de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Rêves d’or », route de plomb

Par Sophie Avon

 

S’il y a bien une chose remarquable dans «  Rêves d’or  », c’est la façon dont l’Espagnol Diego Quemada-Diez est toujours du côté de ceux qu’il filme, ces enfants d’Amérique centrale voulant gagner le paradis californien. Or, rien n’est plus difficile que d’être au plus près de ses personnages. De ne jamais les lâcher, quitte à les conduire sur une route mortifère. De les filmer ni en surplomb ni par en dessous, de ne pas les mignardiser, sans faire non plus du misérabilisme. De ne pas se payer sur la bête – mais de rendre compte avec la rigueur d’un documentaire et la liberté d’une fiction de ce que c’est, aujourd’hui, dans notre monde globalisé, d’avoir 15 ou 16 ans et d’être tellement pauvre que le seul espoir de survivre soit de passer les frontières.

«  Rêves d’or  » – dont le titre original est «  La Jaula de Oro  » («  La Cage dorée  ») – tient ce pari sur toute la ligne, sans jamais s’autoriser autre chose que le portrait de ces trois gamins, une fille et deux garçons, juchés sur des trains de marchandises ou à travers champs, et se métamorphosant peu à peu au fil du chemin.

L’un des deux garçons, un Indien du Chiapas nommé Chauk, ne parle pas espagnol. Il respire la bonté et l’amour de la nature, aime bien la tendre Sara qui, elle, vient du Guatemala. Tout comme son petit ami, Juan, un dur qui rejette Chauk, passe son temps à essayer de se débarrasser de lui, mais finit par comprendre qu’ils sont trop démunis pour ne pas être solidaires. Leur odyssée est terrible. C’est ainsi dans la vraie vie : on y meurt, on y est torturé, volé, battu. Peu en réchappent et, même alors, après plus de 10 000 kilomètres à travers le Mexique, quand les États-Unis ne sont plus qu’à quelques mètres, on peut encore se faire tirer dessus par des milices yankees.

Diego Quemada-Diez estime que la réalité sociale en Amérique latine est telle que le cinéma se doit d’être engagé. Il a tourné durant six semaines et demie avec ses jeunes acteurs recrutés sur le terrain. Il voulait que le trio fonctionne par opposition car s’ils vivent tous la même galère, ils ne portent pas un regard semblable sur le monde. La route viendra à bout de leur innocence. C’est ce film qui est d’or.

« Rêves d’or », de Diego Quemada-Diez. Sortie le 4 décembre.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaire

Une Réponse pour « Rêves d’or », route de plomb

Jacques Barozzi dit: 7 décembre 2013 à 19 h 38 min

Je m’étais gardé ce film pour la fin. Après la comédie bobo et le film d’auteur introspectif, là on est en plein néoréalisme : mais en couleur et transposée d’ Amérique latine d’aujourd’hui. C’est un grand film pour un grand sujet et je ne saurais mieux dire que ce qu’en a dit Sophie : vraiment à voir !
Après çà, on se dit que l’on est des enfants gâtés, dans tous les sens du terme…

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