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La République Du Cinéma

« Tel père, tel fils », apprendre à aimer

Par Sophie Avon

Si « Tel père, tel fils » a la même trame que « La vie est un long fleuve tranquille », il y a un monde entre le film de Kore-eda et celui d’Etienne Chatillez. Au fond, ce n’est pas tant le genre qui les sépare qu’une façon de filmer la vie dans ses creux pour le Japonais quand le Français n’en saisissait que les excès. Certes,  « Tel père tel fils » n’est pas une comédie. On y sourit pourtant, mais la détente est toujours de courte durée car le récit se déploie sur le fil, vacillant comme ces parents  dévastés à qui l’on a annoncé que leurs enfants n’étaient pas de leur sang, qu’un échange avait eu lieu à l’hôpital, six ans avant.

Comme chez Chatillez, nous avons d’un côté la famille Nonomiya dont le père, Ryota, est un architecte brillant. Midori, sa femme, a démissionné du cabinet où l’on déduit qu’ils se sont connus. C’est elle qui a élevé le petit Keita dans une maison meublée avec goût et tenue avec ordre – « on dirait un hôtel » disent les visiteurs.  L’enfant est d’une sagesse exemplaire, mignon comme un cœur avec des yeux tels des diamants noirs. Son père tient à ce qu’il fasse du piano et Keita, bien qu’il ne soit manifestement pas doué pour ça,  n’a de cesse de vouloir lui faire plaisir. Il s’applique donc régulièrement devant son clavier.

De l’autre côté, la famille Saiki est modeste et vit en banlieue dans une maison sans charme prolongée par une boutique. Le père, Yudai, est un petit commerçant ne se cachant pas de remettre au lendemain ce qui peut attendre. Mal fagoté, enfantin, il est toujours prêt à faire une blague. Ses trois enfants l’adorent parmi lesquels Ryusei, l’alter ego de Keita. Dans le parc de jeux où les deux familles se retrouvent, Yudai joue avec les gosses sous le regard bienveillant des deux mères. Ryota, lui, cherche à savoir comment il pourrait garder  Keita tout en élevant Ryusei. Mais il est clair que très vite, aucun arrangement ne s’avère possible. Il va bien falloir se colleter avec la seule question qui vaille : être père, c’est quoi? Est-ce avoir donné la vie ou s’être occupé d’un enfant?

La question vaut deux fois pour Ryota dont le travail l’a toujours empêché de passer du temps avec son fils.

En guise de préparation à l’échange auquel les parents semblent se résigner, les deux petits garçons sont envoyés respectivement dans l’autre famille.  Keita se demande pourquoi il doit aller passer le week-end chez des gens qu’il connaît à peine. « C’est une mission, lui explique Ryota, pour te faire devenir adulte… » Il ne croit pas si bien dire, lui qui à travers cette expérience de séparation va apprendre à peu près tout de la paternité – et de la filiation. C’est l’une des grandes beautés du film que de saisir la montée du sentiment chez un homme mal disposé à l’amour, plein de rancœur vis-à-vis de sa propre enfance et dont la trajectoire n’est faite que d’apparences et de signes extérieurs de richesse.

Progressant avec douceur, Hirokazu Kore-eda déroule une œuvre subtile dont les enfants sont les aiguillons d’autant plus vulnérables qu’ils sont en même temps les jouets des adultes. Sans concessions pour la société japonaise mais touchant à l’universalité des relations familiales, le cinéaste procède par touches poétiques sans jamais quitter sa ligne et retombant sur ses pattes, en gracieux acrobate, après avoir tranquillement exploré les coins et recoins de l’amour d’un père.

Allant de la complexité du sujet à la limpidité de l’enfance, rassemblant une mosaïque qui jamais ne s’éparpille tout en prenant le risque de perdre le motif général,  « Tel père tel fils » est une magnifique méditation dont la sensibilité enregistre les mouvements les plus infimes et les plus intimes. Le jury du dernier festival de Cannes, présidé par Steven Spielberg,  lui a offert son prix.

« Tel père, tel fils » de Hirokazu Kore-eda. Sortie le 25 décembre.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

8 Réponses pour « Tel père, tel fils », apprendre à aimer

Jacques Barozzi dit: 25 décembre 2013 à 11 h 31 min

Au moins deux bons films à voir cette semaine !
Mais peut-on « apprendre à aimer » sans quelques dispositions de départ ?

candie dit: 25 décembre 2013 à 22 h 17 min

Tel père Tel fils ; un peu encombrant en ce 25 décembre. J’y verrai plus clair à l’épiphanie. Horace me guide jusque-là.

JC dit: 26 décembre 2013 à 11 h 43 min

Ahaaha ! Ehehe ! Ohohooooh ! … J’adore la naissance d’une « œuvre subtile » qui sort, reconnaissons-le tous ensemble, « tous ensemble, ouais ! » du « ventre fécond » du « plus vieux poncif du monde  » : l’Echange de Loupiots !

u. dit: 26 décembre 2013 à 18 h 02 min

Je ne manquerai pas de voir ce film!

Je suppose que le titre français est ironique, puisque le fils ici n’est pas le « même » du père?

En japonais, le titre signifie « Et on devient père » (soshite chichi ni naru), ou quelque chose comme « après quoi, papa » (le sujet du verbe n’est pas précisé), ce qui met davantage l’accent sur la rupture.

Jacques Barozzi dit: 27 décembre 2013 à 18 h 29 min

Là, j’y ai trouvé mon compte. Beau film tout en finesse, subtilité et tendresse pour cette version nippone de « La Vie est un long fleuve tranquille ». Le jeu des enfants interchangés est notamment remarquable…

Jacques Barozzi dit: 28 décembre 2013 à 18 h 42 min

J’ai bien aimé « Don Jon », une version contemporaine et américaine du Don Juan, c’est, formellement, bien mieux que le dernier opus de Scorsese…

Michelle dit: 1 avril 2014 à 20 h 40 min

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