de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Nicole Garcia perd le nord

Par Sophie Avon

Elle est un des trois lieux les plus fréquentés au monde. On y passe, on en part, on y poireaute, on y vend des bonbons ou de la lingerie fine. S’engouffrer gare du nord, c’est entrer dans un grand bazar. « Un souk » dit un des personnages de Claire Simon. La cinéaste,  adepte du réel, s’est d’abord immergée sur place. Interrogeant les gens, voyageurs, passagers, commerçants, vigiles, bâtissant un documentaire avant d’envisager une fiction, prenant appui sur le reportage pour faire advenir le romanesque. Depuis toujours, le travail de documentariste de Claire Simon, dans lequel elle traque   l’extraordinaire de la vie, est passionnant, précis, puissant. S’attaquer à la gare – et à celle-ci en particulier-, c’est prendre le monde à bras le corps. Car on le sait bien, on l’a tous éprouvé : la gare est non seulement une fourmilière, un corridor,  un sas, mais c’est aussi une usine à fantasmes. Un lieu d’inquiétude et de tension, de confusion et de rêves. Comment choisir les sensations quand elles sont si nombreuses à pouvoir inspirer l’imaginaire ?

Gare du nord donc.  L’humanité s’y déverse à heure régulière, et pourtant, parfois, il y a d’étroites plages de calme, des moments de pure solitude, des recoins où se tenir tranquille. Il suffit de le savoir. Le reste du temps, c’est la folie. Un chaos qui semble porter ceux qui partent, engloutir ceux qui restent.  Mais  le bruit, la foule, la peur de rater son train n’empêchent pas les rencontres et les promesses du hasard.

Mathilde est une femme d’une soixantaine d’années qui chaque jour va à l’hôpital subir une chimiothérapie (Nicole Garcia). Ismaël (Reda Kateb), un étudiant en sociologie, l’arrête pour lui soumettre un questionnaire sur ses habitudes de voyageuse. Ces questionnaires financent ses études. Ismaël  écrit une thèse sur la gare du Nord. « Pas sur la SNCF, précise-t-il, sur la gare ». Il voudrait l’intituler « Place du village global » mais doute que ce soit assez universitaire comme accroche. De rendez-vous informels en bavardages rapides, Mathilde et Ismaël s’apprivoisent.  Il ne faudra pas longtemps pour qu’ils soient en manque l’un de l’autre.  Pour qu’en bas de l’escalator, il lui crie : Tu reviens quand ? avant que n’affluent des dizaines d’usagers qui semblent  assister à cet amour naissant.

Qui va l’emporter ? La romance ou l’étude sociologique ? Le transport amoureux ou la thèse d’Ismaël qui bien sûr,  dans sa définition, recoupe pleinement le film ?  On serait tenté de dire ni l’un ni l’autre tant ici, les récits s’entremêlent et s’équilibrent mutuellement, produisant une matière en fusion, un flux charriant des vies et ramenant ces vies à leur précarité même.

« Il ne faut pas négliger le surnaturel » dit une jeune fille à Sacha (François Damiens) qui est à la recherche de sa fille, laquelle a fugué après une dispute. Et de fait, il y a des moments où le film bascule, pas seulement parce que la fiction irrigue le documentaire et réciproquement, mais parce que le lieu tel qu’il est, irréductible, exténuant, fascinant,  est celui de la tension et de l’abandon, de l’apparition et de la disparition. « Je suis un fantôme » dit Mathilde après avoir vu un vieil homme se dissoudre sous ses yeux, comme un sortilège.  Fantôme et femme bien vivante, condamnée à la maladie et pourtant amoureuse, à la recherche d’Ismaël qui ne se montre plus.

Il faut une belle confiance pour faire ainsi advenir dans un même récit le réel et la féérie, la gravité de la vie et sa légèreté, le chaos triste et l’espérance amoureuse. Claire Simon ose ce mélange hautement explosif qui enregistre la souffrance du monde et dessine, dans une France soumise à la crise, un paysage hallucinatoire, d’une épouvantable rudesse. Il y a de l’amour, sans doute, à commencer par ce couple qui dès le premier plan s’embrasse derrière une porte sous l’affiche de Conforama, mais tant de misère aussi : des émigrés en perdition, des gamins hagards,  des vieux fous, des jeunes filles paumées, des flics débordés et des chiens sans colliers qui s’attachent au premier-venu, comme le jeune Hugo Cabret dans le beau film de Scorsese sur la gare Montparnasse. En l’occurrence, c’est à une jeune femme que le chien de « Gare du nord » va s’attacher, suivant partout Joan (Mona Chokri, « Laurence Anyways ») qui fut une ancienne élève de Mathilde et qui après un bac plus 8 se retrouve à travailler comme agent immobilier.

Ainsi va la société d’aujourd’hui, dure, âpre, jusque dans les promesses de l’aube – pour reprendre le titre du roman de Romain Gary qui traîne parterre et que Sacha ramasse.  Il y a dans cette façon de rendre compte d’un monde instable par une instabilité plus grande quelque chose de profondément perturbant et d’autant plus fort, comme si la vulnérabilité des êtres était devenu au fil du récit le vrai sujet de Claire Simon.  Est-ce la somme de détails, le débordement d’éléments  embusqués – qui vont de l’affiche de « Nouveau départ » à ce Népalais qui vit à Bobigny – ou son bouillonnement général qui donnent au film cet épuisement très spécial derrière lequel se devine déjà la fin d’un monde ? Il n’y a pas de village global. Il n’y a que des histoires singulières qui se terminent. Des gens qui passent et s’en vont mourir ailleurs.

« Gare du nord » de Claire Simon. Sortie le 4 septembre.  

 

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commentaires

59 Réponses pour Nicole Garcia perd le nord

Constat dit: 3 septembre 2013 à 19 h 48 min

Gare du Nord : un endroit pourri, représentatif de notre urbanité détruite … A raser. « H sur Milan »…

pado dit: 3 septembre 2013 à 20 h 55 min

« Mathilde et qui après un bac plus 8 se retrouve à travailler comme agent immobilier. »

Pas très sympa pour les agents immobiliers, mais bon comme dirait JC après bac +8 en maths faut bien s’informer.

pado dit: 3 septembre 2013 à 20 h 59 min

La gare du nord ya 40 ans c’était chouette, au niveau du pont Marcadet yavait un sublime goulot d’étranglement.
Un mec traînait à Saint-Denis et tout le monde était en retard à Valenciennes.
Un bonheur.
Un vrai village global.

Elena dit: 3 septembre 2013 à 21 h 00 min

ah bon, les patients immunodéprimés à cause de la chimio sont invités à se plonger dans un bouillon de culture pour rentrer chez eux ?

puck dit: 4 septembre 2013 à 6 h 08 min

la dernière fois que j’ai vu Reda Kateb c’était dans « zero dark thirty », il se faisait tabasser par des types de la cia, il était très mal en point, c’est sympa de l’avoir libéré pour faire ce film.

puck dit: 4 septembre 2013 à 6 h 10 min

Sophie il y a pas aussi un type qui fait des nems en même temps que que des trucs qui n’ont aucun rapport avec les nems?

puck dit: 4 septembre 2013 à 6 h 23 min

la promesse de l’aube c’est quoi?
pour Gary c’était cette promesse d’amour à laquelle on nous fait croire (par le biais de l’amour de la mère) à l’aube de la vie, promesse qui par la suite n’est jamais tenue.

la question est cette promesse a-t-elle des chances d’être tenue dans les circonstances actuelles ?
quelles sont les probabilités pour qu’une possibilité d’amour soit encore possible?

c’est drôle Nicole Garcia est née à Oran, la ville des pieds noirs espagnols, d’où son nom, et le père de Kateb (qui doit avoir l’âge de Nicole Garcia) travaillait dans le théâtre je crois bien à Oran.
Les méandres et autres aléas de l’histoire post coloniale fait qu’ils se retrouvent Gare du Nord, et la réalisatrice se demande si cette promesse d’amour qui n’a jamais été tenue auparavant, ni à Oran ni ailleurs a des chances d’être tenue à la Gare du Nord à Paris ? sous entendu elle aura plus de chance de se réaliser dans un lieu cosmopolite comme la Gare du Nord à Paris qu’à Oran qui est loin de ressembler à une ville cosmopolite ?
c’est intéressant comme question.

toute façon il n’y pas trop le choix, nous sommes bien obligés de faire les promesses avec ce que nous avons sous la main.
cela dit je comprends que la réalisatrice ait fait appel au féérique, je crois que dans les années qui viennent nous allons avoir besoin de beaucoup de féérique, énormément de féérique, des surdoses de féérique, des overdoses de féérique, pour y croire.

renato dit: 4 septembre 2013 à 6 h 38 min

Vous savez bien puck, enfin, je suppose que vous savez que le féerique fonctionne sur le principe « il ne faut pas y croire ». Maintenant, je n’ai pas vu le film et je ne crois pas que j’irai me fermer dans une salle sombre seulement pour ça, mais d’après ce que j’ai compris (lu et vu) « il ne faut pas y croire » est la pensée sous-jacente de Nicole Garcia.

renato dit: 4 septembre 2013 à 7 h 03 min

Voyez, par exemple, les blogs, pluck. C’est féerique : tout le monde peut s’exprimer. Toutefois, je participe à deux républiques avec une fausse adresse car — et là nous sommes dans l’absurde — ma vraie adresse est rigoureusement refusé. Alors « il faut y croire » ou « il ne faut pas y croire » ? Pierre Assouline et Sophie Avon existent vraiment ou bien nous parlent depuis un monde parallèle ? Et nous depuis quel monde envoyons nos posts ? est-ce que nous sommes dans Matrix ou dans Blanche-neige ? Enfin, vous me comprenez, je crois, car nous avons fait assez de route ensemble, désormais.

Constat GPS dit: 4 septembre 2013 à 8 h 49 min

« Est-ce que nous sommes dans Matrix ou dans Blanche-neige ? »

Après vérif, on est dans la merde, et on l’a bien voulu.

u. dit: 4 septembre 2013 à 8 h 54 min

Le « villageois » du Global Village, c’est aussi assommant que « l’ami » des réseaux sociaux.
Si j’entends ça une fois par jour, ça va.
Dix fois, c’est mon poing sur la gueule.

u. dit: 4 septembre 2013 à 8 h 59 min

J’ai entendu Kateb, il disait que la gare présentait des misères mais que derrière il y avait des richesses.

Je supporte de moins en moins le mot « richesse », surtout au sens figuré.

C’est mon deuxième poing dans la gueule.

(Mais non, ça va, je suis un peu surpris aussi, je suis plutôt gentil)

u. dit: 4 septembre 2013 à 9 h 20 min

 » Ismaël écrit une thèse sur la gare du Nord. « Pas sur la SNCF, précise-t-il, sur la gare ». Il voudrait l’intituler « Place du village global » mais doute que ce soit assez universitaire comme accroche. »

Mais non, mais non.

Un sujet pareil, c’est à bras ouverts (topologie des non-lieux).

Après entretiens, il suffit de classer et quantifier les platitudes, en citant de manière adroite quelques auteurs constructivistes et interactionnistes (adroite signifie: inventer un lien avec son matos, et faire semblant de les discuter car il est demandé au candidat de prétendre exister).

Attention au look du jury: ne pas hésiter, le cas échéant, à mettre l’accent parmi les passagers sur le chomdu, le sans-papier ou le jeune sensible.

Passe moi un coup de fil, Reda.

(L’accroche au lieu de l’approche, c’est le doigt de fée de Sophie)

puck dit: 4 septembre 2013 à 12 h 07 min

u. bien sûr que j’aurais aimé être un champignon, c’est évident, qui ne rêve pas d’être un champignon?

seulement, si vous le permettez, et si vous êtes d’accord, j’aimerais bien parler de ce film deux minutes sérieusement.

notamment sur deux points :
- la promesse de l’aube
- qu’est-ce qui fait monde, ou qu’est-ce qui permet de dire qu’un monde fait monde.

ce sont des questions me tracassent fort c’est derniers temps.
ce qui m’a replongé dans la lecture de Stanley Cavell c’est la vision d’un film sur la « promesse de l’aube » : le dernier de Nichols, Mud.

j’ai relu Cavell en tentant de substituer à sa notion de « scepticisme ordinaire » celle d’inquiétude ordinaire.
en me disant que notre relation au film (ma relation), le lien qui peut se tisser avec un film prend sa source dans nos propres inquiétudes.

l’article de Sophie (et aussi la ba) montre l’opposition entre la gare comme lieu de départ et d’arrivée (mouvement) et la relation entre les êtres qui ne peut avoir lieu que dans l’immobilité.

si le type est sociologue et la femme prof d’histoire j’imagine que ce n’est pas un hasard (on retrouve le côté un peu lourdingue surlignage des films français).
étudier la sociologie est un moyen de figer le lieu (en l’occurrence d’immigration) pour pouvoir le comprendre et donc l’habiter.
et prof d’histoire parce qu’il faut faire avec le passé de chacun blablabla…

« Mud » est un film magnifique sur la promesse de l’aube (comme le dernier de Wes Anderson), sur la capacité, à chaque génération de réitérer cette promesse qui porte en elle toutes les chances d’aboutir.
Sauf que ce film m’a touché dans mon « scepticisme inquiet » parce que les personnages font monde, à la limite même du tribal, ils partagent tous le même destin. Et même le jeune Ellis Tom Sawyer fait advenir cette question sur la promesse d’amour du fait qu’il n’est (comme dirait l’autre crétin) jeté dans le monde mais au contraire il « vient au monde », comme dans le roman de Gary cette la promesse initiale qui le fait naître au monde.

« Faire monde » est une chose qui ne se décrète pas, même si nous aimerions que notre monde fasse monde il ne fait pas monde par décision administrative ou par le talent d’un architecte qui réaliserait une place qui serait la place cosmopolite du « village monde ».

Je vous gonfle?
renato je fais encore trop long?
désolé, alors j’arrête là, ADIEU!

puck dit: 4 septembre 2013 à 12 h 11 min

c’est dommage parce que j’avais encore plein de trucs à dire mais c’est le problème des blogs dès qu’on essaie d’en placer une on se fait dégager.
bon ben si c’est comme ça, j’ai compris, je dégage.
sauf qu’il y a encore tout plein de trucs à dire sur le « village monde ».
tant pis….

Jacques Barozzi dit: 4 septembre 2013 à 12 h 34 min

Que vous êtes intelligent, puck !
Moi ce que je crains c’est que ce film soit un ouvrage de dame et une histoire de post ménopause ?
Claire Simon ce n’est pas Claire Denis !

Simplet dit: 4 septembre 2013 à 13 h 09 min

Film « français ».
Simplet.
Pour simplets.

Où on te magnifie un lieu merdique, la Gare du Nord, en espérant que tu vas en sortir quelque chose de plus que le fric que tu as perdu pour payer ton ticket d’entrée…hurk, hurk !!!

A fuir : sans modération !

Elena dit: 4 septembre 2013 à 15 h 09 min

ah, renato, mon premier casting et voilà que je ne fais pas l’affaire (je ne ressemble pas assez à Uta de Naumburg ? mince alors)
Quitte à être éjectée je m’attendais plutôt à l’être comme critique ras des pâquerettes et à recevoir des « ne supra crepidam sutor judicaret » …

Elena dit: 4 septembre 2013 à 15 h 46 min

Puck 12:07 en plus bucolique mais pas mieux, le non-lieu ce serait aussi la plaine des asphodèles où la statistique gouverne et la masse est la norme : « ce que le mythe avait imaginé pour l’au-delà de la plupart des hommes, le monde présent l’expérimente ici-bas. » L’exemple utilisé par Cédric Lagandré (sous-titre: Le Monde à refaire) est plutôt celui de l’autoroute, non pas « chose » mais « fonction ». Mais ici il semble y avoir une tentative de récit, de rencontre, du pas-encore, de l’éventuel pas tout à fait désamorcé …

puck dit: 4 septembre 2013 à 17 h 05 min

Elena, je ne sais pas.
Finkielkrault non, c’est sûr que non, j’avais écouté son émission avec Carrère sur son livre « d’autres vies que la mienne », ça n’a aucun intérêt à part un écrivain à la recherche d’un bon sujet, qui se dit les « autres » feront l’affaire.
En plus Fink n’aime pas la fiction, il n’aime que les histoires « vraies ».

Non je vois plus des auteurs comme Lévinas et son « anti sociologisme », la sociologie, première étape de la négation d’une éthique de l’autre.
Si le héros de ce film est « sociologue » ce n’est pas une coïncidence, la sociologie est la voie facile pour entrer dans le monde, pour se repérer.

ou Sloterdijk avec ses définitions environnementales (umwelt) du monde comme « zone de l’être humain » et non pas « zone d’habitat », l’homme n’habite pas le monde, sous la forme « y trouver ses habitudes » du genre : vous appartenez à mon monde parce que je vous croise ici tous les jours, dans cette gare.

ou Descombes, avec sa philosophie des foules, de la multitude, il cite la phrase de Wittgenstein : « what has to be accepted, the given, is— so one could say — forms of life ».
comment faut-il traduire cette phrase?

j’écoutais Claire Sion parler de son film.
je ne sais pas, j’ai rien compris, elle a de bonnes intentions, en l’écoutant je sais pas pourquoi je pensais aux postes frontières entre l’Argentine et la Bolivie, et aussi au type qui a construit le musée de la méditerranée à Marseille, il voulait en faire un lieu de rencontres et un lieu citoyen, une sorte de « village monde » comme la gare du Nord, le « village monde » est une aporie, c’est l’aspect « tribal » qui donnait au film de Nichols son ampleur universelle, à force de considérer le monde comme un lieu de vie je me demande bien comment tout ça finira.

pado dit: 4 septembre 2013 à 17 h 18 min

« Film « français ».
Simplet.
Pour simplets. »

Pour le ciné aussi JC est bushiste.
Il préféra toujours « Mission Impossible 26″ à « Fanfan la Tulipe » et « Apollo 13″ au « Dernier métro ».
Il faut s’y faire Sophie.

renato dit: 4 septembre 2013 à 17 h 24 min

Vous savez bien puck que nouv vivons entre mots-clefs et mots de passe (je préfère l’italien ‘parole d’ordine’). Je n’ai entendu tellement que je ne sais pas quoi prendre en exemple… voyons, souvenez-vous de « rhizome ». Fut un moment où tout était rhizome. Il y eut aussi méandre. Enfin, vous voyez.

« Village monde » n’est qu’une expression synonyme pour le « Village global » de McLuhan (Understanding Media: The Extensions of Man) et ça durera un temps, puis quelqu’un reportera en surface McLuhan et confrontés à la réalité les gens passerons à d’autres mots-clefs et à d’autres mots de passe.

pado dit: 4 septembre 2013 à 17 h 28 min

Bon,
Grand Central la semaine dernière, la Gare du Nord cette semaine,
prions pour que les Dardenne ne visite pas la Gare du Midi ou que Ken Loach n’installe une distillerie sous Waterloo Station.

Simplet dit: 4 septembre 2013 à 17 h 55 min

Enfin, pado… vous délirez ou quoi ? Fanfan la tulipe , et cette histoire de métro ? Débile ! Que viennent faire Bush, JC, la dedans ?

Pensez un peu à faire de l’aviron, ça entretient le corps, donc l’esprit ! Bien ragoût !

renato dit: 4 septembre 2013 à 20 h 36 min

Vous citez Frost, Elena, et c’est assez curieux car ce printemps, j’ai publié sur mon blog « Putting in the Seed » ou il est question aussi de pétales tombés du pommier, et nous sommes maintenant proches de la récolte.

pado dit: 4 septembre 2013 à 21 h 09 min

« Que viennent faire Bush, JC, la dedans ? »

Ben, ils sont copains, l’un aime l’autre (que l’autre aime l’un, personne n’a de preuves) donc je pose, je déduis, je résous, je mathématique et sauf preuves évidentes, je conclus.
Vous avez des preuves ?

pado dit: 4 septembre 2013 à 22 h 16 min

Le problème Sophie c’est que vous ne traitez que de films que n’avons pas vu.
Dans l’absolu, normal, zêtes critique, mais au Masque vous avez souvent quinze jours de retard, alors !
Nous si on veut faire nos cent cent-vingt, nous sommes obligés de divaguer, de ramer, de causer de JC et de ses voiles, de Barozzi et de ses cimetières, de renato et de ses photos, de rien quoi.
Alors une fois de temps en temps pourriez-pas critiquer un vieux film ?
Je sais, vous êtes chez vous, patins couffins… j’accorde, mais une fois pour voir !
Je sais pas moi, les Contrebandiers de Moonfleet, Ivanhoé, Pardaillan…..
Tiens, pour faire plaisir à Puck, Good morning England, vous verrez il sera intarissable (vous me direz tarir Puck, bonjour les Travaux d’Hercule, mais quand même)
Bon, faites comme si j’avais rien dit.
Une question d’heure, de Chignin-Bergeron et génépi.
Passons.

renato dit: 5 septembre 2013 à 7 h 59 min

« Alors une fois de temps en temps pourriez-pas critiquer un vieux film ? »

Alors là une enquête de marché serait nécessaire : un vieux film que tout le monde a vu, et si ce n’est pas le cas qu’il soit disponible en DVD ; et si ceux qui ne l’ont pas vous sont d’humeur à dépenser un petit rien du tout pour le visionner ; et ainsi de suite…

sophie dit: 5 septembre 2013 à 8 h 27 min

Oui, Pado, pourquoi pas? Un film sorti depuis des années et ressortant en DVD – c’est prévu… Mais vous savez, parmi les films « nouveaux » que je chronique ici depuis le début, il y en a plein que vous auriez pu voir. D’où l’intérêt de poster des commentaire dans les catacombes et de faire revenir la vie dans les papiers passés…

pado dit: 5 septembre 2013 à 8 h 40 min

renato vous êtes mercantile.
Ah, le mythe de l’artiste épris de liberté et insouciant des contingences matérielles !

pado dit: 5 septembre 2013 à 9 h 07 min

Sophie, je ne crois pas trop au fonctionnement d’un blog dans les catacombes.
A ma connaissance personne ne fait de retour arrière (sauf pour rechercher une ânerie de X ou Y) mais bon, pourquoi ne pas essayer.

puck dit: 5 septembre 2013 à 11 h 15 min

pado oui vous souvenez « j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle, la bonne est que nous sommes en train de couler, la mauvaise c’est que l’eau est froide »?
c’était la bonne époque, les temps heureux de l’insouciance.
elle n’a pas duré longtemps.

je crois que le fait ne de pas avoir vu les films (ou de ne pas avoir lu les livres) dont nous parlons n’est pas en soi un gros handicap, l’important c’est la discussion, discuter de trucs que nous ne connaissons pas est plus marrant que discuter de trucs que nous connaissons.

je pense qu’un jour prochain viendra où es discussions sur la culture pourront se passer de ses objets.
nous sommes la pointe avancée de cette ère nouvelle, nous inventons un nouveau monde post-culturel….

d’ailleurs c’est que fait aussi Claire Simon dans son film, elle fabrique un monde correspondant à ses espérances, je ne vois pas pourquoi elle peut faire un film sur un monde qu’elle n’a jamais vu et nous, nous ne pourrions pas parler de son film que nous n’avons non plus jamais vu.

renato dit: 5 septembre 2013 à 12 h 05 min

(Ah, pado, incidemment et sans ouvrir une polémique : « le mythe de l’artiste épris de liberté et insouciant des contingences matérielles », n’est qu’un mythe bourgeois reprit sans trop réfléchir par la gauche ; on ne va pas en faire toute une histoire, mais le jour où vous travaillerez gratuitement vous pourrez vous servir de cette belle phrase.)

puck dit: 5 septembre 2013 à 12 h 56 min

renato, vous savez bien la transformation actuelle du monde en objet de culture dans l’unique but de l’apprivoiser.

nous savons que le succès actuel des philosophes médiatiques et des artistes est dû à leur volonté de rassurer leur public.
Il me semble que c’est aussi l’intention de Claire Simon de nous rassurer.
Bloqués dans les embouteillages nous écoutons durant des heures les informations angoissantes et ensuite nous allons écouter parler un philosophe, lire un livre, voir une expo, regarder un film pour contrebalancer ces doses d’angoisse.

Sûr que tous ces gens de la culture et de la philosophie semblent avoir, contrairement à nous, une vision très claires des choses.

Faire de la culture un moyen technique (artistique, littéraire, philosophique…) de rassurer le public est en soi la chose qui devrait le plus nous inquiéter.

puck dit: 5 septembre 2013 à 13 h 03 min

Stanley Cavell définissait la modernité exil du monde.
Est-ce pour résister à ce processus d’exil que nous tentons d’apprivoiser le monde en transformant en objet culturel?

Ne faudrait-il pas au contraire retrouver l’esprit des contes pour enfants d’autrefois?

Le seul moyen de lutter contre cet exil dont parle Cavell n’est-il pas d’accroitre notre inquiétude, au lieu de tenter de la soulager de façon aussi stupide?

Jacques Barozzi dit: 5 septembre 2013 à 13 h 03 min

« c’est aussi l’intention de Claire Simon de nous rassurer »

Pourquoi, vous êtes une ménagère de plus de cinquante ans ménopausée, puck ?
(Vous avez un cancer mais vous allez (re)trouver le grand amour !)

Jacques Barozzi dit: 5 septembre 2013 à 13 h 04 min

« ’accroitre notre inquiétude, au lieu de tenter de la soulager de façon aussi stupide ? »

Pas de doute, vous êtes bien maso, mon petit D. !

Jacques Barozzi dit: 5 septembre 2013 à 13 h 12 min

Ma première (et dernière) expérience sado-maso.

C’était en colonie de vacances, j’avais douze ou treize ans.
Il y avait un garçon du nom de Lelait. Un rouquin à tâches de rousseur, rose comme un petit porcelet. Sans doute de la graine d’enfant battu. Visiblement, il cherchait les coups, seule forme de manifestations affectives qu’il connaissait ?
Il m’avait provoqué et répondit crânement à ma menace de lui flanquer une baffe : « Chiche ! »
Plus je le baffais, laissant la marque de mes doigts sur ses joues, il ricanait : « Même pas mal ! »
Au point que c’est moi qui suis parti en pleurant et jurant que l’on ne m’y reprendrait plus…

renato dit: 5 septembre 2013 à 13 h 58 min

À par ça, puck, cette question de l’inquiétude sent la naphtaline. D’ailleurs, ce fut l’un de ces instruments que certains intellectuels ont employés pour castrer des générations entières. Enfin, un vieux truc réac assez bien construit car pendant que les meilleurs jeunes cerveaux se perdaient dans l’inquiétude eux ils vendaient leurs livres à deux balles, etc., etc.

Certes, si vous voulez de la vraie inquiétude, il faut, par exemple, partir sans sous ; choisir un lieu où les gens meurent de faim et de maladies ahurissantes ; et chercher de survivre. Mais ici, enfin !

renato dit: 5 septembre 2013 à 14 h 11 min

Bon, moi, comme antidouleurs, je prends du Voltarène car la culture comme antidouleur ne marche pas, elle ne produit non plus de l’inquiétude…

Il y a un texte de Borges où il est question de quelqu’un qui doit partir vers un lieu où l’on arrête la vie. Il amène avec soi l’instrument de musique qu’il s’est façonné, les tableaux qu’il a peints, les poèmes et les romans qu’il a écrits, etc. car tout ce qu’il a produit doit disparaître avec lui.

Nous y sommes presque. Il faudra seulement se décider pour une vraie mort, une mort absolue : ne rien laisser de soi aucune trace. Bon, pour le moment nous en sommes seulement à une démocratisation toujours plus poussée des pratiques artistiques. Enfin, sur la bonne route.

francis le merge dit: 5 septembre 2013 à 19 h 08 min

j’ai lu vote chronique, et j y suis allé.
je ne pensais pas aller voir ce film qui me paraissait être, comme vous le dites, à l’origine un documentaire.
Mais au dela de l’histoire des acteurs principaux comme Garcia, Kateb Damiens ce sont surtout les histoires des personnages secondaires effacés, rejetés, de passage dans la gare, qui donnent le souffle au film.
ce fut un grand moment d’émotion et de réflexion sur notre humanité merci

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