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La République Du Cinéma

« Party girl », la vie est une fête

Par Sophie Avon

Il est rare que le cinéma s’attache à une femme d’une soixantaine d’année, bien réelle, sans star à l’appui. Dans « Party Girl », on voit tout de suite comment Catherine Deneuve, Fanny Ardant ou Nathalie Baye auraient pu habiter le rôle. Or dès le départ, aucun des trois réalisateurs –  Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis – n’ont voulu de vedette pour valider leur projet. Partant du principe que  la vedette, c’était Angélique Litzenburger, à la vie comme à l’écran,  et que sans elle, il ne pouvait y avoir de film. On peut discuter le principe. Il n’empêche, c’est en l’affirmant jusqu’au bout que ce récit attachant trouve ses propres marques  à la frontière du documentaire et de la fiction. « Nous voulions que les personnages de notre histoire fassent eux-mêmes leur propre récit » disent les auteurs dont l’un d’eux, Samuel Theis est le fils d’Angélique Litzenburger et joue dans le film au côté des membres de sa propre famille.

Angélique a été entraîneuse toute sa vie. A l’heure où la plupart des femmes comme elle ont lâché la rampe depuis longtemps, elle continue de faire la fête et d’accoster les hommes. Y a-t-il un âge après tout pour cesser d’exercer ce drôle de métier ? Mais un de ses anciens clients est amoureux d’elle. Il ne veut plus aller la voir au dancing. Il la veut pour lui tout seul et la demande en mariage. Angélique accepte. Elle va vivre avec Michel (Joseph Bour), prépare la cérémonie, se comporte en ménagère parfaite.

« Elle fait des efforts » dit son fils à ses frères et sœurs. Lui seul sans doute sait exactement à quoi sa mère renonce avec ce mariage. Il sait qu’au fond, elle est une enfant qui veut jouer encore, rester avec ses copines, une fillette qui refuse obstinément de rentrer dans le moule, dans une existence au grand jour, une existence de grands.

Angélique aime la nuit, l’alcool, la cigarette, les fantômes du soir, les rêves à peine esquissés et la communauté surtout, cette solidarité des noctambules qui reculent le moment d’aller se coucher – comme les gosses. Elle est une reine nocturne couverte de  bijoux et de strass sans valeur mais qui brillent dans l’obscurité.

Elle a toujours vécu comme ça et son mariage avec Michel, s’il se présente au départ comme un conte de fées, a peu de chance d’être à la hauteur de sa vie au dancing. D’ailleurs, elle ne voit pas pourquoi il faudrait renoncer à ce qu’elle aime tant, sortir, vivre la nuit. Elle « fait des efforts », oui, mais plus la date des noces approche, plus elle flippe. Avec ses beaux yeux clairs et sa candeur désarmante, elle a du mal à faire semblant.

Construit sur cette ligne simple, « Party girl » – qui a remporté la caméra d’or à Cannes – est le portrait d’une femme qui refuse de grandir, Peter Pan au féminin qui a les rides d’une femme ayant vécu mais l’esprit d’une gamine. Cela ne l’empêche pas au passage de reconquérir sa famille, redevenant mère et retrouvant l’une de ses filles, la benjamine, au point de ressouder ce petit clan hétérogène qu’elle a mis au monde dans cette région de la Moselle, dans ce pays à la frontière où l’on parle à moitié allemand et où tout semble précaire.  Car le film est aussi, dans sa façon de coller au plus près du réel, l’exploration d’un milieu rude que le cinéma montre peu, du moins avec cette frontalité et cette émotion souterraine, et que la fiction, quand elle en parle, a tendance à déguiser. Or rien n’est plus romanesque que cette femme modeste qui assume son âge et fend la vie imperturbablement en dépit de sa fragilité. Le film lui ressemble, avec ses imperfections, avec ce quelque chose de beau et de trivial, de noble et de pathétique.

« Party girl » de Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis. Sortie le 27 août. Caméra d’or à Cannes.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

7 Réponses pour « Party girl », la vie est une fête

JC..... dit: 27 août 2014 à 10 h 51 min

Sans intérêt, à mes yeux simples de bolo provincial … à parier qu’il s’agit d’un film sans aucun intérêt « durable ».

Look type Voici, Gala, Asshole Mag, ! Un film de famille en super 8, pour la famille, aurait suffit … A éviter probablement. Malgré l’enchantement lié à la lecture du billet.

Simon dit: 27 août 2014 à 16 h 55 min

Desproges avait bien raison « Mieux vaut être dévoré par les remords dans la forêt de Forbach qu’être dévoré par les morbacs dans la forêt de Francfort. »

Jacques Barozzi dit: 28 août 2014 à 21 h 27 min

Etonnante Angélique, qui m’a évoqué, plutôt que Nathalie Baye, Catherine Deneuve ou Fanny Ardant, le Christian Clavier du « Père Noël est une ordure », quarante ans après !
J’imagine que cet hommage du fils à la mère vous a été particulièrement sensible, Sophie…

Harfang dit: 30 août 2014 à 18 h 27 min

Même si cela semble être un parti pris des réalisateurs ne pensez vous pas que des acteurs professionnels, en particulier pour le rôle d’Angélique, auraient apporté encore plus de force au film ?

Sophie dit: 30 août 2014 à 18 h 36 min

Le film slalome entre fiction et documentaire, c’est une sorte d’autofiction, habile et attachante, mais qui ne fait pas grand chose de cet entre deux. Des acteurs pro auraient peut-être apporté une transcendance – en même temps c’est Angélique, telle qu’elle est qui est l’atout majeur du film. Bref, ce n’est pas simple…

JC..... dit: 31 août 2014 à 9 h 53 min

Il n’y a pas d’âge pour exercer le métier de « faire la fête facturable » !

On change de clients, c’est tout : on passe du patron du FMI à la file d’attente de l’abattage de chantier…

Anna dit: 31 août 2014 à 14 h 27 min

L’autre matin, sur Inter, la fameuse Angélique était au micro, accompagnée de son fils. Ils étaient touchants. Même si l’ensemble me fait penser à un reportage de la belle époque de « Strip-tease »… A voir, pour se faire une idée (et le morceau de Chinawoman qui habille le teaser est top !)

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