de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Noémie Lvovsky embrasse

Par Sophie Avon

Certaine films sont comme de bouquets de fleurs : à défaut d’être utiles, ils sont indispensables. « Chez nous, c’est trois » est de ceux-là, n’offrant à ceux qui s’y risquent que charme, délicatesse et sifflotements aériens. Il va de soi que sa fraîcheur est l’avers d’une mélancolie indicible. Que pour en arriver à cet état de grâce et de légèreté, il a fallu vivre les désillusions de la vie, la peur de tout rater, le vertige de sombrer, à l’instar du personnage principal, Jeanne (Noémie Lvovsky).

Jeanne Millet est réalisatrice. Elle a deux films à son actif, deux fictions, dont le deuxième, « Baisers fanés » peut s’entendre à la façon d’un hommage à François Truffaut.  Si les baisers volés se sont fanés, où en sommes-nous aujourd’hui du sentiment, se demande Claude Duty qui avec ce film en abyme, s’interroge aussi sur son propre métier, sur la difficulté de la réalisation, et sur les lieux qui nous fondent.

Jeanne attend de savoir si elle va pouvoir débuter le tournage de son troisième film. Sa productrice doit l’appeler. Elle est inquiète. Pour tout arranger, celui qu’elle aimait l’a plaquée avec une star. Le cinéma est un  monde pourri, lui assène en substance sa sœur tandis qu’elle pleure  - et sans en faire une obsession, on se rappelle « La nuit américaine » où l’un des personnages, mutiques jusque-là, se mettait à maudire le milieu du cinéma. Dans « Chez nous, c’est trois », c’est la sœur de Jeanne qui ouvre le bal, pestant contre le septième art et ses pseudo artistes qui « entrent » en écriture comme on entre au couvent.

En attendant, Jeanne a décidé d’accepter une tournée à Saint-Martin, dans son village natal de Bretagne. Elle sera logée, nourrie, payée. Assistera à des séances où l’on projettera « Baisers fanés », interviendra à la fin, pour répondre aux questions du public. Elle a accepté mais non sans un peu de réticence car c’est le pays de sa jeunesse, dont elle partit pour défier Paris, faire du cinéma, respirer mieux. On voit le résultat.

A Saint-Martin, elle est accueillie par Aurélie (Marie Kremer) une charmante assistante, Guillaume (Julien Baumgartner) un projectionniste dragueur, et Souleyman (Jonathan Manzambi), un étudiant ivoirien en anthropologie qui enquête sur les baisers. Il n’y a pas comme les universitaires pour s’affairer autour de choses aussi poétiques que saugrenues. On aimait «  Les chevaliers paysans de l’an mil au lac de Paladrus » (in « On connaît la chanson » d’Alain Resnais).  On découvre qu’on peut se consacrer le plus sérieusement du monde à la « Géographie de la plaque tectonique des bises ».

Jeanne, un peu abasourdie, se laisse amener ici et là. Sourit, remercie, répond. Tombe par hasard sur une comédienne avec laquelle elle a travaillé sur son premier long-métrage. Rencontre un agent immobilier aussi sympathique que malicieux. Et retombe, bien sûr, sur son premier amour.

De cette histoire de mémoire et de sentiments, on n’en dira pas davantage. Le film ne vaut pas tant par son sillage central que par ses à-côtés qui comme des affluents viennent renchérir sur le principal.  C’est le talent de Claude Duty de savoir bâtir, petit à petit, cet univers singulier où les choses les plus farfelues finissent par s’intégrer au corps du récit – mieux, le façonnent, lui donnent sa grâce et sa souplesse.

Du film de Jeanne, on ne verra que des extraits et l’ouverture où une jolie brune (Olivia Bonamy) fait du stop pour gagner Paris. La musique sifflote un petit air frondeur. Le long de la route, des champs remplis de coquelicots semblent inviter au repos estival. Claude Duty passe ainsi de « Baisers fanés » à « Chez nous, c’est trois », d’Olivia Bonamy à Noémie Lvovsky, de la jeune fille à la femme mûre, sans épuiser son capital de surprises. Bien sûr le film pose la question des choix accomplis et des regrets possibles, mais jamais il ne s’appesantit, préférant le présent et l’espoir à la complainte du temps perdu.

Et puis des baisers de Jeanne aux bises de Souleyman qui se demande comment, dans une région où l’on se salue avec trois bises, il peut y avoir une enclave (Saint-Martin) où l’on ne s’en fait que deux, il n’y a qu’un geste et qu’un pont romantique… Au fond, ce n’est pas que la vie soit si fantaisiste mais il arrive que les approches les plus aléatoires apportent des réponses lumineuses. Avec son obsession des embrassades, Souleyman est de loin le plus fiable. Se salue-t-on de la même façon selon qu’on est breton, parisien ou ivoirien ? Y répondre, mine de rien, c’est poser des interrogations fondamentales : comment se connaît-on et surtout, comment se reconnaît-on ?

En somme, sous ses airs de charmante comédie, « Chez nous, c’est trois » frise le film anthropologique où il s’agit de comprendre en quoi nos habitudes, nos réflexes et nos coutumes font de nos vies ce qu’elles sont. Le cinéma n’a au fond jamais été que cela : un formidable moyen d’observation de cette étrange tribu qu’on nomme humanité.

« Chez nous, c’est trois » de Claude Duty. Sortie le 17 juillet. 

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110 Réponses pour Noémie Lvovsky embrasse

u. dit: 18 juillet 2013 à 12 h 38 min

Un étranger dirait: voilà le genre de film que les Français savent faire à merveille.
L’étranger ne se trompe pas toujours.

Si Souleymane est un bosseur et pas un dragueur comme le projectionniste Guillaume, il a du bon boulot devant lui. Son sujet est intéressant, et plus difficile qu’il n’y paraît.

S’il met sa recherche sous le signe de la tectonique, c’est qu’il espère peut-être une enquête mouvementée. Chacun sait que lorsqu’une plaque plonge sous une autre, un défaut d’élasticité provoque des drames: tremblements sismiques, tsunami…
Mais apparemment, c’est plutôt aux micro-climats qu’il pense en réalité: deux bisous dans ce village, trois dans le voisin.

Chacun a connu ces menus embarras.
Le villageois ternaire qui fait la bise à une villageoise binaire se condamne à rester comme un con, avec une bouche en cul de poule laissée dans le vide.

Il y a aussi les droitiers et les gauchers.
Normalement, on présente la joue droite. Mais j’ai connu une femme qui était instinctivement gauchère. Le résultat, après la méprise initiale,, était une sorte de flottement passager, moi me mettant à son école et elle voulant retrouver la norme. Cette oscillation du visage aurait pu être délicieuse, mais cette personne, quoiqu’agréable, était d’une nature qui rendait l’érotisme impensable. C’était toujours mieux, malgré tout, que de tomber sur un moustachu.

Là où les micro-tsunamis peuvent se produire, c’est naturellement lors de rencontres entre personnes de cultures très différentes.
Dans sa Bretagne, l’été, Souleymane peut remplir son carnet de notes, il doit s’y trouver suffisamment de touristes asiatiques.

C’est très intéressant d’observer une jeune femme ayant fait son homework, et se montrant très consciente qu’elle vient vivre dans une culture à bisous.
Ça va de la timidité à l’hyper-correction. Dans ce dernier cas, au moment où on s’y attend le moins, on se voit administrer sur les joues un double bécot, exécuté avec la satisfaction de l’ethnologue qui sait s’y prendre avec l’indigène. L’embarras change de camp. Entre les deux, s’étend un large spectre intermédiaire, pas toujours désagréable.

Sur la République des Livres, un cornichon éditeur de son état déclare ne plus pouvoir regarder que des films russes: c’est un garçon qui en pince pour l’homogénéité ethnique.
Ce qui m’amène à une dernière observation, aussi pertinente que les précédentes. Je n’ai jamais trouvé d’explication historique sérieuses au fameux baiser fraternel socialiste (sozialistische Bruderkuß), du type Brejnev-Honecker: les explications sont fades (de la Pâques russe à la fraternité révolutionnaire). Si la métaphore politique est suffisamment évidente (Big brother fucks little brother), il reste là un travail à faire.
Je suggère à Souleymane de s’y coller, après son séjour breton.

renato dit: 18 juillet 2013 à 13 h 23 min

u,

pas d’ambiguïté en italien.Dans les grandes lignes :

Baci, bacioni, bacetti… sur la joue…

Limonare, intransitif : s’embrasser passionnément (avec la langue) — flirter…

Scopare (balayer), transitif : baiser (le coït)…

On peut, évidemment, affiner…

Elena dit: 18 juillet 2013 à 14 h 48 min

mais justement JB, à propos d’étreinte, l’italien permet de distinguer le baiser (dont la forme verbale a pris un autre sens en français moderne) et le fait de « prendre dans ses bras » : un (forte) abbraccio.
Ce qui n’empêche pas de faire les deux et quand les corps sont éloignés de terminer par « bacci e abbracci »
Très éloigné de la pratique mondaine et plus obligée que démonstrative du « peck on the cheek », qui n’est pas réservée aux anglo-saxons

renato dit: 18 juillet 2013 à 15 h 56 min

Puis il y a « amplesso » du latin amplexus -us, dérivé de amplecti, qui donne « abbracciare ».

« Volare all’amplesso di Dio », mourir.

Et comme euphémisme pour « accouplement ».

« Or questa egli non già, ma quella, ancora / Nei corporali amplessi, inchina ed ama » (Leopardi).

Je me souviens de « Il sacro amplesso » :
http://www.adelphi.it/libro/9788845900709

u. dit: 18 juillet 2013 à 15 h 57 min

Vu un enfant qui, ayant reçu de sa grand-mère le cadeau d’un bisou mouillé, s’éloignait en s’essuyant la joue.

« Allons, il n’est pas hypocrite », a dit la vieille dame à la mère désolée.

Jacques Barozzi dit: 18 juillet 2013 à 18 h 13 min

« Un rapport entre les deux ? »

Une histoire de gouines, comme le film primé à Cannes cette année ?

avon dit: 18 juillet 2013 à 22 h 38 min

Après tant de brillants commentaires, j’ai comme une appréhension: et si le film décevait vos esprits assoiffés de culture italienne et physique?..
Hâte de savoir..

Elena dit: 19 juillet 2013 à 0 h 05 min

U 17:09
L’Acis et Galatée a une histoire compliquée (je ne parle pas du livret, mais des mutations successives de l’œuvre) — la pastorale n’est d’abord, en 1708, qu’une modeste sérénade à trois (on ne peut même pas dire qu’il s’agit de la version d’origine car Händel a déjà puisé pour la construire dans un certain nombre de cantates qui avaient bien marché à Naples, Rome et Florence). Là encore il faut éviter les malentendus : la « modestie » concerne les dimensions de la pastorale pas sa qualité musicale.
(Ensuite, en 1717, il y aura une version anglaise pour le comte de Carnavon — dans le genre « masque »; mais elle sera allègrement plagiée — pas de droits d’auteur, pas de sanctions possibles quand le New Theatre met son « opéra pastoral » à l’affiche. Händel va donc ré-écrire et à cette occasion enrichir son œuvre — plusieurs fois [1732, en juxtaposant des airs chantés en anglais et d’autres en italien et en ajoutant 4 rôles supplémentaires ; 1739, tout en anglais cette fois) Ré-orchestrations multiples — du vivant et de la plume de Händel, puis (l’œuvre restant populaire bien après) phénomène usuel de « gonflement » des effectifs.
S’il y a une œuvre où il n’est pas absurde d’y voir double …
Et puis le trouble dans le genre et la part de voyeurisme ont toujours fait partie du spectacle (la carrière amoureuse des actrices spécialisées dans les « breeches roles » est par ex. éloquente)

Il y a une logique (poétique et musicale) à ce qu’une pastorale soit « modeste », mais on ne peut pas complètement en négliger d’autres, comment dire, scéniques (nous ne sommes plus sur la petite scène privée d’un Duc italien ou d’un Comte anglais) et en l’occurrence aussi événementielles : réouverture du théâtre après 2 ans de travaux — on a donné des pièces avant, mais il me semble, les turinois me corrigeront si je me trompe, que Aci, Galatea e Polifemo a été la 1ère œuvre musicale représentée après la restructuration des lieux.
Une nymphe, un berger, un cyclope — 3 malheureux protagonistes, cela pouvait faire pauvre. D’où l’amplification (décors, lumières, vidéos etc.) Et par ailleurs l’idée de Davide Livermore de « doubler » les chanteurs par des mimes a du moins le mérite d’éviter aux chanteurs des contorsions peu commodes.
Si la question n’était pas une critique de la mise en scène, la réponse est dans le livret, à l’acte III :
ACI
Dolce amico amplesso
al mio seno,
tu dai vita e fai goder.
[…]

GALATEA
Caro amico amplesso
al core oppresso
tu dai vita e fai goder.
A te mi dono.

En jouant un peu sur les sens d’amplesso.

(Désolée que mon admiration pour Sara Mingardo m’ait amenée à abuser de l’hospitalité d’un fil cinématographique)

u. dit: 19 juillet 2013 à 11 h 18 min

Ouaouh!
Merci, Elena, le temps de mon café s’en trouve magnifié.

IL est vrai que le livret a connu beaucoup de métastases.
(Oubliez la, elle est exécrable).

« abuser de l’hospitalité d’un fil cinématographique »
My hunch: ça ira pour ce qui est de Sophie, elle semble être une hôtesse très libérale.

« Et par ailleurs l’idée de Davide Livermore de « doubler » les chanteurs par des mimes a du moins le mérite d’éviter aux chanteurs des contorsions peu commodes. »

Je comprends ça, et ce dédoublement peut être efficace.
Ici, c’est charmant.

Un cas est exécrable: la vidéo de Bill Viola pour le Tristan présenté à la Bastille, en 2005.
On me dit que cette production va être reprise? Des changements s’imposent.

La mise en scène de Sellars présente la grand mérite d’être minimalise, c’est-à-dire qu’on ne voit rien (bravo), les chanteurs étant dans le noir autour d’un volume où on peut voir un bateau, un lit, une tombe ou ce qu’on voudra.
En revanche sur l’énorme écran vidéo, on voit apparaître un mec qui s’approche avec lenteur, se désappe en prenant son temps, et retire tranquillement son slibard.
On devine qu’il nous est suggéré des idées de dépouillement, de purification, etc. comme si la musique n’en disait pas infiniment plus.

La direction musicale était très bonne, mais il est pénible de devoir fermer les yeux pour jouir de cette musique sublime. Il me fallait de plus incorporer la souffrance muette, à mes côtés, d’une dame raffinée et musicienne, venue de son Japon natal. On s’est pratiquement saoûlé à l’entracte pour tenir le coup.

On aurait dû courtoisement et fermement suggérer à ce Polyphème américain de s’abstenir de mettre des images au pied de cette grande chose.

Il y a un proverbe chinois qui évoque un peu ça: « vouloir ajouter des pattes à la peinture d’un serpent » (huashe tianzu).

Du reste, dans cette production, le rapport scène et public reste encore un chouia conservateur.
Je suggère que cette année, ce soit les spectateurs qu’on invite à se désapper avec lenteur et en silence (le premier acte, j’enlève le haut, etc.) et qu’on foute un peu la paix à Wagner.

(La colère rend injuste, le travail de vidéaste de Viola n’est pas n’importe quoi, je sais bien, ou je veux le croire.
Mais pourquoi diable l’avoir admis dans cette sublime galère?)

xlew.m dit: 19 juillet 2013 à 15 h 22 min

Dans La nuit américaine, Jacqueline Bisset bissait ses bises de bonjour, chez elle c’était deux, parce que c’était elle, parce que c’était eux, Ferrand bichait et se mettait aux anges. C’était le cinéma d’un autre temps, heureux. Les blogs n’existaient pas et les commentateurs-chevaliers-poétisant de l’an 13 du lac de salive du parlement de Cinemundus ne venaient pas encore offrir leur grand savoir acquis de haute lutte dans les allées des salles de tournois de l’amphi Liard. C’était le bon temps où exhiber une moustache n’était pas encore signe que l’on était un blaireau. Tout est devenu super-binaire et froid dans le ciné français, soit tu embrasses deux fois, soit « J’embrasse pas », point à la ligne. Mieux vaudrait, en cette période de heat wave, aller voir le film de la fille du grand Luigi , « Un giorno speciale » et se rendre compte que le périphérique qui ceint Rome sert de cordon sanitaire à la ville éternelle pour ne pas se faire embrasser par le tout venant des Hoï polloï, un peu comme à Paris peut-être. Ou alors se laisser ceinturer par le « Pacific Rim » du Toro, au beau milieu de l’arène, ou encore claquer une jolie bise d’amitié amoureuse à la belle Aya de Yopougon. Les baisers rois nous tendent les bras en fait et personne ne les voit. On a chaud mais pas sur les lèvres

zeno dit: 19 juillet 2013 à 15 h 43 min

bonjour Madame, merci pour votre article très intéressant.
je ne connais pas grand chose aux bises et encore moins à la tectonique mais je me permets de vous signaler que l’étude des chevaliers paysans installés au 11è s. au lac de Paladru (et les fouilles archéologiques sous marines qui vont avec) est tout sauf un sujet saugrenu.
En vérité je ne comprends pas pourquoi Resnais a voulu en faire un sujet d’études saugrenu, et ridiculiser d’une certaine manèire ceux qui ont consacré toute leur vie à l’étude de l’installation des chevaliers paysans au lac de Paladru au 11è s. car être chevalier est une chose, être paysan en est une autre mais être les deux à la fois est une situation dont personne ne devrait avoir un jour à se moquer, surtout au 11è s.
D’ailleurs Joelle Burnouf, notre grande spécialiste en France de l’installation de ces chevaliers paysans au lac de Paladru en l’an mil a, je crois, écrit à Resnais une petite bafouille pour lui poser la question, elle n’a hélas jamais reçu de réponse de sa part, sans doute ce dernier a-t-il voulu pousser son mépris jusqu’au bout à l’endroit des personnes qui auront consacré leur vie à l’étude des chevaliers paysans installés au 11è s. au lac de Paladru, dans l’Isère.
Sur ce point il est dommage que les critiques cinéma n’aient pas fait leur travail jusqu’au bout en faisant pression sur Alain Resnais en rendant l’affaire publique (car il me semble que là aussi leur rôle) pour que ce dernier répondre à notre historienne spécialiste des chevaliers paysans au 11è s. au lac de Paladru, qui est une personne fort sympathique et qui en plus a revu le film de Resnais au moins dix fois parce que, pour tout vous dire, elle n’en croyait pas ses oreilles.
bien à vous.

u. dit: 19 juillet 2013 à 16 h 13 min

“qui en plus a revu le film de Resnais au moins dix fois parce que, pour tout vous dire, elle n’en croyait pas ses oreilles.”

Je comprends très bien Mme Bournouf, zeno, j’ai eu la même impression, ce n’est pas l’oeil qui souffre c’est l’oreille. L’architecture est à peu près en place, mais au 11e siècle on ne parlait pas du tout comme dans le film de Resnais.

zeno dit: 19 juillet 2013 à 17 h 48 min

u. je sais, la première fois que j’ai entendu Franck Zappa j’en croyais pas mes yeux.

renato vous avez vu ‘Camille redouble’? c’est étonnant parce que c’est le remake du film de Coppola ‘Peggy Sue se remarie’.
c’est étonnant parce que le film de Coppola est comme une réflexion sur l’identité, ce que nous sommes à moment donné, un truc genre ‘proustien’, alors que le remake de N. Lvovsky est nietzschéen, genre l’Eternel Retour et l’acquiescement à la vie pour les nuls, à ce titre ce film est plus bouleversant, plus profond que le Coppola, pourtant c’est la même histoire, comme quoi on peut refaire exactement le même film et complètement changer le contenu.
à quoi cela tient-il ? mystère. sans doute à Noémie L., elle doit être nietzschéenne sur les bords de naissance, alors que Coppola le pauvre il est tout sauf nietzschéen, on peut pas tout avoir.

renato dit: 19 juillet 2013 à 18 h 04 min

Zeno, c’est comme voir Spartacus se battre contre un retiarius — ce qui est assez comique, étant donné que cette classe de gladiateurs ne verra la lumière que sous Auguste.

u. dit: 19 juillet 2013 à 20 h 47 min

renato, zeno (alias hamlet, mais Sophie ne le sait pas) m’a foutu un coup avec son rapprochement avec Coppola, je n’y avais pas pensé.
J’en ai été mortifié.

J’aurais pu me consoler en me disant que je n’avais pas vu « Camille redouble », c’est une circonstance qui atténue.
C’est égal.
Je le reçois comme un coup de Jarnac.
Après tout j’aurais pu l’avoir vu, mais je sens bien que ça n’aurait pas changé grand chose.

Bien d’accord avec vous pour le rétiaire.
Pour zeno, c’est comme ça qu’il doit voir le système hégélien.
Si le filet à larges mailles te tombe dessus, tu es foutu.
Tu peux seulement choisir comment tu vas mourir, si tu trouves des yeux la caméra.

Zeno est un malin, nous le savons depuis longtemps.
En fait, confronté au rétiaire du savoir absolu, il n’y a pas plus nietzschéen que lui.
Il sait bien que c’est vital.
C’est pourquoi il ne faut pas trop l’écouter quand il gémit sur l’éternel retour ou la Bejahung: il n’aime pas voir ces mots rouler dans le caniveau et servir de beurre à des margoulins hédonistes.
Mais c’est lui-même qu’il défend!

Il fonce sur les caricatures, voilà tout.

u. dit: 19 juillet 2013 à 21 h 00 min

alec, comme d’habitude, votre improvisation au saxo ténor est à plusieurs clés.
Mais s’agissant de bise et contre-bise, il me suffit que vous ayez mentionné le « Pacific Rim » du Toro.

Les lèvres de Rinko Kikuchi, bien sûr, n’allez pas me dire le contraire.

(Pourtant son nom d’actrice choisit délibérément la froideur (rinko), alors que son prénom originel (Yuriko) évoquait une fleur.
Il est vrai que quand elle a été recrutée par le metteur en scène, celui-ci voulait une femme de caractère, « not a sex kitten ».
Bien vu).

renato dit: 19 juillet 2013 à 21 h 43 min

u., j’étais sur ‘Peggy Sue s’est mariée’, alors ce ‘se remarie’ m’a un moment perturbé. D’un autre côté je n’ai pas vu ‘Camille redouble’ — et pour être tout à fait sincère, ce n’est que par ce blog que je découvre Noémie Lvovsky… ce qui est peut-être impardonnable mais c’est comme ça. D’ailleurs, étant donné ce fait, il est pour moi impossible de comprendre cette intempestive apparition de Coppola — bon, l’intrigue construit sur et avec les dadas de Zeno bien à part, je peux suspecter quelque chose relativement à la nature (remake) du film de NL. Enfin, le jeu reste ouvert : La conscience ou l’inconscience ? La prise de conscience ou « l’incosapevolezza » ? L’inconsapevolezza di Zeno ?

u. dit: 20 juillet 2013 à 18 h 35 min

J’ai atterri dans un endroit, renato, où la chaleur m’a mis la main au collet, avec la brutalité d’un douanier turc.
Une bière glacée est accourue presto, je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

Vous pensez bien que votre question sur la consapevolezza ne m’avait pas laissé indifférent.
Ne serait-ce que pour prendre les Zeno de ce monde entre quat’zyeux.

Je vais vous dire, je suis toujours resté sur mon impression première.
Coscienza, consapevolezza …
En séjournant de manière un peu sérieuse en Italie, je m’étais dit que c’était un luxe italien supplémentaire.
Un peu comme « la bellezza » et « la beltà », alors que nous n’avons que la « beauté »…. (La deuxième, beltà, un peu plus noble, peut -être?)

Beaucoup de langues ont deux mots au lieu d’un , ça permet de mettre le voisin européen sur la sellette.
Avec nos amis anglais, il faut avoir à l’avance garni sa musette parce que les occasions de les presser un peu ne sont pas si nombreuses, en raison de leurs doubles racines (latines/ germaniques).
Un de nos atouts maîtres, c’est la différence entre « pouvoir » et puissance », là où il n’ont que « power ».
Avec un peu de dextérité, sur un thème si grave, on sème le désarroi.

J’avais quelque chose à vous dire sur « l’autocoscienza », mais je n’ai pas encore trouvé le lien avec Noémie Lvovski (Sophie va s’irriter), et il fait vraiment trop chaud.
Buona serata!

zeno dit: 20 juillet 2013 à 19 h 37 min

u. je suis désolé de vous avoir mortifié, en vérité ce n’était pas mon intention, j’ai beaucoup d’estime pour vous et si je l’avais su je n’en aurais pas parlé.

renato c’est rigolo ce mot ‘italien’ pour conscience, avec se racine lié au ‘savoir’, la conscience n’est-elle que ce nous savons? nous en savons?
je suis désolé mais je crois qu’Heidegger avait raison : il n’est pas possible de philosopher en italien.

u. non! je ne suis pas nietzschéen.
renato lui l’est, il est un homme d’une très belle et bonne nature, s’il avait à revivre sa vie je suis sûr qu’il demanderait à revivre la même, comme notre sympathique Noémie…
je pense que vous l’êtes aussi : contrairement à renato je n’ai pas beaucoup de talents mais je sais reconnaitre les nietzschéens, je crois que c’est la seule chose que je sais faire :reconnaitre les nietzschéens, c’est un don naturel qui hélas n’apporte guère de satisfactions personnelles.

renato dit: 20 juillet 2013 à 19 h 58 min

Ne me parlez pas de la chaleur, u. Dans l’après-midi, dans l’incapacité de faire quoi que ce soit, j’ai allumé juste un instant la télé : je suis tombé sur un incendie et j’ai cru m’évanouir.

C’est vrai que les boissons glacées ne sont pas une bonne solution… enfin, ne sont pas une bonne solution pour moi…

La « beltà », u., n’est pas nécessairement plus noble même si le mot ne se réfère pratiquement qu’à la beauté humaine. Voyez Dante et le Tasse, mais surtout Leopardi : « Silvia, rimembri ancora / quel tempo della tua vita mortale, / quando beltà splendea / negli occhi tuoi ridenti e fuggitivi, / e tu, lieta e pensosa, il limitare / di gioventù salivi? ».

Cela dit, mon père faisait grand usage de ce mot, surtout quand il parlait des flammes de sa jeunesse : « À son époque, elle était une beauté (une beltà) unanimement admirée ». Maintenant on n’entend ce mot que rarement — très usé… liso forse.

renato dit: 20 juillet 2013 à 20 h 13 min

Zeno, « Nietzsche cosa dice ? », chantait Zucchero et même si je ne raffole pas de sa musique, j’approuve son message… je trouve, par ailleurs, que s’abandonner aux consignes pour le cuisinier zen de Dōgen est préférable que heidegerrer… si vous voyez ce que je veux dire.

Cela dit, jetez, si vous avez le temps, un œil ici :
http://www.centronietzsche.net/

Elena dit: 20 juillet 2013 à 21 h 20 min

Messieurs, il y aurait bien une solution pour continuer votre conversation sans vous montrer désobligeants envers votre hôtesse : remonter vers le fil « Sorrentino Roma », consacré à La grande bellezza — support convenant tout à fait à de longues considérations sur coscienza/ consapevolezza, bellezza/beltà :
http://larepubliqueducinema.com/sorrentino-roma/

u. dit: 20 juillet 2013 à 21 h 44 min

« Messieurs, il y aurait bien une solution pour continuer votre conversation sans vous montrer désobligeants envers votre hôtesse  »

Et toc.

Courtoisie élémentaire en effet.

Messieurs!
(euh, nous autres nourris par nos mamans aux biberons européens post-révolutionnaires, on dit encore camarades, mais c’est absolument sans importance).
Messieurs!

Sachons dorénavant dans ce salon tenir compte de l’oreille attentive d’Elena et de Sophie.
Soyez sans crainte, ce n’est pas une invitation à la modération, elles ont tout entendu, rien ne saurait les surprendre.

J’ai lu avant hier les différents textes écrits par l’admirable Madame Roland dans sa prison, et recueillis sous le titre de « Mémoires ».
On trouve ça sur Gallica, quel bonheur, et cette proximité avec les témoins nous permet désormais de traiter les meilleurs de nos historiens avec une distante courtoisie.
Quelle femme….

En matière d’art je ne sais pas, mais en matière de politique, même la plus extrême, on devrait se dire:
Ecris ou n’écris pas, mais si tu écris, sois à hauteur de Roland.

zeno dit: 21 juillet 2013 à 10 h 08 min

bonjour Elena, je n’ai pas eu le sentiment d’avoir été désobligeant vis à vis de Madame Avon puisqu’elle parle de mémoire, des choix et des regrets… et aussi de l’indispensable inutile.
bon, désolé d’avoir été désobligeant.

renato dit: 21 juillet 2013 à 15 h 40 min

Pas sûr surtout que ‘La garande bellezza’ convienne si on veut peaufiner nos considerations relatives à coscienza / consapevolezza (inconsapevolezza), bellezza / beltà. Par contre ‘Specchio delle mie brame’ d’Arbasino pourrait convenir : Palerme, Belle Epoque. Maison de campagne somptueuse et sombre ; baronne débridée qui n’en a jamais assez, sa gestion de trames abusives et bizarres entre une jeune fille de dix-sept ans, un garçon de quinze ans, une plantureuse institutrice Galloise, et un précepteur imprésentable… le triomphe du Kitsch à l’italienne et en arrière plan les audacieux éclats de rire de Raymond Roussel, Tommaso Landolfi, Karl Kraus, Vladimir Propp.

zeno dit: 21 juillet 2013 à 16 h 29 min

renato, bonjour, pourriez-vous nous en dire plus svp?
quel genre d’éclat de rire ? un éclat de rire dionysiaque? tragique?

que dire des films comme ‘la grande bellezza’?
vous pensez que ce genre de film est d’emblée voué à l’échec, ‘la grande bellezza’ comme celui dont il est question ici car les deux ont, semble-t-il, des choses en commun sur ce que serait le meilleur usage d’une vie?

le genre de film où il faudrait installer un néon lumineux clignotant au dessus de l’écran portant les inscriptions :
‘surtout ne gâchez pas votre vie !!!’ bip bip bip
‘car ne l’oubliez pas : vous n’en avez qu’une.’ bip bip bip
‘quand vous vous en apercevrez ce sera trop tard!!!’ bip bip bip…
tu parles d’un scoop…

c’est ça renato? vous pensez qu’à la vulgarité fadasse de la société mondaine romaine (et italienne) répond la vulgarité triviale du message de Sorrentino?
sur le mode de la réflexion profonde, la transcendance et le tutti quanti à la sauce carbonara?
de ceux qui veulent se la jouer Citizen Kane en accrochant des rosebud comme on accroche des guirlandes sur un arbre de Noël?

Fêtes de débauches romaines et quiétude des petits villages bretons même combat pour endauffer les spectateurs : quel que soit le nombre de bises dont nous l’agrémentons la comédie humaine n’est qu’un éternel recommencement….

renato il se situe bien à ce niveau votre rire, n’est-ce pas?
me permettez-vous alors de rire avec vous?

renato dit: 21 juillet 2013 à 16 h 45 min

Je crois zeno que les éclats de rire de Roussel, Landolfi, Kraus, ne demandent aucune explication ; pour Propp voyez ‘Le comique et le rire: la littérature et la vie quotidienne’ — je ne connais pas le titre fr.

zeno dit: 21 juillet 2013 à 17 h 28 min

renato, si vous saviez comme c’est difficile de vous faire dire ce que vous pensez.
à chaque fois vous vous tirez avec une pirouette.
désolé mais c’est impossible de connaitre vos pensées.
u. si vous voulez prendre la relève moi je laisse tomber.
sérieux renato à la longue c’est limite pénible.

renato dit: 21 juillet 2013 à 17 h 51 min

Enfin zeno ! vous avez lu Roussel, Landolfi et Kraus, vous connaissez donc leur rire.

Pour Propp, faites un petit effort… en passant par Barthes, par exemple.

avon dit: 21 juillet 2013 à 18 h 45 min

Voilà des commentaires qu’il va falloir ruminer un peu. Votre petit salon m’a l’air très raffiné, plein d’esprit, d’habitudes et de culture et, en tant qu’hôtesse, je suis ravie de vous accueillir ici, n’ayez crainte. Usez et abusez-en! D’autant que décidément, j’adore les chevaliers paysans du lac de Paladru ainsi que ce qui paraît saugrenu quand bien même ça ne l’est pas aux yeux de tous…

zeno dit: 21 juillet 2013 à 20 h 47 min

bonjour Madame Avon, croyez bien que je suis tout à fait désolé que la situation ait pris cette tournure, sachez j’aime beaucoup lire vos articles et j’écoute vos interventions pertinentes sur les ondes radiophoniques avec la plus grande attention, mais là, en l’occurrence, vous comprendrez que je ne peux pas laisser passer cette histoire de rire.

vous comprenez que cette question du rire est d’une grande et décisive importance : doit-on rire de ces films qui, pour le dire vite, ont la prétention de donner un « sens à la vie »? ou inciter le spectateur à trouver, ou à donner du « sens à la vie »?

renato je ne connais pas le rire de Landolfi ni celui de Propp, je suis prêt à faire des efforts, à me retaper tout Barthes et aussi Dario Fo.

Mais je connais Kraus et Roussel : leurs rires et différent comme le jour et la nuit, le rire de Kraus est ironique et celui de Roussel plutôt ‘surréaliste’.
J’avoue que j’ai un faible pour Jarry mais là n’est pas la question, la question est que pour nous embrouiller l’esprit vous citez des rieurs qui rient différemment chacun à leur manière.

Ma question est simple : je vais voir le film de Sorrentino : quel genre de rire dois-je emprunter face aux prétentions de celui qui vient de découvrir le sens de la vie : le rire ironique ? ou le rire surréaliste ?
Vous comprenez?

Vous dites que je fais trop long? c’est normal quand de votre côté vous faites trop court, vous fonctionner par ellipse.
Je suis désolé mais je n’ai pas la science infuse.
Je pense que le rire de Kraus conviendrait mieux mais c’est un choix personnel.
Ou alors carrément les Monthy Python avec justement : the meaning of life.
Puisque tous ces auteurs semblent décider à nous faire découvrir que la vie aurait un sens caché et profond qu’il convient de découvrir, le mieux, je pense, est de leur expédier par la poste le dvd des Monthy Python avec les bonus.
vous en pensez quoi de mon idée?

Elena dit: 21 juillet 2013 à 20 h 56 min

Merci, Madame, de votre hospitalité.
Et désolée, visiblement je suis la seule à avoir été désobligeante — avec ces messieurs, à qui je ne voulais faire aucun reproche mais que je tentais seulement d’emmener sur le fil de La grande bellezza. Film que j’ai vu et beaucoup aimé (mais je n’avais pas encore découvert « La République du cinéma »).
Il me semblait plus approprié d’en parler là-bas, voilà tout.
Je trouve un peu dommage de subir aussi sur les blogs la « fuite en avant » de l’actualité ; remontons le temps, nous aussi, quand nous en est donnée l’occasion. (Thème pas tout à fait étranger au film de Sorrentino, d’ailleurs)
(Une question Renato et U. : l’avez-vous vu ce film ou bien votre jugement repose-t-il sur le résumé et le trailer ? On en reparle là-bas, si vous le souhaitez bien sûr)

Peggy Sue (re)mariée — Zeno pourra chanter
Je suis tombé sur l’aile
C’est la faute à Cavell

u. dit: 21 juillet 2013 à 22 h 55 min

Je n’ai vu, Elena, que le trailer et le billet de Sophie.

Je n’ai donc aucun droit au commentaire sur le film, même si ces deux taquineries (le teaser et le billet) ne peuvent pas ne pas nous avoir dit quelque chose de très vrai.
Donc, pour ce qui est du film, il occupe dans mon esprit la case « Devrait être vu ». En attente d’une causalité supplémentaire: ce petit truc minuscule et inattendu qui fait que les nombreux « À voir » se transforment soudain en : j’y vais!
(« Allô?, ça te dirait? »… « Tiens c’est à côté… « … « Séance à 17heures? Au poil », etc., ça tient à des rien.)

En revanche je suis sceptique sur la possibilité de revenir en arrière et jouir à nouveau des billets passés.
Je sais, ça heurte le bon sens, et mon propre bon sens en a été heurté lorsque j’ai frappé à la porte de la République des livres.
Dans l’empillement des textes, se succédant imperturbablement l’un à l’autre, pourquoi ne pas introduire du désordre? Pourquoi ne pas se donner rendez-vous dans des sortes de catacombes, à l’abri de l’inévitable brouhaha?

« Formidable, Machine, votre improvisation sur la bêtise!
Je vous ai laissé un graffiti sous le fil Flaubert du 1er octobre 2009″.

Ça ne marche jamais.

Quelqu’un que n’aime pas Zeno dirait peut-être qu’il faut accepter le tragique quotidien de ce non-retour en le vivant dans la joie.
(Quand Zeno roupille, n’ayez aucun scrupule à user de ce type de phrase, ça le réveille).

renato dit: 21 juillet 2013 à 23 h 18 min

Il suffit d’un rien pour vous embrouiller l’esprit, zeno, mais réfléchissez… dans les limites du possible, j’entends… il y a la nature du rire, puis il y a les rieurs et les rieuses, naturellement : Charlotte Brontë, par exemple, ou Jane Austen. Vous n’avez jamais observé comment rit Jane Austen, hamlet ? Chacun rit à sa manière, mais de quoi on rit ? mais de l’implacable, agaçante, irrévérencieux, s’écouler du temps, zeno ! Ce n’est donc pas ma manière de procéder (sans doute irritante… ou peut-être, c’est selon) qui vous embrouille l’esprit, mais votre approche plutôt lourd de l’ensemble… enfin bref un brin de légèreté, je cite de mémoire : « La lune, dès qu’elle apparaît dans les vers des poètes, a le pouvoir de communiquer un sentiment de légèreté, de suspension, calme et accalmie ». Enfin, il faudrait plutôt vous inspirer de la lune des poètes, plutôt que de la lourdeur des philosophes… bon, je comprends, vous avez lu « L’Homme sans qualités » et vous êtes persuadé d’avoir ouvert une brèche sur le mystère de la vie et de l’humour… mais ce n’est pas si évident que vous le croyez…

u. dit: 21 juillet 2013 à 23 h 28 min

renato, nous avons plusieurs fois évoqué Dôgen.

Je ne savais pas que Takahashi Banmei, cet ex-roi du Pink movie japonais, lui avait consacré un film.
Je sais, c’est gonflé.
Quand on voit les problèmes qu’a rencontré Mme von Trotta pour mettre en scène un penseur qui est quasiment notre contemporain (Hannah Arendt, je fume donc je pense), on peut imaginer les difficultés s’agissant de Dôgen.

Eh bien, ce n’est pas si mal, on peut se laisser porter (on peut le voir sur YouTube, sous le titre « Zen »).
Je pense qu’un intello japonais et francophile pourrait ressentir un plaisir aussi innocent à regarder un « Vie de M. Descartes » mise en scène par… je ne sais pas moi… un honnête artisan d’une chaîne publique française.

(Il y a une raison supplémentaire pour moi, en hommage au défunt Zhu, c’est la manière dont un japonais tourne une histoire qui ne peut être exclusivement nipponne mais sino-japonaise.
Le jeu des langues est savoureux, non seulement quand le jeune Dôgen va chercher un maître en Chine, mais aussi après son retour, lorsqu’il devient aussi célèbre que menacé, quand il parle avec le disciple chinois qui l’a suivi. Fin de la parenthèse).

Il faut quand même saluer en passant le fait que le père Takahashi a été sorti de l’obscurité, entre autre, par ce film (Tatoo Ari) sur un jeune Japonais, Umekawa Akiyoshi, qui avait descendu plusieurs personnes en attaquant une banque (il était quand même un peu spécial, ayant tué une femme dans son jeune âge).
Umekawa (qui a été abattu par la police) avait été frappé par Pasolini.
Flingue en main, il avait demandé aux gens qui se trouvaient dans cette agence: « Connaissez-vous les 120 journées de Sodome? », et avait obligé les femmes à se foutre à poil.

Un intello japonais qui picole adore discuter sur ce genre d’histoires.

Elena dit: 22 juillet 2013 à 9 h 13 min

Renato, éternel débat hérissons-renards sans doute.
Une question factuelle : pourriez-vous me dire dans quel monument romain une mère « perd » sa fille Francesca, descendue au cœur du bâtiment (à l’étage en dessous mais il y a une grille qui permet au regard de passer et on a l’impression que c’est depuis ce point de vue abaissé que tout fait sens)
Je ne vois pas trop le rire austénien comme ça — je dirais plutôt de qui elle rit (à la rigueur sous la forme de moquerie de ceux qui refusent le passage du temps, comme Sir Walter Elliot) mais vous me direz à quels aspects de quels romans vous pensez ?

renato dit: 22 juillet 2013 à 12 h 28 min

Ah ! Elena, ma mémoire étant ce qu’elle est, il est presque impossible que je me rappelle d’un détail d’un film que je n’ai pas aimé. Pour vous faire un exemple, de « Il Divo » (film que pourtant j’avais moyennement aimé) je ne me souviens que de la scène où Giulio ‘il Volpone’ distribue les denrées alimentaire — et je m’en souviens peut-être seulement parce que la scène rappelle les relations entre le représentant du peuple et ses clients dans la Rome ancienne. À part ça, rien.

Pour Jane Austen, je l’ai citée dans la perspective du roman d’Arbasino (à 15 h 40 min, « Specchio delle mie brame », Einaudi, 1974) comme Brontë, d’ailleurs — et là je pensais à la Charlotte de « Le sorelle Brontë » de Bernard de Zogheb *.

Sur leur rire que du subjectif de ma part, mais avec cette écrasante chaleur, la force me manque d’en rendre compte.

* http://www.adelphi.it/libro/9788845901454

zeno dit: 22 juillet 2013 à 19 h 17 min

renato, je suis désolé, c’est vrai que je suis un peu bouché mais ce n’est pas la peine de me remonter les bretelles de cette façon.

vous savez bien l’admiration que je vous porte, votre remarque sur Musil n’est pas sympa, en fait parce que c’est vrai, j’ai l’esprit assez étroit : je m’excuse de ne connaitre qu’un seul auteur, les autres me rentrent par une oreille et me ressortent par l’autre, le seul qui me parle c’est David Hume.

Une scène drôle aurait bien fait rire Hume parce qu’au delà de son côté potache elle est pleine de sens sur notre rapport à la culture dans un monde post moderne, vous savez c’est laquelle? c’est celle dans le film de Woody Allen sur Rome où on voit un type capable de bien chanter que sous sa douche, du coup ils amènent sa douche sur la scène, si Hume avait vu cette scène il se serait bidonné de rire, vous imaginez renato, le type ne peut bien chanter que sous la douche du coup hop! ils déplacent sa douche à la Scala de Milan, et le public trouve ça génial! et les critiques aussi!! et pourquoi pas? qu’est-ce qu’une bonne critique d’une bonne interprétation? le jugement à l’aune du résultat musical! c’est de l’empirisme culturel, ou de la culture empiriste, du travail de laboratoire.
en fait Hume n’était pas lourdingue, les philosophes ne l’aiment pas parce qu’il aurait été capable d’installer des douches dans tous les opéras, c’est différent de la philosophie allemande, vous imaginez d’envoyer ce type avec sa douche à Bayreuth? pendant le festival? les wagnériens ne plaisantent pas avec ce genre de blagues. D’ailleurs si Woody Allen, continuant sa balade européenne nous pond un jour un film sur Berlin il ne reprendra certainement pas sa blague de la douche. Woody Allen est un esprit perspicace, il sait bien qu’il ne peut pas sortir ce genre de blague ailleurs qu’en Italie.

renato dit: 22 juillet 2013 à 20 h 20 min

Enfin hamlet ! d’un côté vous me dites qu’il est difficile de me faire dire ce que je pense, et dès que je dis ce que je pense vous dites que je vous remonte les bretelles… faut savoir ce que l’on veut ; mais mettons cela à la charge de la chaleur… Quelle journée ! Je n’ai pas vu le film de W.A. sur Rome, celui sur Paris non plus… Du reste, je crois que mon dernier W.A. remonte à 87… oui, « Radio Days »… cela dit, cette histoire de douche me dit quelque chose, mais quoi au juste ? bon, aucune importance. Voilà, tout le monde vieillit, tout le monde s’amuse si l’occasion se présente, et le nez de Pinocchio réagit au moindre mensonge…

La Reine du com dit: 23 juillet 2013 à 16 h 04 min

Bien sûr que l’emprunt de Lvovsky au « Peggy Sue s’est mariée » (Ah, la scène délicieuse où Kathleen Turner déjà bien dégourdie n’hésite pas à se jeter sur le pauvre Nicholas Cage encore benêt en l’exortant à « sortir sa grosse perceuse »)est flagrant! Pas gênant, dans la mesure où la variation qu’en offre NL a su se montrer à la fois personnelle et inventive.
Sophie, pour revenir ici brièvement sur le film de Shelton, « Ma meilleure amie sa soeur et moi » chroniqué par ailleurs : au final assez culcul. Est-ce que ça tient au problème de la parlote? Pas si sûr. Il y a ainsi des parlotes très signifiantes, qui ne se laissent pas impressionner, qui ne cèdent rien à la tendance à assimiler abondance& débordement, sentimentalisme de mauvais aloi. Cette mode censée privilégier les écritures économes, blanches. Mais l’invention comme toujours ne consiste pas à se conformer ni à prendre un contre-pied exact. Plutôt à faire parler sa propre voix sans tenir compte des garde-fous. Alors la parlote, pas ça qui me gêne. Il y a des parlotes qui n’ont pas peur de leur ombre, qui se fichent pas mal de coller comme il faut aux diktats. « Le déclin de l’Empire Américain » ou « Ma nuit chez Maud », qu’est-ce que c’était bavard! Et réussi. D’autres films censés échapper à la parlote par leur côté sec qui sont assommants d’effets, à force de vouloir veiller à n’en produire aucun. Sous leur allure émancipée et allégée, bourrés jusqu’à la gueule de conformité, de correction mainstream! Comme il y a certains films à parlotes qui ne disent rien du tout, qui ne réussissent pas à être parlants et qui tournent à vide, tandis que d’autres presque silencieux murmurent pour longtemps à notre oreille. Je pense ici à Tarkovski, tellement rébarbatif mais qui passe haut la main justement car il ne porte pas non plus son côté énigmatique en sautoir. Tous les cas de figures existent. Bref pas certain que le film de Shelton pêche par là. Peut-être que comme le passe-muraille, elle est surtout restée coincée entre deux étages, sans réussir à transformer l’essai.? Ce petit plus de sincérité, de gratuité dans la création qui finit par faire une grande différence. Que comme ça qu’on embarque les autres pour la chasse à la licorne. Rien qui marche à tous les coups.Pas de recette.

u. dit: 23 juillet 2013 à 17 h 22 min

Joli dialogue philosophique hier entre hamlet et renato.

Hélas, quand on passe le lire, on a le cerveau comme du macadam mou.
Une température à dissuader d’accepter des bisous, vous avez remarqué?
Devant les post, on plisse le front et on a la sensation de rater quelque chose.

« Ma nuit chez Maud », qu’est-ce que c’était bavard! Et réussi » (Reine)

C’est vrai, majesté.
On garde Fabian sur sa rétine, pour l’éternité.

Et certains Rohmer?
Vous croyez vraiment qu’on pourrait les revoir aujourd’hui?

Pas aujourd’hui, en tous cas.
Même si, après mon troisième blanc sec, j’ai l’impression d’y voir plus clair.

zeno dit: 23 juillet 2013 à 19 h 46 min

u. si vous trouvez que le fait que renato utilise sa supériorité culturelle encyclopédique pour me remonter les bretelles à chaque fois que je permets de m’exprimer, alors que moi je veux faire des échanges amicaux genre Montaigne et son pote de comptoir, c’est que vous avez une drôle d’idée de l’échange philosophique.

Reine du Com, j’aime beaucoup votre façon d’écrire, c’est-y pas que vous ne seriez pas écrivaine par hasard?
Nicolas Cage benêt est celui que Peggy aimait (Peggy éprouve, contrairement à renato!, un penchant pour les benêts), et c’est pour cette raison qu’elle décide de re-aimer.
comme la plupart d’entre nous Cage est un benêt sympa à 18 ans et sale c.n à 40 ans, même si Peggy déteste celui qu’il deviendra elle ne peut s’empêcher de tomber, à nouveau amoureuse du même 20 ans plus tôt.
Peggy n’est pas la seule, je ne veux pas parler de moi mais ma femme adore encore celui de moi qu’elle a connu à 20 ans, et elle déteste ce qu’il est devenu, pour rien vous cacher je partage totalement son avis.
C’est très « le Temps Retrouvé », comment imaginer que ces vieux débris sans intérêt, ont pu être, dans leur jeunesse, des types brillants, et plein d’avenir.
N’est-ce pas la définition de la vie : apprendre à gâcher son capital temps.
D’où votre passage aux Tarkovski, parce que si vous parlez d’eux c’est à cause de Solaris, n’est-ce pas? encore un film sur « le Temps Retrouvé », et hop! on y revient, le désir est-il toujours une dérive vers la folie, d’ailleurs on dit ‘le désir fou’ pour signifier un désir vrai, qu’ont-ils voulu dire dans ce film? que cette folie du désir est toujours là, présente en nous, Nicolas Cage n’est qu’un empilement de tous ceux qu’il aura été dans sa vie, renato me dit que j’en tiens une couche mais nous en tenons tous, non pas une couche, mais une multitude de couches, ce que nous révèle la littérature est que ces couches ne sédimentent pas de façon linéaire mais de façon cyclique, comme des boucles, des cercles, où il est toujours possible, à condition de prendre le bon chemin, de boucler la boucle et retrouver ce qui a été, autrefois, time fades away? non le temps n’efface rien.

avon dit: 23 juillet 2013 à 21 h 17 min

Ai revu « Les nuits de la pleine lune », ça n’a pas pris une ride… Et pourtant, l’époque est saisie. Mais le film, lui, est éternel. Vive le blanc sec!

La Reine du com dit: 23 juillet 2013 à 21 h 38 min

Bien vu, Zeno. Solaris, vous mettez dans le mille. Salutations &fraternité avant de poursuivre ma route. Comme le personnage de la « Conscience », êtes-vous enclin à mielleusement féliciter tout rival potentiel sur sa façon d’interpréter Bach en concluant « qu’il joue très bien, mais que malgré tout, il est certains endroits où il est interdit de déposer les ordures »?(réplique qui me fait crever de rire). Je crois que c’est parce que Turner en réalité n’est pas totalement dans le désamour envers son vieux con de mari qu’elle resigne, retombe sous le charme du jeune benêt qu’il fut. Elle le (re)voit soudain avec la correction extrêmement exigeante, implacable, douce, de la maturité et de la bienveillance. De la même façon qu’elle retrouve d’ailleurs ses parents avec un élan, une indulgence qu’elle croyait perdus. « Retour vers le futur » de Zémeckis avait déjà esquissé ce thème de façon plus grand public, moins fine, mais assez émouvante. Le « Camille redouble » de Lvovsky là-dessus ne manque pas son coup, l’oeil neuf et usé à la fois que la vieille enfant porte sur ses parents ressemble fort à une mélancolie autour des occasions loupées et des ratages. C’est frais, un peu ridicule, humain, poignant. Cela nous concerne tous. Ce sont les larmes versées en secret sur ce qu’on a loupé, qui serre le coeur parce qu’on ne le rattrapera pas. Le contraire de la mièvrerie. Chemla est excellente avec son visage pointu à la Spiteri ou à la Edith Fambuena. Bien à vs.

La Reine du com dit: 23 juillet 2013 à 21 h 55 min

Sur le thème des cycles, revoir aussi le « Groundhog Day » (Un jour sans fin) de Harold Ramis. Bill Muray, magistral avec sa tête de rongeur dépressif grêlé par la petite vérole. On rit, c’est bon enfant, le scénario est ambitieux, pas prétentieux du tout et ouvre cependant pas mal de pistes de reflexion.

renato dit: 23 juillet 2013 à 21 h 56 min

Pourquoi aller chercher Montaigne et son pote de comptoir, zeno ? nous pourrions nous contenter de deux lecteurs de l’Équipe, deux gars moyens avec des soucis banales : le match, la voiture, les filles. Ou alors viser carrément plus haut : Homère et les pêcheurs. Bien que, vu les limites du rôle d’Homère, je suis sûr que l’on se battrait pour savoir qui ferait les pêcheurs… Enfin, pourriez-vous me garantir que si je vous laisse le rôle, vous trouveriez une question ‘définitive’ ?

renato dit: 23 juillet 2013 à 22 h 34 min

Il y aurait deux points à prendre en considération zeno. Déjà il faudrait vieillir avec la personne avec qui nous vivons ; puis, envers et contre l’opinion d’un poète allemand, vieillir n’est pas « problème pour artistes », mais le travail de chaque instant.

Après, pour ce qui est du vieux débris, faites gaffe car Agecanonix pourrait passer juste quand vous en parlez, et là vous risquez gros…

renato dit: 24 juillet 2013 à 7 h 57 min

Et à propos du « penchant pour les benêts », zeno : je suis allergique aux opportunistes, et le benêt n’est que l’ur-form (ou si vous préférez la proto forme) de l’opportuniste, vous comprendrez donc que ce type humain n’est pas ma tasse de thé.

u. dit: 24 juillet 2013 à 8 h 21 min

Il fait frais ici, et le café de Sophie n’a pas encore été envahi par les fêtards ni les fâcheux.

Pourquoi Montaigne au comptoir, renato?
Parce qu’il est un compagnon irrésistible.

« Je festoie et caresse la vérité en quelque main que je la trouve et m’y rends allégrement, et lui tends mes armes vaincues, de loin que je la vois approcher. Et pourvu qu’on n’y procède d’une trogne trop impérieusement magistrale, je prends plaisir à être repris… » (III, 8)

J’ai la semaine dernière glissé dans ma poche, en grognant un peu, le petit livre d’Antoine Compagnon, « Un été avec Montaigne », qui reprend de brèves intervention sur France Culture: une fausse bonne idée, que je me disais.
Mais non, les passages choisis sont admirables, et le propos de Compagnon, d’une agréable bonhomie, peut se lire sous 35° à l’ombre.

renato dit: 24 juillet 2013 à 8 h 35 min

Merdre ! u., presque 9.30 et j’en suis au troisième café. Cela dit, on ne peut même plus défouler sur l’autoroute, et mon copain fumeur doit sortir du bistrot pour se « taper la clope », encore un coup et nous aurons la « police d’alcôve ». J’ai beaucoup aimé quand Sagan a dit à un juge qu’étant majeure, elle estimait avoir le droit de se tuer comme bon lui semblait.

u. dit: 24 juillet 2013 à 8 h 41 min

« Café de Sophie », lieu prédestiné pour notre philosophe (je mets le mot au singulier parce que renato lui est un artiste, a different animal).
Je n’ai jamais connu les « cafés philosophiques » naguère à la mode en France parce que je vivais trop loin de là, mais je pressentais le pire. En tout cas, il aurait fallu m’y traîner en hurlant.

En revanche, ce café s’étant installé dans un ancien ciné-club, ça va très bien pour le philosophe au masque que se veut Zeno (il a fait sienne la devise de Descartes, « larvatus prodeo », dont le sens n’est pas: je suis devenu larve pour l’amour de Dieu).

Cavell, hein.
Ou Deleuze, ou même Zizek, les films permettent de parler de tout.

Pardon? Zizek est fou?
Il est complètement à la masse, c’est sûr. Mais entre un dingue qui a des idées et un esprit brillant qui n’a pas d’idées, vous prenez qui?
Zizek, c’est un type avec qui on n’a même pas besoin de prendre des blancs secs, il est né avec du blanc sec.

u. dit: 24 juillet 2013 à 8 h 53 min

La sortie du copain fumeur, c’est le moment de la p’tite méditation en solitaire, renato, on revient sur les propos échangés.

Vous avez remarqué combien les copines fumeuses sont devenues jeunes, en terrasse?
Je me sens désarmé devant ces lycéennes.
Leur faire la leçon ne vous place pas à votre avantage. Y aller de sa clope, pour ouvrir le dialogue, serait démagogique. La manière forte, peut-être?
« Le droit de vous tuer, c’est après le bac, mes petites ».
On est détesté d’abord, mais aimé ensuite, beaucoup plus tard (quand on l’a soi même exercé, ce foutu droit).

renato dit: 24 juillet 2013 à 9 h 21 min

« Larvatus prodeo » ?! ce n’est pas l’impression que je reçois car les ennemis de zeno (hamlet-puck-dexter) sont bel et bien nommés : la société du spectacle et ses représentants. Et il est assez curieux comme ennemi car nous vivons dans des sociétés démocratiques où il y a de la place pour tout le monde, et si un fait (livre, spectacle, etc.) ne m’intéresse pas je ne regarde pas. Bon, on peut évidemment imposer Sophocles à tout le monde et interdire les grosses productions hollywoodiennes… mais en faisant exception pour les bollywoodiennes — exotisme et toutes ces choses-là. C’est une possibilité, et au Ministère de la culture ils devraient ‘lancer’ une réflexion là-dessus…

u. dit: 25 juillet 2013 à 8 h 16 min

Oui, n’être pas trop larvatus malgré tout.

Après la pause-clope, j’ai retrouvé Montaigne au comptoir:

« Un parler ouvert ouvre un autre parler, et le tire hors, comme le fait le vin et l’amour » (III,1)

Une entame sans malice vaut bien le blanc sec et la bise.

u. dit: 25 juillet 2013 à 11 h 19 min

Pour lui prouver qu’on est bien tous fous, le chat doit recourir à cette histoire de chien.

« D’abord, » dit le Chat, « un chien n’est pas fou ; vous convenez de cela. »
« Je le suppose, » dit Alice.

C’est un argument de première force, dirait le philosophe zeno.

Elena dit: 25 juillet 2013 à 14 h 14 min

u. 21 juillet 2013 à 22 h 55 min
(oui, je sais, ça date …)
« sceptique sur la possibilité de revenir en arrière et jouir à nouveau des billets passés »

il me semble que cela dépend en partie de l’architecture des blogs (j’en connais où les articles anciens reviennent au premier plan, parfois délibérément, parfois de façon aléatoire); que cela dépend aussi de la période de la vie d’un blog (celui-ci étant encore à ses débuts, les difficultés de l’excavation ne sont pas les mêmes — et par ailleurs je trouve qq ch de navrant à ce que des billets intéressants soient suivis d’un « 0 commentaire »).
Cela dépend sans doute aussi (mais là je donne des armes contre moi) de l’usage que l’on veut en faire : seulement dire la sua (dans ce cas je peux déposer mes bavardages n’importe où dans le blog, ce n’est pas un problème) ou avoir une conversation dans laquelle les commentaires des autres vont éventuellement me permettre d’élargir mon point de vue, m’éviter de creuser indéfiniment mon seul sillon (sauf s’il s’agit a) d’être en représentation, de créer un personnage ou b) d’avoir le dernier mot — j’oublie une autre possibilité, beaucoup moins antipathique, c) la lassitude de ceux qui ont non seulement tout lu & entendu mais aussi ou surtout déjà discuté mille fois de tout sans aucun profit. Je la comprends, mais comme j’ai tout à y perdre …)
Plutôt que d’invoquer le prolixe normand qui donne des boutons à Zeno, j’irais chercher mes arguments chez Janké — celui qui a thématisé l’irréversible est néanmoins aussi celui qui dénonce le scepticisme systématique, « la résignation prévenante » : le résigné démissionne, renonce a priori — la complaisance aidant, la fatalité est surtout un prétexte permettant de justifier la mauvaise volonté.
Cela dit, voua avez bien le droit de préférer la vie liquide et de contribuer à accélérer le flux dans tous les domaines.
Tiens, pour filer la métaphore des catacombes, on ne sait pas encore si Sophie Avon donnera dans l’article à prétexte nécrologique, les « Pour saluer X ou Y » de la République voisine (ou « suzeraine » ?) — je pense à Vincenzo Cerami, mort récemment.

u. dit: 25 juillet 2013 à 18 h 27 min

« et par ailleurs je trouve qq ch de navrant à ce que des billets intéressants soient suivis d’un « 0 commentaire » »

C’est certain, Elena.
Tout cela échappe à notre raison ou dépasse nos possibilités.
À côté aussi, voyez Charlotte, mais qu’y faire?

Les blogs fonctionnent sur l’aléatoire, c’est intéressant.
Un jour, on est carrément venus squatter chez Sophie.
Elle ne s’est pas formalisée.
Elle a un peu poussé les meubles… descendu du grenier un pouf marocain…

Une sémiologue est venue autrefois interviewer P. Assouline sur son blog (Malika T., je me souviens du nom). Il en est resté des expressions comme « noeud actanciel », etc., qui font rire parce qu’on prend toujours l’homo academicus pour un rêveur ou un guignol.
Mais je crains qu’elle ait surtout procédé à des analyses de textes écrits par d’autres.
C’est forcément insuffisant.

Avant d’intervenir à l’occasion sur la RdL (il y a 4 ou 5 ans), je n’avais aucune compréhension véritable de ce qu’est un blog. On ne peut en comprendre la temporalité particulière, la complexité des sens explicites et implicites, parfois la dureté des affects, que si l’on est soi-même un intervenant.

(Malika, si vous repassez par là, vraiment bravo, mais reprenez la chose en foutant en l’air le structuralisme, et en vous inspirant du vieux Peirce. La supériorité de son approche pragmatiste est évidente, mais… il faut soi même y mettre du sien, l’extériorité ne mène à rien).

Elena dit: 25 juillet 2013 à 21 h 46 min

Ach, le monde (des blogs) obéit à des lois que nous ne maîtrisons pas. La somme des initiatives individuelles y sera tjs supérieure au volontarisme. Kosmos vs. taxis, usw …
The road to serfdom is paved with good intentions, and all that.
Comment ne pas s’incliner ?

Mais je retiens « y mettre du sien ».
(Quant à moi il m’aura fallu un panneau indicateur, qqn qui dise « je vous réponds chez Sophie » pour que je découvre avant de squatter.)

u. dit: 26 juillet 2013 à 10 h 31 min

« La somme des initiatives individuelles y sera tjs supérieure au volontarisme. Kosmos vs. taxis, usw …
The road to serfdom is paved with good intentions, and all that. »

Je suis un con, c’est ça?

Bon, prêt à examiner l’hypothèse, qui gagne en persuasion en fonction du mercure.

Vivement le blanc sec, que je fasse illusion!

Elena dit: 26 juillet 2013 à 18 h 50 min

U.
sur la Rdl: « Et Sophie?/Ce commentaire lui appartenait./ Goujat. »
Et juste avant : « Moi je peux raconter comment j’ai foutu une baffe à Madelin ou au jeune Sarko, mais ça n’intéresse personne. »
Et bien, pour équilibrer, racontez-le nous ici. On dira que c’est pour un biopic.
(Et ça dissipera l’impression de l’apologie du laisser faire)

zeno dit: 26 juillet 2013 à 19 h 12 min

Elena, Sophie Avon vous a donné la réponse : la rubrique DVD est « intemporelle », votre beau commentaire sur Tabou n’est pas voué à disparaitre comme nos commentaires sur les blogs.
la péremption rapide de ce tout qui est dit sur les blogs en fait l’intérêt.

les commentaires d’Elena sur Tabù et la Grande Bellezza, avec la référence littéraire toujours présentes ne sont pas faits pour disparaitre, comme les critiques de Sophie Avon où l’innocence joue (dans sa recherche ou sa perte) comme un fil conducteur.
Ces deux éléments ‘innocence’ et ‘littéraire’ se trouvent réunis dans ces deux films par le mot ‘enchantement’.

renato vous voyez c’est un peu réducteur cette histoire de combat contre la ‘société du spectacle’, le spectacle que je trouve le plus drôle est celui de la profondeur, de ceux qui parlent d’un auteur ‘profond’ avec le regard perdu vers des horizons métaphysiques inaccessibles au commun des mortels qui ne sont pas touchés par la grâce de la beauté, le spectacle genre émission télé esprit canal blagues de Begbeider et présentatrices aguicheuses pour échapper à la lourdeur de la transcendance est moins drôle parce qu’il est le moyen d’échapper au poids du réel pour garder ses abonnés, c’est un spectacle essentiellement comptable avec les produits et les charges.

renato je ne pense pas que ni vous, ni moi, ni u. ni personne n’échappe au réel d’un monde comme volontés et représentations.
si tant est que ce qui est d’ordinaire désigné par ce mot : ‘réel’, n’est en vérité que la somme des choses que nous subissons sans l’avoir décidé.
le moyen le plus simple que nous ayons pour échapper à ce poids du réel est le langage.
vous vous souvenez de l’époque où quand un journaliste interviewait un cycliste qui venait de remporter une étape ce denier bafouillait trois mots pour dire sa joie, vous avez écouté parler les cyclistes aujourd’hui ? ils parlent super bien, on croirait presque entendre du Bergson.
aujourd’hui tout le monde sait parler devant un micro, à force de regarder la télé, écouter la radio nous sommes tous devenus les rois de la parole publique et du spectacle.

Les gens savent tous bien parler comme s’ils n’avaient plus peur de la solitude et de la tristesse, heureux de tisser ce lien planétaire, même sidéral qui nous relie entre nous nous et nous relie aussi à l’univers, nous sommes tous, objets vivants et non vivants reliés par ce lien magique communicationnel.
pourtant notre solitude et notre tristesse sont toujours là, présentes, dissimulées par nos paroles.

c’est ce qui est le plus beau dans les blogs, que toutes ces paroles soient vouées instantanément à la effacement,

u. dit: 26 juillet 2013 à 19 h 32 min

(Et ça dissipera l’impression de l’apologie du laisser faire)

Ouais.

Avant de critiquer le laisser-faire, il faut l’avoir accompagné jusqu’au bout.
Alors, ça devient autre chose.

Non, ce n’est pas dialectique.
Ça, c’est pour zeno (dans ses mauvais jours).

renato dit: 26 juillet 2013 à 19 h 34 min

Je ne vois vraiment pas le problème zeno. Le coureur cycliste s’exprime mieux ? tant mieux.

Pour ce qui est de « ceux qui parlent d’un auteur ‘profond’ avec le regard perdu vers des horizons métaphysiques inaccessibles au commun des mortels », il suffit de ne pas les regarder, ni de les écouter d’ailleurs : ils ont le droit de s’exprimer et leur public aime.

Vous vous faite du mouron pour pas grande chose.

JC dit: 27 juillet 2013 à 5 h 54 min

C’est bien calme ici … pourvu que ça dure.

Esquisse de courbettes respectueuses et feutrées vers l’écrivaine inconnue qui tient la manivelle de la caméra devant un parterre proustifondant.

zeno dit: 28 juillet 2013 à 20 h 16 min

renato il s’exprime bien mais il ne dit rien, son message est pré écrit, pour l’occasion, par des spécialistes de la communication.
L’expertise et la communication sont les deux mamelles de la déréalisation du monde, un monde sans corps, un onde sans poids.
Comme nos commentaires, Sophie existe, Elena existe mais nous, nous n’existons pas, nous ne sommes que des entités virtuelles sans âme.

L’objectif des processus modernes générateur de savoirs n’était pas d’aller vers un autre et un ailleurs prometteur, pour fuir un moi et un ici, mais de les faire entrer dans notre monde, un monde excluant toute forme de réalités, dont la modernité ne consiste qu’en une phase d’élargissement.

La conséquence étant de faire de ce monde un monde inclusif, sans frontière et sans séparation, un monde ou chaque être est en lien permanent avec la somme des objets nouveaux ou anciens composant cet univers clos replié sur lui même.

Un lieu déréalisé existant désormais sans autre et ni ailleurs.
Nous inventons une histoire, nous sommes reliés à cette histoire, la faisons nôtre, mais cette histoire n’existe plus en elle même mais comme un élément d’un monde constituant son monde, un monde désormais sans séparation.

ainsi la littérature, l’histoire, le journalisme, la philosophie, la critique travaillent à fabriquer de nouveaux objets venant peupler notre monde, l’ailleurs n’est pas ailleurs mais ici, les ethnies africaines ne sont plus en Afrique mais ici, l’humanisme médiatique (médiatisé) des écrivains, des historiens, des journalistes, des critiques et des philosophes ont fait en sorte de ramener le « là bas » à « ici » : tout est désormais ici, dans un ensemble fait de liens et de concordances.
l’humanisme supposait un monde fait de séparations, dans leur volonté d’intégration l’humanisme s’est fixé comme objectif sa propre fin.
« out out » : une baleine émet-elle un son humain ? l’imaginer suffit à l’équiper de micros et d’électrodes pour communiquer avec elle et l’incorporer elle aussi dans notre monde.
un téléscope géo stationnaire équipé d’un nouveau module de simulation céleste permet-il de découvrir une nouvelle étoile, elle est intégrée dans notre monde.
ainsi ce monde composé d’entités humaines et non humaines, réelles et virtuelles s’élargit un peu plus chaque minutes, ingérant de digérant ces nouveaux venus.
ainsi l’homme lui-même n’existe plus en tant qu’homme mais en tant qu’élément culturel indélimité composite d’un ensemble sans histoire et sans géographie, ou chaque évènement historique passé ou à venir sera destiné à entrer dans son espace culturel illimité.
un monde où tout est culture est un monde sans relief, aplati, où tous les discours et toutes les oeuvres se valent, un monde sans transcendance et sans profondeur dans la mesure où la transcendance et la profondeur.
nous avons tous aidé à faire advenir ce monde sans séparation.
un monde où la question « être ou ne pas être » ne se pose plus dans la mesure où le destin ontologique consiste à être noyé dans un océan culturel informe dans lequel il ne peut que « ne pas être ».
dans un monde transformé lui même en objet culturel, sans ici et ailleurs, nous ne pouvons plus être, ni là ni ailleurs.
d’où la jouissance extrême d’écrire sur un blog, cet endroit où des liens permettent de relier des êtres qui ne sont pas là, qui n’existent pas.
je peux écrire ce commentaire parce que je ne suis pas et je peux éprouver la joie de ne pas être.
qu’est-ce qui encore nous redonner un sentiment d’altérité, d’être soi même coupé du reste du monde, avec le risque et la peur que cela engendre, l’amour?
je me protège ainsi dans une certitude évidente : tant que je suis ici, devant mon écran, à lire vos commentaire et écrire le mien je me rassure de savoir que je ne suis pas en train d’aimer un être mais au contraire j’appartiens au grand tout culturel qui me fait aimer tous les êtres, toutes les oeuvres, tous les livres, les films, les tableaux, aimer ceux qui soufrent, qui éprouvent comme moi la peur de mourir, j’appartiens à une communauté d’amour universel qui me fait oublier l’amour.

renato je ne suis pas pessimiste, ce nouveau processus, consistant à faire disparaitre les cloisons, les ruptures et les séparations nécessaire à l’existence de l’homme, et en faisant entrer dans son champs de connaissance la totalité des objets, humains set non humains, qui l’entourent n’en est qu’à son début, il marque le passage de l’humain vers autre chose, un stade androïde.
un auteur s’était demandé si les androïdes, pour s’endormir, comptent des moutons électriques, à la fin de son roman il montrait qu’il vaut mieux avoir à faire à un robot doté d’une certaine empathie qu’à un humain totalement déjanté, des décombres de ce monde renaitra un nouveau monde, un monde où la culture aura disparue car tout ne sera que culture : un livre de Levi Strauss, un film de Malick, une expo de Monet, une chanson de Lou Reed, une pensée de Spinoza, un opéra de Verdi, une cantate de Bach, le rouge à lèvre de Marilyn, la décapotable de James Dean, un château du Moyen Age, une robe à fleurs, une danse indienne, une danse africaine, un rite vaudou, un solo d’Hendrix, un livre choisi au hasard parmi des milliers de livres, un lien hypertexte, une révolte ouvrière, une texte de Bouveresse, les statistiques du chômage, un impératif catégorique de Kant, une Vespa, une voix de chanteuse de flamenco, un dialogue de Platon, un parfum d’une rue de Rome au moi de mai, une tablette Samsung, une théorie quantique, une boite à outils Facom, une préface de Madame Bovary, un tableau de Pollock ….
un monde où tout n’est que culture et connaissance, ce que j’ignore d’autres le savent, la connaissance du monde est une dans la somme de toutes nos connaissances, mon opinion est une dans la somme de toutes les opinions, ma sensibilité est une dans la somme de toutes les sensibilités, ma conviction est une une dans la somme de toutes les convictions ….
je ne suis pas là, je ne suis qu’un plis parmi les plis, un artefact parmi les artéfacts, un devenir androïde de l’homme comme seule promesse d’un monde meilleur à venir.

u. dit: 29 juillet 2013 à 10 h 01 min

Zeno, Sie sind ein gross Filou.

« Alors, on fait d’la récup’? »

On vient reproduire des arguments développées ailleurs pour les servir tels quels à Sophie?

Je vous prends sur le fait:
1. Actualisation factice d’un raisonnement grâce un épinglage hâtif au veston de renato;
2. Partialité envers les dames (bravo) qui confine à la flagornerie (Sophie existe, Elena existe mais nous, nous n’existons pas).

M’en fous, je peux très bien rester taper le carton avec renato.

Sinon, il y a dans votre développement un point qui vous est cher, et on l’examinera un peu plus tard
(Mais si, je reviens, je reviens).

u. dit: 29 juillet 2013 à 10 h 06 min

Ça fait maintenant pas mal de jours que Noémie nous embrasse.
Quelle âme ardente.
Noémie nous embrasse, Noémie nous embrase, Noémie souffle sur nos braises, Noémie va provoquer un feu de forêt.

Il faut tenir.
Encore une poignée de posts et on passe la barre des 100.
On fait l’histoire.
Hourrah!

u. dit: 29 juillet 2013 à 10 h 11 min

Attention, Zeno, renato, u. …

Pas de rogatons (« Pourquoi je n’aime pas Onfray? », « Pourquoi cette incompréhension de l’art moderne? », « Il en pense quoi, l’homme japonais? »).
On veut que du neuf et du bon.

Et hop, un post de plus.
Un post nécessaire, fin, étayé.

u. dit: 29 juillet 2013 à 10 h 15 min

Je ne résiste pas, je ne résiste pas.

Je vois le chiffre « 89″ (nos pères, ces héros).
Que coûte la honte d’une connerie devant le plaisir de l’échelon franchi?

Quatre-vingt-dix (chiffre un peu creux, entre la gloire de 89 et l’ignominie de 93).

Encore un post étayé, fin, nécessaire.

Avon dit: 29 juillet 2013 à 11 h 13 min

Allez encore un effort, vous êtes sacrément généreux, merci!
J’adore l’idée d’avoir descendu le pouf marocain – d’ailleurs, je viens d’Algérie -, cela dit en passant, histoire de faire vivre un peu les détails domestiques pour donner une plus juste mesure à vos réflexions et autres commentaires épatants… Noémie embrasse bien, c’est un fait…

u. dit: 29 juillet 2013 à 12 h 08 min

Merci à vous, Sophie.

C’est Zeno qui va en faire une tronche quand il verra mentionner le pouf marocain et non son androïde.
(On va régler ça entre nous)

u. dit: 29 juillet 2013 à 21 h 29 min

Il est pas loin de 10h et demi du soir.

Ceci est le bulletin de la victoire.

L’expérience montre qu’il ne faut jamais tarder à marquer l’événement.

Je sais.

Lorsque le touriste cultivé, ou le cultureux en résidence, jette un oeil sur ces blogs, il est surpris.
Il/elle est un peu hagard/e après la mise en scène, pardon le travail scénique, de X, et le pot « de rigueur » (comme disent nos Américains), qui en est la suite.

Le double chiffre (100/ 0) interpelle.

Je n’ai pas la réponse, mais j’ai la question.

101.

« Blogger’s Pride ».

JC dit: 30 juillet 2013 à 7 h 21 min

Je verrai bien un pot conséquent offert par la taulière en remerciement de nos efforts !

Dans un cinéma désaffecté, par exemple …

JC dit: 31 juillet 2013 à 8 h 19 min

J’attache au mot « hôtesse », un tel poids de lubricité facturable et strausskanienne que « taulière » me paraît bien préférable …
Maintenant, c’est vous qui voyez !

Avon dit: 31 juillet 2013 à 10 h 52 min

Dans ce cas, et si vous aimez vous sentir un tant soit peu prisonnier, je préfèrerais le mot geolière. Mais je finasse, j’avoue.

JC dit: 31 juillet 2013 à 12 h 06 min

Oui, « geôlière » est parfait ! Car je me sens déjà soumis à cet enfermement libre qui guette tout innocent…
(A propos, finasser est connoté péjorativement ce qui est incompréhensible ! J’aime le mot. L’environnement cartésien, grec, logique, ne le tolère que du bout des lèvres. Dommage ! peu comme confondre gourmandise et gloutonnerie…)

JC dit: 31 juillet 2013 à 12 h 10 min

(suite et fin)
Dommage ! finasser/préciser, c’est comme gloutonnerie/gourmandise … Dérives à prévoir.

Il faut bien s’entendre sur le sens des mots, le reste vient tout seul, clair comme l’eau du torrent.

Avon dit: 1 août 2013 à 17 h 46 min

Pinailler serait plus approprié je crois… Et sinon, ne pas oublier la dimension sonore des mots: geolière, ça sonne un peu comme enjôleur.

JC dit: 2 août 2013 à 6 h 57 min

Pour le son, c’est exact.
Pour le sens, l’écart est grand : « enjôleur » a un coté plutôt enfant manipulateur, alors que « geôlière » … ça sens bon le Divin Marquis !

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