisez son dernier commentaire qui parle pour lui

JC..... dit: 5 avril 2015 à 5 h 10 min

Pour avoir une idée du néant, absolu et relatif, observer prudemment la paire d’andouillettes ci-dessus, charcutières cérébrales, parasites de sommier, raclures d’avortement, funestes beautés que le monde nous envie …

Bonnes Paques, mes chéries !

Kohls off dit: 23 mai 2017 à 15 h 28 min

¿Sera? De acuerdo con ud King Kong es una pelicula de aventuras pero su base es la fantasia, incluso dicho genero exploto en esa decada y de dicho tema estaremos hablando en la ultima parte. En relacion al perfume estoy con usted, es un thriller, pero un thriller de fantasia no cree? Quiza uno de los mas bizarros y eficaces casos de combinacion de generos

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