de Annelise Roux

en savoir plus

La République Du Cinéma

Paul Thomas Anderson

Par Sophie Avon

A propos de « The Master »

Dans l’Amérique des années 50, Freddie (Joaquin Phoenix) , marine survivant de la guerre du Pacifique, erre dans une vie où il a tout perdu. Alcoolique, paumé, il rencontre Lancaster (Philip Seymour Hoffman) qui a créé « La cause » et se livre à des thérapies fondées sur l’existence de vies antérieures. « The Master », c’est lui, bien sûr. Rencontre avec Paul Thomas Anderson, barbe mal rasée, yeux clairs, silhouette frêle. 

Qu’avez-vous imaginé en premier, le personnage de Freddie ou celui de Lancaster ?

J’ai d’abord imaginé l’histoire de Freddie : un marin plus à l’aise en mer que sur terre. J’avais imaginé des petites scènes, des vignettes, mais je n’avais pas encore d’histoire jusqu’à ce que le « Master » intervienne…

On comprend bien pourquoi Freddie est attiré par le Maître. Mais pourquoi Lancaster est attiré par Freddie?

C’est drôle parce  c’est l’inverse qui me paraît évident, l’attirance de Lancaster pour Freddie. J’ai plus facilement imaginé ce que le maître voit en Freddie, le peu d’estime, la faiblesse, mais aussi tout simplement un ami avec qui boire et s’amuser et danser… Quand quelqu’un entre dans votre vie, il arrive que vous n’ayiez rien en commun avec lui et pourtant, vous avez l’impression de le connaître depuis toujours. A l’inverse, pourquoi Freddie est attiré par le maître ? Joaquin Phoenix avait remarqué que les soldats erraient de retour du combat, qu’ils étaient tellement habitués à obéir qu’ils se sentaient perdus quand ils étaient privés du besoin d’être guidés.

 

Pas mal de rumeurs ont couru sur votre film et notamment votre rapport à la scientologie. Dans « Magnolia » avec Tom Cruise, et même ici, on pense fatalement aux sectes..

Je pense qu’internet est un nouvel outil qui multiplie les rumeurs et brouille les pistes. Je comprends très bien car moi, quand j’étais jeune, je me racontais aussi plein de choses sur Kubrick ou sur Spielberg et pourtant le net n’existait pas qui amplifie le phénomène… C’est sympa mais c’est souvent non fondé. Mon film ne parle pas de la scientologie et si les gens croient ça, ils vont être déçus. Dieu merci, les rumeurs partent et les films restent…

Est-ce que le Master existe et si c’est le cas a-t-il changé votre vie ?

Oui, le premier nom qui me vient à l’esprit serait celui de Robert Altman que j’admirais infiniment – mais ce n’est pas tout à fait comparable. Un autre de mes maîtres est ma femme qui est aussi la mère de mes trois enfants… Et finalement Philip Seymour Hoffman qui a influencé ma vie. J’ai également eu des relations très fortes avec des hommes plus âgés qui me fascinaient…

Avez-vous eu peur parfois pour Joaquin Phoenix qui pousse très loin sa performance ?

Non je n’ai pas eu peur pour lui, il est acteur et c’est un très bon acteur. Bien sûr on peut avoir l’impression qu’il n’a pas idée de ce qu’il joue, qu’il ne se contrôle pas, qu’il est comme un animal, mais c’est faux. Il est instinctif mais il contrôle tout. Il est intelligent, inventif et insaisissable. Il aime aller dans les zones d’ombre, il aime prendre des risques et flirter avec le danger comme Daniel Day Lewis – et c’est une combinaison assez rare chez un acteur.

Comment dirige-t-on de tels acteurs ?

Diriger est une expression que je n’aime pas car il s’agit surtout d’écrire de bonnes scènes. Si une scène ne marche pas, ça ne marchera pas quelque soit l’intelligence de l’acteur. Après, il faut être très simple dans sa façon de parler à un acteur, lui dire très concrètement ce qu’il doit faire, lui donner son planning, être un bon gestionnaire en somme.  Comme en plus je n’aime pas beaucoup faire de nombreuses prises, je dois gérer l’énergie de mes acteurs, prendre garde à leur combustion…

Au-delà de l’époque qui justifie le traumatisme de Freddie, avez-vous pris un plaisir particulier à filmer les années 50 ?

C’est difficile de dire pourquoi on est attiré par une époque tout comme c’est difficile de savoir pourquoi on est attiré par une femme. Bien sûr on tombe amoureux de ses yeux ou de son sens de l’humour mais ça se passe surtout à l’intérieur. Les années 50, c’est une époque qui me faisait envie à cause des voitures, de la musique – celle qu’écoutait mon père. L’autre jour, j’étais au Louvre et je regardais les salles égyptiennes et je trouvais ça beau mais sans plus, alors que les années 50 m’émeuvent sans raison. Elles me mettent vraiment les larmes aux yeux…

Croyez-vous à l’instar de Lancaster que nous ayons plusieurs vies ?

Oui, j’y crois ! Je l’espère ! En tout cas, dans ce film, je formule de façon positive des idées que j’ai depuis longtemps. C’est pour moi la meilleure façon d’expliquer que face à quelqu’un, parfois, on éprouve des émotions très fortes.

Est-ce facile aujourd’hui de monter un tel projet ou était-ce plus simple dans les années 50 ?

Il n’y a pas de bon moment pour monter un film  et chaque film qui voit le jour, c’est un miracle. J’ai toujours été sidéré de voir comme à chaque fois, on recommence de zéro. Et je n’ai pas la notion romantique qui consiste à penser qu’un film était plus facile à faire hier. Certains grands réalisateurs ont fait des œuvres de commande en espérant que ce serait plus simple et ça ne l’a pas été, alors…

Vous avez utilisé le 65 mm. Comme Kubrick ?

Non, le 65 mm (projeté en 70) est une façon de me rapprocher non pas de Kubrick mais plutôt des films de Hitchcock. Ce format me plaît, sa texture me plaît.

Cette entrée a été publiée dans Entretiens.

0

commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>