de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Stoker », l’ange et le démon

Par Sophie Avon

Pour sa première incursion hollywoodienne, le Sud-coréen Park Chan-wook  filme une histoire de Wentworth Miller (l’acteur de Prison Break) qui n’est pas sans rapport avec ses films précédents – autrement dit suffisamment tordue pour que les studios pensent à lui.

Une histoire de famille et de vengeance, d’amour et de haine, d’innocents et de monstres où brille un casting inattendu : Nicole Kidman, Mia Wasikowska et Matthew Goode. Expert en cruauté,  Park Chan-wook n’a eu qu’à radicaliser son style tout en euphémisant sa manière pour faire d’un suspense hitchcockien une sorte de monument gore et sensoriel.

S’attachant à de menus détails plutôt qu’à l’action, subjectivant sa mise en scène, comme si le spectateur était partie prenante de ce qui occupe l’esprit de la jeune India (Mia Wasikowska), restituant un monde de mouvements infimes où la moindre intrusion est vécue comme une violence, Park Chan-wook avance par éclats et par associations visuelles comme dans ce très beau plan d’India brossant les cheveux de sa mère Evelyn (Nicole Kidman) lesquels se transforment en longues herbes et la conduisent ainsi à son père, Richard, dans un paysage de prairie où elle avait l’habitude de chasser avec lui.  Passer de la mère au père, est-ce donc tiré par les cheveux ? La preuve par l’image.

India Stoker a 18 ans. C’est une ado secrète qui chuchote : « Je perçois des choses que personne n’entend, que personne ne voit… » Dans les arbres, elle découvre une boîte à chaussures que son oncle Charles (Matthew Goode) lui a envoyée pour son anniversaire. Le père, lui, vient de mourir dans un accident de voiture. Et ce jeune oncle qui débarque, elle ne l’a jamais vu. Il est beau et la ravissante Evelyn ne serait pas contre l’idée de se réfugier dans ses bras. Elle croit que l’amour est plus fort que la mort et le plaisir plus solide que la tragédie. Elle se trompe bien sûr. On n’est pas dans une romance, et Charles a la séduction des monstres. India le sait, le devine, le sent. Pour autant, peut-elle y résister ?

Au piano, elle regarde une araignée s’approcher. Park Chan-wook la filme en très gros plan comme il filme en très gros plan les insectes de la prairie, du temps où le père était vivant et apprenait à sa fille à tirer à la carabine, allongé avec elle dans les buissons en surveillant le gibier. Le gibier a changé, mais c’est encore et toujours une histoire de proie. Une affaire de chasse.

Tenu de main de fer par un obsédé du détail, « Stoker » (du nom de la famille mais aussi du créateur de Dracula) tient à la fois du ludique et de l’horreur, de l’ange et du démon. Du coup, il a tendance à monter en épingle des enjeux formels plus que la vérité de ses personnages. Lesquels ne sont pas sans intérêt néanmoins : la mère séductrice et perdue, sa fille aux aguets, à la fois rétive et pure, et cet oncle qui dit-on, ressemble au père, figure de revenant et de double, de fantôme et d’éternel jeune homme…

Le film a d’évidentes qualités, à commencer par cette ambiguïté planant au-dessus du genre, si bien qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre jusqu’à la résolution finale – même si on devine assez vite ce qui se joue. Chic, élégant, vénéneux, tenu quoique extravagant dans l’ampleur du retournement, il dispense un plaisir d’esthète sans pour autant égaler la puissance d’ « Old boy » – dont les excès mêmes étaient des morceaux de bravoure. Passé à l’ouest, le cinéaste ne s’est guère assagi, mais il a noué sa cravate et avance à pas de félin dans le monde d’Hollywood. Ses leurres et ses chimères, il les connaît par cœur sans les avoir jamais pratiqués, c’est ce que dit son cinéma scintillant et morbide à la fois.

Rien n’interdit non plus d’y voir, au-delà du récit d’initiation et de deuil, une attaque aux clairons de la cellule familiale. L’amour toxique est encore de l’amour, et celui des films de Park Chan wook semble sans limite.

« Stoker » de Park Chan-wook. Sortie le 1er mai.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaire

Une Réponse pour « Stoker », l’ange et le démon

Ly dit: 7 mai 2013 à 21 h 27 min

Pour ceux qui ont vu ‘Old Boy’ je vous assure que Park Chan Wook est juste un réalisateur exceptionnel, sera t-il garder tout son savoir faire dans une production américaine ?
Il faut y aller juste pour valider ce fait, et pour ceux qui ne le connaisse pas, absolument voir Old Boy

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