de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Marisa, 20 ans, guerrière

Par Sophie Avon


Sur la plage, Marisa, 20 ans, regarde ce qui lui échappe : l’horizon, la mer, le ciel si vaste et ce grand-père qu’elle a tant aimé parce qu’il a fait d’elle une guerrière. Elle est allongée, un trou dans le corps, la tête renversée – pas de suspense pour ce film qui place son enjeu ailleurs et brosse, en une heure 40, le portrait d’une jeune néo-nazi.

Tatouée, le crâne rasé, elle est scotchée à son mec qui fait partie de la même bande de nazillons. A plusieurs, ils arpentent les trains, effraient les passagers, brutalisent ceux qui n’ont pas la peau assez claire, boivent de l’alcool, s’embrassent sauvagement.  La haine des étrangers, des noirs, des juifs et des flics est leur raison de vivre, le puits sans fond dans lequel ils refusent de voir leur propre médiocrité.

Marisa est par ailleurs caissière dans le supermarché que tient sa mère, une femme blessée et froide qui faute d’avoir reçu de l’amour n’en donne guère. Mais Marisa a son grand-père, qu’elle va voir à l’hôpital chaque jour, à qui elle apporte des fleurs et qu’elle enlace tendrement. C’est un homme fatigué et tendre dont la douceur n’efface pas celui qu’il a pu être dans l’Allemagne nazi et dont la présence symbolique hante le film. « Tu ne feras jamais des conneries aussi graves que celles que j’ai faites, lui dit-il, mais il faut être responsable et réparer. »

Un jour, un jeune Afghan arrive avec son frère aîné au supermarché et Marisa refuse de l’encaisser. Un peu plus tard, au bord de l’eau, les deux frères se font dégager par la bande de crânes rasés. Furieux, le cadet arrache le rétroviseur de la voiture de Marisa. Tout est réuni pour que la tragédie se mette en place. Elle ne manquera pas d’advenir, mais pas comme prévu.

L’enjeu du film de David Wnendt est d’offrir à Marisa un parcours à rebrousse-poil, non pas tant une rédemption qu’un éveil sensible de tout son être. Auprès d’elle, la petite Svenja qui n’a que 15 ans et récolte des 18 dans chacune des matières qu’elle étudie, apporte au récit le contrepoint nécessaire pour ne pas virer à la démonstration. De fait il arrive que le récit avance au pas de charge, mais la justesse des personnages et la façon dont David Wnendt part d’une matière très réaliste pour en faire une métaphore de l’Allemagne contemporaine rattrapée par son passé, donne à « Guerrière » sa force et son efficacité.

« Guerrière » de David Wnendt. Sortie le 27 mars.

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