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La République Du Cinéma

« Respire » : Mélanie Laurent a du souffle

Par Sophie Avon

« Respire » est le deuxième film de cinéaste de Mélanie Laurent (après « Les adoptés »). Elle l’a adapté d’un roman d’Anne-Sophie Brasme, lu à sa sortie en 2001. Elle avait 18 ans. L’âge de ses personnages. L’âge du lycée et des réputations vite bâties, vite détruites. L’âge des sentiments extrêmes, dans la passion comme dans la trahison. « J’ai fait partie de ces faibles qui se font manipuler par des pervers », dit-elle. L’histoire de « Respire », ce pourrait être la sienne, à peu de choses près. Une gamine, Charlie, qui se lie avec une nouvelle venue, Sarah, laquelle profite de la passion qu’elle inspire pour faire du mal au lieu de rendre l’amour.

A 31 ans, Mélanie Laurent a mis un terme à ses années de lycée avec ce film ovationné à Cannes et au Cinemed de Montpellier dont il a fait l’ouverture. Jamais antidote n’aura mieux porter son titre : « Respire », comme une injonction à être heureux, à laisser derrière soi ce qui entrave et pèse sur les épaules.

Au départ, pourtant, Charlie (Joséphine Japy, toute en finesse) n’a rien d’une victime. C’est une jeune fille de 17 ans, réservée mais pleine de vie et attendant de pouvoir mener la sienne. Sa mère (Isabelle Carré) est une femme malheureuse. Mari volage, prêt à fuir. Et si toute cette histoire avait pris sa source au moment où le mari dit sèchement à sa femme de se moucher alors qu’elle pleure parce qu’il va la quitter ? Charlie assiste en silence à la séparation de ses parents. Elle-même a eu un petit ami qu’elle a congédié faute de ressentir avec lui la passion dont elle rêve. Alors, quand  Sarah (Lou de Laâge, étonnante) débarque dans la classe et s’assoit à côté d’elle, l’existence prend une tournure différente. Charlie tombe sous le charme de cette fille sauvage, libre,  magnifique, si aimante elle aussi – comment imaginer que ce visage d’ange puisse dissimuler un monstre froid et pervers ?

Charlie s’abandonne, aime, et puis ne comprend plus ce qui arrive. Sa nouvelle amie s’est braquée à cause d’un détail. Elle est devenue méchante, sarcastique. Elle la délaisse, se moque, la nargue. Un jour, perdue, Charlie demande à sa mère qui de son côté ne parvient pas à se dépêtrer de ses amours : « Pourquoi tu lui pardonnes à chaque fois ? » « Parce que je ne peux pas faire autrement » répond la mère. Sa fille ne vaut pas mieux, incapable de se défendre des agressions de Sarah, croyant chaque fois que l’amitié est de retour et se fracassant encore et toujours contre l’ironie de celle dont elle est devenue le bouc-émissaire.

Que Mélanie Laurent ait vécu ce genre de bataille ne change rien au fait qu’elle sait filmer les êtres et ce qu’ils ressentent. Un plan magnifique donne la mesure de la tristesse de Charlie dont le cœur pur est un lac de larmes. C’est un plan où les arbres amaigris par l’hiver se reflètent dans la baie vitrée du lycée derrière laquelle les adolescents passent en groupe. Mais tout le récit est une composition ciselée où les détails abondent, où les nuques, les orteils et les corps morcelés sont filmés avec la patience d’un regard aigu et tendre.

Tant de bienveillance pourrait même sembler paradoxal dans une intrigue où la cruauté d’une jeune fille pousse à bout la patience de l’autre, mais non, Mélanie Laurent est capable de filmer les pires hostilités avec une précision qui n’exclut pas la douceur. A Quentin Tarantino avec qui elle avait tourné « Inglorious Basterds », elle a piqué l’idée de mettre de la musique sur le plateau pour que chacun se réjouisse d’être là le matin. « Je veux rendre la parole à ceux qui souffrent. Parce que de toute façon, après, quand on grandit, on se rend compte qu’on n’est pas obligé de choisir entre être une victime ou un bourreau… » La preuve, elle a opté pour le plaisir.

« Respire » de Mélanie Laurent. Sortie le 12 novembre.  

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22 Réponses pour « Respire » : Mélanie Laurent a du souffle

Jacques Barozzi dit: 12 novembre 2014 à 18 h 36 min

Oui, les deux jeunes comédiennes sont justes et bien belles à regarder, la narration délicate, mais c’est quand même très léger, léger, léger et la dramatisation finale un peu excessive !
Pas vraiment convaincu…

Arnaud dit: 13 novembre 2014 à 17 h 23 min

Voui, léger, très léger – et la dramatisation finale est à peine moins excessive que celle de Carrie. Le tout m’a paru tout de même extrêmement manichéen. « Respire » ne m’a happé que lors des scènes de groupe, au lycée, en famille, entre amis – autant de respirations, justement, d’une rare justesse.

Jacques Barozzi dit: 13 novembre 2014 à 18 h 53 min

En revanche, le film de Jean-Pierre Améris m’a bouleversé, au-delà de mes raisons personnelles d’enfant de sourds muets. Dans un genre différent, sainte Isabelle Carrée mérite le César d’interprétation féminine : elle exprime son personnage avec le corps, le visage et les yeux ! Tout comme la jeune Marie Heurtin qui, outre le fait qu’elle est sourde et muette est également aveugle, et mérite le César du jeune espoir féminin ! Un film expressionniste tout en émotions ! Un mix de « L’enfant sauvage » de Truffault et de « Thérèse » d’Alain Cavalier…
https://www.youtube.com/watch?v=yOBcLkZZeRo

ueda dit: 14 novembre 2014 à 12 h 53 min

Jacques, les césars, c’est du pipi de chat et, de toute façon, ce n’est pas à vous de les décerner.

Vous me décevez de plus en plus.

Snoopy dit: 14 novembre 2014 à 15 h 51 min

Barozzi, si vous tenez absolument à commenter, essayez au moins de trouver quelque chose d’intéressant à dire.

Jacques Barozzi dit: 14 novembre 2014 à 17 h 23 min

Les usurpations de pseudo, je n’y crois pas trop, ueda. Je crois plutôt que vous vous en servez pour prétendre que vous n’avez pas dit ce que vous avez dit. C’est lâche.

Jacques Barozzi dit: 14 novembre 2014 à 17 h 28 min

Le 17 h 23 min n’est pas de moi.
C’est pas bien de pirater le blog à Sophie, il y a déjà peu de commentateurs et à ce compte, il n’y en aura bientôt plus !

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