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La République Du Cinéma

« Minuscule, la vallée des fourmis perdues », une fantaisie épique et animée

Par Sophie Avon

Et si la création, l’invention, la fécondité de l’imaginaire étaient en train de basculer du côté de l’animation ? Non pas tant des dessins animés – encore qu’il n’en manque pas, rappelons « Ernest et Célestine » sorti en décembre 2012 – que d’un savant mélange de technologies comme dans « Minuscule » où pour la première fois, se mêlent prises de vue réelles, images de synthèse et 3D. Il suffit de voir ce petit bijou de Thomas Szabo et Hélène Giraud pour être ébahi par la richesse d’un tel film, a priori conçu pour les enfants et cependant pensé pour satisfaire les spectateurs les plus adultes.

Français à 100%,  produit en même temps qu’une série télé qui l’a finalement précédé, et conçu comme une épopée de Peter Jackson à l’échelle des fourmis, ce long-métrage d’une heure 29 est un festival de trouvailles. D’abord la bande son, non pas la musique, mais le choix de créer des bestioles de fiction, fourmis, mouches, coccinelles, araignées, etc, qui ne parlent pas sinon à travers des sifflets, cris, lazzis et autres sons dont la partition est à elle seule une mine de petits bonheurs. Pas d’anthropomorphisme exagéré, du coup, un soupçon d’identification, un plein de malice, et le tour est joué.

Bien sûr, la petite coccinelle au centre des deux armées des fourmis, les rouges et les noires, nous ressemble. Comme nous, elle s’est perdue, comme nous, elle a peur, elle a du chagrin, elle rêve, elle veut aider – mais dieu merci, le film prend en charge ses sentiments sans verser dans la mièvrerie et surtout, il s’en tient à l’action. Ainsi ce langage d’onomatopées est-il lui-même assimilable à une dynamique, ce qui sans cesse vivifie le récit, déjà porté par une vitalité de chaque plan. A commencer par la course poursuite du début, cavalcade homérique à travers un paysage allant de la prairie aux sommets en passant par un torrent où aux fourmis flanquées de la petite coccinelle, vient se mêler un poisson d’eau douce, prédateur ridicule dont l’obstination ajoute au suspense.

L’enjeu ? Une vulgaire boîte à sucre abandonné par un jeune couple venu pique-niquer et repartant à la hâte après son déjeuner sur l’herbe, madame, enceinte, ayant eu ses premières contractions. Quelques plans plus tard, la faune la plus modeste de la forêt a envahi la nappe pour se répartir les trésors. Qui emporte les cornichons, qui les bretzels, qui les fruits secs. Le vrai butin – le sucre – est enfermé dans un coffre-fort en fer qu’une  fourmi noire en chef a vite fait de s’approprier, ordonnant à ses troupes de s’en saisir et qu’elles font avancer comme si leurs pattes étaient des roulements à billes. On passera sur la façon délicieuse dont la coccinelle et la fourmi pactisent au clair de lune avant de fuir sous l’assaut des rouges assaillantes, dessinées tels des suppôts de Satan et conduites par un leader toujours furieux, rouge de colère comme il se doit.

La poursuite, répétons-le, est une merveille d’enchaînements à faire pâlir d’envie les films d’actions les plus sophistiqués. Elle n’est qu’un avant—goût du grand affrontement, minutieusement préparé par les fourmis rouges, rassemblées dans des décors de catacombes fascistes et mises en appétit par un discours musclé dont on devine sous la rage l’injonction à se battre pour en finir avec les rivales de toujours …  Il faut voir la façon dont l’armée rouge se répand puis prolifère en colonnes écarlates sur la roche couleur de sable. La forteresse des ennemies noires, château de sable s’il en est, résistera-t-elle aux vieilles fourchettes projetées contre les remparts, aux cure-dents lancés tels des javelots, au flacon rouillé d’insecticide et aux boules de pétanque ?  Car on trouve de tout dans la nature, fût-elle sauvage et protégée.

Evidemment, la vision très « Peter Jackson » de cette bataille n’enlève rien au message écolo qui déploie sa propre stratégie par le plaisir. On peut filmer les plus beaux paysages du monde,  dénoncer au passage ceux qui prennent la nature pour une poubelle, et proposer une expérience de jubilation pure. La preuve par ce petit grand film tout en puissance, en poésie et en fantaisie.

« Minuscule, la Vallée des fourmis perdues » d’Hélène Giraud et Thomas Szabo. Sortie le 29 janvier.

 

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4 Réponses pour « Minuscule, la vallée des fourmis perdues », une fantaisie épique et animée

xlew.m dit: 26 janvier 2014 à 23 h 07 min

Je ne sais pas si vous avez pu en parler à la radio ce soir (je n’ai pu me brancher sur l’émission que pour le dernier quart d’heurs, juste au moment où vous faisiez partager votre contagieuse émotion aux fortes images du dernier Miyazaki).
Je suis conquis par votre papier et la bande annonce. Microcosmos date un peu, il faut bien le dire, ce film tombe à pic pour revigorer (avec beaucoup d’humour — notons au passage que les réalisateurs ne se moquent jamais de leurs actrices et acteurs –, on se croirait revenu dans « Jour de fête » par instants) l’envie de connaissances scientifiques des jeunes spectateurs qui iront le voir.
Jean-Henri Fabre racontait déjà des scènes de gigantomachies rétrécies à l’échelle des insectes dans ses « Souvenirs ». Il employait souvent, comme vous, la métaphore homérique dans ses descriptions.
Là, en plus, les jeunes cinéphiles pourront s’amuser au jeu des correspondances avec leurs films préférés (ceux signés Spielberg et de Lucas, entre autres). « Raiders of the lost ant », « Beetles star wars » et « Ladyhawk as a Ladybird », feraient de bons titres.
« Ernest et Célestine » est en compèt’ aux Oscars du mois prochain si je ne me trompe…(avec « Le vent se lève », grosse bataille en perspective.)

sophie dit: 26 janvier 2014 à 23 h 40 min

Oui, d’ailleurs, j’ai oublié de citer « Le vent se lève » – si présent en moi que je l’ai paradoxalement omis dans ce papier, bref. Non, ce soir, nous n’avons pas parlé au Masque de « Minuscule » mais on en parlera mi février, pour l’émission enregistrée à Brest. Ravie que mon papier donne envie car c’est vraiment un film passionnant..

Jacques Barozzi dit: 27 janvier 2014 à 8 h 05 min

« fourmis, mouches, coccinelles, araignées, etc, qui ne parlent pas sinon à travers des sifflets, cris, lazzis et autres sons »

On a même droit au pet tonitruant et nauséabond de la petite coccinelle après qu’elle a abusé du sucre en boite…
Les sons (nous) parlent !

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