de Annelise Roux

en savoir plus

La République Du Cinéma

Marion Vernoux: « Un film sur l’appétit »

Par Sophie Avon

Fanny Ardant incarne Caroline dans le dernier film de Marion Vernoux (en salle depuis le 19 juin). Face à Laurent Lafitte, elle va réapprendre à être amoureuse. Et si « Les beaux jours » étaient les plus tardifs ? Rencontre avec la réalisatrice, Marion Vernoux.

Le titre convoque immédiatement Beckett…

Oui et je suis bien embêtée. En fait, l’idée m’est venue d’une vieille chanson d’Yves Simon car j’ai l’habitude de chantonner quand je marche. Du coup, j’ai baptisé le club où Caroline rencontre Julien de la même façon. En même temps je ne voulais pas survendre ni le lieu ni cet âge – mais peut être qu’après « Personne ne m’aime », « Rien à faire », etc, il fallait arrêter avec les titres négatifs.

C’est un film sur le plaisir finalement, non ?

Oui c’est un film sur l’appétit. D’ailleurs, on y mange et on y boit. Au fond, il y avait deux façons de traiter cet entre-deux âges : ou un personnage qui mange des babibels devant la télé, ou une femme qui réagit à cet endormissement. Après, il y avait pas mal de pièges à éviter: allait-elle offrir une résistance au jeune homme qui l’aborde ? Allait-elle passer pour un genre de cougar ? Il fallait que dès le début l’un et l’autre s’affranchissent de la convention et s’embrassent vite.

Julien (Laurent Lafitte) la regarde avec beaucoup de délectation…

Il est amusé par elle, pas impressionné, mais peut-être que plus le film avance, plus il est admiratif. Au début, Julien est un simple collectionneur, il aime les femmes, et l’avoir elle, c’est de l’ordre du défi. Peu à peu, elle est tellement imprévisible qu’il est conquis.

Fanny Ardant a-t-elle été au départ dans votre esprit ?

Je ne pense jamais à un acteur quand j’écris et je n’avais pas pensé à elle. Et puis, peu à peu, c’est devenu une évidence. En plus, je n’avais pas fait de film depuis un moment et elle non plus. J’imaginais le personnage de Caroline  avec une silhouette un peu anglo-saxonne – ce qui n’est pas vraiment le genre de Fanny Ardant, encore que…

D’où la teinture blonde ?

Je crois qu’elle avait envie de s’amuser avec ce personnage…

N’est-ce pas délicat d’offrir un rôle de vieille à une actrice ?

Elle est très particulière, très anticonformiste. Elle m’a lancé : alors comme ça, vous me proposez un personnage de vieille ! Elle est vraiment très au-delà de l’état civil. Cela dit, à force de les voir côte à côte, Julien et elle, je ne voyais plus la différence d’âges. La familiarité gomme tout ça…

Avez-vous enlevé beaucoup de choses du roman de Fanny Chesnel ?

J’ai enlevé le côté mortifère et psychologique de Julien qui dans le roman a perdu sa mère.

Comment avez-vous travaillé ? Quels fils avez-vous tirés ?

A partir du moment où cette femme était devant moi – et non en moi – cela a été plus facile, ça allait moins dans tous les sens. C’était un peu comme jouer à la poupée avec les personnages. Je pense aussi que l’incarnation de Fanny Ardant m’a beaucoup aidée – elle rend le personnage très crédible. Comme je pars de lectures avec les comédiens, quitte à retoucher les dialogues, je ne craignais pas tant que ce ne soit pas crédible que naturel. Je voulais que ce soit naturel.

C’est une commande et peut-être est-ce votre film le plus personnel ?

J’ai forcément projeté beaucoup de moi. Cette appropriation  est venue petit à petit. Je me suis aperçue que je faisais corps avec le film. Ce qui est très personnel, c’est ce sentiment d’être mis sur la bas-côté, au rebut, dans un métier où ces choses-là vont vite parce que tout y est très précaire…

Le film est très drôle. Mélancolique, bien sûr, mais avec beaucoup de fantaisie et d’humour…

La vie m’a servi de leçon. On n’est pas obligé de donner de ses nouvelles dans les films, et en même temps, oui, on se doit d’en donner, mais c’est peut-être plus facile via un personnage qui n’est pas issu de soi.

Le paysage du nord a une beauté floue qui interdit toute bassesse, non ?

Je suis très attirée par le cinéma de l’est et le cinéma anglais. C’est une esthétique dont je me sens proche. J’aime cet aspect industriel et maritime qui dit quelque chose de la fin d’un monde, et je l’aime d’autant plus que je voulais éviter le cliché de la dentiste de province.

Le récit est très fluide. Y a–t-il des  films plus faciles à mettre en scène que d’autres ?

A partir du moment où Fanny Ardant est de tous les plans, il me semblait qu’il y avait un fil à tirer et aucune raison d’avoir des complaisances de mise en scène. Au contraire, ne pas se laisser distraire, n’avoir rien à prouver car fanny Ardant est tellement captivante à filmer.

Et la vieillesse ?

Pour moi, la vieillesse n’est pas un tabou, donc je n’avais aucune volonté de transgresser quoique ce soit en filmant des gens âgés nus à la fin – mais oui, j’étais obligée de les filmer comme ça, moi qui suis plutôt pudique. Mais les corps ne me mettent pas mal à l’aise, ni les vieux, ni les gros, ni les maigres. Et puis, cette fin épiphanique, dans une joie communicative, cela s’est fait comme ça…

Un film, c’est une affaire de travail mais est-ce aussi une affaire de grâce ?

Je parlerais plutôt d’intuition. L’intuition d’accepter ce roman, de choisir Fanny Ardant, d’opter pour un film assez court. C’est une succession d’intuitions qui fait qu’après, on vit avec une sorte de diapason à l’oreille. Si bien qu’on sait quand on s’égare.  Pour la structure, j’étais aidée par le fait qu’il y a peu de conflit, que ce n’est pas ça qui fait le ressort dramatique. Une fois qu’on s’est dit ça : qu’il s’agissait de personnages bienveillants, on avait l’architecture générale.

Quel genre de doutes avez-vous ?

Mon doute c’est : est-ce que je ne suis pas dans le sabotage ? Comme un enfant qui fait un beau dessin puis qui le gâche…

 

Cette entrée a été publiée dans Entretiens.

2

commentaires

2 Réponses pour Marion Vernoux: « Un film sur l’appétit »

La reine du com dit: 22 juin 2013 à 12 h 48 min

Déception en voyant le film. Plus que Laurent Lafitte ou Fanny Ardant, ici c’est peut-être le roi paraît dénudé nu. Sans doute des éléments de réponse dans l’itw que vs accorde Marion Vernoux? Quand elle déclare par exemple avoir ôté le côté mortifère ou psychologique du personnage de Julien. A force de retrancher des choses, le dîner finit par sembler restreint. Pas lu le roman, mais cette injonction préalable, systématique ou presque, à la légèreté et à ne pas s’apesantir.. C’est fatigant. Cela finit même par être un peu lourd. Je préfère Marion Vernoux qui n’arrête pas avec les titres négatifs et poursuit d’une voix sensible et inquiète

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>