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La République Du Cinéma

« Star Trek », le temps de l’innocence

Par Sophie Avon

Comment  réaliser un film d’aujourd’hui, sophistiqué, muni des technologies les plus modernes, sans perdre  la fraîcheur de la série dont il est adapté ? Capable de restituer ce monde pré-numérique – les années 60- dans ce qu’il avait encore d’ingénu sans renoncer au formidable progrès d’effets spéciaux spectaculaires, Imax, 3D et compagnie?  Et Dieu sait si « Star Trek into darkness » compte de multiples séquences cataclysmiques, sauts dans le vide, incendies, batailles en plein ciel, vaisseaux émergeant des eaux ou éventrant les villes, navettes spatiales pénétrant dans le silence cosmique… Mais à l’instar de l’ouverture du film où le capitaine Kirk fuit à travers une forêt de végétation rouge,  poursuivi par des indigènes, quelque chose d’innocent se dégage du récit, une énergie propre à un temps révolu.

Dans une époque où les blockbusters sont devenus complexes et crépusculaires, se faisant archivistes d’une planète dévastée par le terrorisme et dépassée par les intrications de la géopolitique, « Star Trek into darkness » offre au contraire une intrigue limpide et des enjeux circonstanciés. Bien sûr, le spectre du 11 septembre rôde, mais le clin d’œil contemporain et le chaos toujours possible n’empêchent pas le scenario de restituer l’esprit d’une décennie triomphante, toute à son rêve futuriste, et dont les fantasmes spatiaux temporels sont encore de l’ordre de la féérie.

Déjà aux commandes d’une adaptation de la série en 2009 – et bientôt responsable d’un nouveau « Star Wars »- J.J. Abrams fait avec cette vitalité d’avant le numérique et l’ère digitale. Ses héros ressemblent à ce qu’ils sont : le capitaine Kirk (Chris Pine) dont l’ovale parfait et les yeux lagon  reflètent la fougue et la bravoure, Spok (Zachary Quinto), moitié humain, moitié vulcain, dont le sang-froid, la rationalité et l’esprit de synthèse n’empêchent pas l’émotion puisque sous des dehors froids, il n’est jamais indifférent – la vie parmi les hommes lui ayant appris l’amour et la possibilité d’être bouleversé.

Face à eux, l’ennemi a un visage de traitre et frappe impitoyablement. Il vient du futur – alors qu’on est en 2259 – et s’il est maléfique, c’est notamment dans sa capacité à semer la zizanie dans la tête de Kirk. Lequel est en deuil de son mentor et père spirituel, aspire à la vengeance, n’écoute que son affection, se voit prêt à tout sacrifier à sa justice personnelle, y compris sa propre vie. Spok est là, bien sûr, pour lui rappeler ce qu’il est bon de rappeler à chaque membre d’un état démocratique : qu’il n’est pas de justice sans procès, ni de puissance sans cohésion collective.

Il n’est pas non plus de nation sans élan commun et celui de Star Trek repose sur son espérance en des jours meilleurs. C’est un monde prêt à se battre, mais il est innocent car il a fondé son énergie sur la pérennité de l’humanité et le bonheur des générations futures. Qu’importe que la mort surgisse, le renouvellement de la vie est plus fort et le processus vital, à la fois simple et sophistiqué, demeure une source d’espérance. C’est un monde qui n’abdique pas sa confiance. Il a été ébranlé, blessé, attaqué – mais il croit toujours en ses héros et sait que son salut est dans la transmission.

Si bien que « Star Trek into darkness » peut crouler sous les effets, le spectacle et les acrobaties du genre, c’est d’abord une œuvre sur la filiation et la puissance de la généalogie. Cela tombe à pic : on attend la suite.

« Star Trek into darkness » de J.J. Abrams. Sortie le 12 juin.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

3 Réponses pour « Star Trek », le temps de l’innocence

gilllesP dit: 22 juin 2013 à 14 h 11 min

je m’attendais a un vieux startrek revisité et ennuyeux.
comme tout ces duplicata de nos vieilles series télévisuelles.
votre article me donne envie d’aller voir ce film ce soir .
merci sophie

avon dit: 23 juin 2013 à 23 h 06 min

Ah tant mieux Gilles! Je trouve le film vraiment intéressant. Vous me direz quand vous l’aurez vu ce que vous en avez pensé.

vcstrois@voila.fr dit: 26 août 2013 à 14 h 13 min

Tout a fait d’accord avec vous pour souligner que le film apporte une bonne dose d’espoir. A la fin, on a presque envie de partir explorer l’univers. Une société qui rêve et se projette vers l’avenir, c’est assez réjouissant. Trop de scènes d’action pour remplir le film d’effets malgré tout, selon moi.

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