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La République Du Cinéma

« Oblivion », mélancolique odyssée

Par Sophie Avon

« Peut-on regretter un lieu que l’on n’a jamais vu ? Une époque qu’on n’a jamais connue ? » se demande Jack Harper dans « Oblivion », qui signifie « oubli ».

On est en 2077 et la terre a vécu l’apocalypse. Les humains ont gagné la guerre contre les Chacals mais les ravages sont tels qu’il a fallu plier bagage. Seuls, Jack Harper et son binôme, Vika, accomplissent une ultime mission avant de partir d’ici 15 jours. Ils vivent sur une plateforme au-dessus des nuages, en liaison quotidienne avec le Tet, monumental satellite  depuis lequel une certaine Sally dirige les opérations, donne les ordres et surveille ses deux derniers missionnaires. Chaque jour, Sally demande des nouvelles à Vika, et chaque jour Vika répond qu’avec Jack, ils forment la meilleure équipe qui soit.  Vika a cependant hâte de quitter la plateforme. Elle rêve d’en finir avec cette atmosphère devenue toxique, avec ce ciel dont la lune a été détruite, laissant une déchirure blanchâtre comme une voie lactée. Jack, lui, foule la terre et répare les drones, ces machine de guerre que les Chacals continuent de pourchasser, et pour lui, chaque jour qui passe est un adieu. Il regarde les décombres du monde qui fut le sien, avant qu’on efface sa mémoire, et quelque chose bouge en lui, persiste à se faire entendre.

Il s’est installé un refuge bien à lui, à l’écart de toute liaison, où même Vika ne peut l’atteindre, une clairière au bord de l’eau où dans une cabane d’autrefois, il collectionne les objets du passé. Il s’allonge sur l’herbe et s’endort au soleil quelques minutes. Puis, bon soldat, il reprend son techoptère – hélicoptère en forme de gros moustique hyper maniable -, et revient sur la plateforme où avec des sourires de vestale, Vika lui fait à manger et l’invite à faire l’amour. Cette vie irréelle en plein ciel n’a rien d’un paradis, à la vérité, tant elle semble factice, taillée dans un rêve publicitaire, mais elle permet des scènes à la fois crépusculaires et cliniques, comme ce bain de minuit dans la piscine transparente, creusée en apesanteur, semblable à un aquarium suspendu.  Tout est trop beau, trop lisse, et imperceptiblement menaçant. Est-ce un songe ou l’envers du réel ? L’envers d’une amnésie qui n’aurait pas  vidé les replis de la mémoire ?

Car la nuit, Jack rêve d’une jeune femme qui lui sourit, et d’une ville, New York, du temps de sa splendeur. Il se réveille en nage. « Peut-on regretter un lieu qu’on n’a jamais vu ? » Quand il demande à Vika s’il lui reste des souvenirs, elle répond : « Notre job, c’est d’oublier… » Il n’insiste pas.

De « 2001 Odyssée de l’espace » à « Terminator » en passant par « Blade Runner » ou même « Matrix », c’est non seulement  la foi en l’humanité plus forte que son propre néant mais aussi la puissance du mental en tant que paysage intérieur, qui offrent au cinéma le terrain le plus fécond. La preuve, une fois encore, avec ce film de Joseph Kosinski, qui se passe très bien de la 3 D et impose pas mal de sobriété à tous les étages. Certes, il s’agit d’un blockbuster – au budget pharaonique -, ce qui ne l’empêche pas d’être métaphysique, traquant l’invisible sans se laisser déborder par les effets spéciaux, l’action ou une mécanique narrative trop complexe. Avec ses fausses pistes et ses paysages dévastés, avec son ciel où veillent des satellites accrochés à l’horizon comme des divinités, il possède une mélancolie profonde à laquelle le visage de Tom Cruise, entre sidération et perdition, fait écho. La belle idée de tenir la mémoire comme  bien le plus précieux de l’humanité  n’est pas nouvelle mais elle est ici utilisée avec une véritable délicatesse – et une espérance tenace.  D’ailleurs, le film devait s’appeler « horizon ».

 

« Oblivion » de Joseph Kosinski. Sortie le 10 avril.

 

 

 

 

 

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commentaires

4 Réponses pour « Oblivion », mélancolique odyssée

La Reine du com dit: 17 avril 2013 à 7 h 56 min

Tom Cruise, quel acteur. Physique, sans économie et pourtant dans la retenue, même s’il n’a jamais été aussi bon que dans le « Magnolia ». Vous avez brossé du film l’essentiel avec une délicatesse caractéristique, néanmoins, quant au résultat final, déception. Dialogues sinistrés, Morgan Freeman sous-employé, à la limite de la parodie, bande son qui donne dans la bluette aspirateur à minettes sans vraie distanciation ironique, scenario amphigourique au lieu d’être profus, lorgnant du côté de « Blade Runner », mais aussi « Solaris » ou « Bienvenue à Gattaca » sans le début du quart du dispositif reflexif attenant à ces trois derniers. Blockbuster, certes. Belles pépées jamesbondiennes, action purement gratuite, muscle – mais bon.
A tout prendre, dans le genre blockbuster, Iron Man et son Robert Downey Jr naturellement déjanté assorti d’une Paltrow aseptisée à souhait me paraît avoir davantage de fraîcheur.

La Reine du com dit: 17 avril 2013 à 8 h 03 min

… Quant à la dévastation, on peut penser aussi à « La Planète des singes » – pas le remake de Burton, celui de Schaffner, avec Charlton Heston.
Une certaine dimension métaphysique vous avez raison est esquissée au travers du décor « suspendu ».

Nahed dit: 2 avril 2014 à 8 h 46 min

Popped in and sprayed Midnight In Paris on my way home from my mionrng run. Didn’t even try it on paper first, I went straight to skin based on your recommendation. Mmm. Loved the opening. Love the segue to the heart notes. Completely enjoying this one. Even the CFO/CTO of the family loves it. But his comment was, do you really need another perfume. He he.Can’t believe they marketed this as a men’s fragrance. It’s both a tad masculine and a tad feminine. It can go either way. They should have just marketed it as a beautiful fragrance for everyone.

Abu dit: 3 avril 2014 à 2 h 10 min

Hi Peggster-No, Victoria has not danced this seosan yet, but she is not injured. She danced The Grand Pas de Deux with Ruben, Queen of the Snow with Garen, and Arabian in Nutcracker’ and is rehearsing 5 of the 6 ballets in Programs 5 & 6. My hands are tied as far as mentioning which ballets and roles, but I will tell you that she has some Muriel-esque’ roles coming up as she is 5’7 with long feet (making her VERY tall on pointe), and a natural flexibilty on the order of Maffre, Guillem, & Lacarra.Hope those hints are helpful. Odette’

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