de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Terre battue »: fin de partie pour un père et son fils

Par Sophie Avon

Cette « Terre battue » pourrait bien être autre chose qu’un simple court de tennis. Un territoire de guerre, zone d’affrontement où se jouerait à la vie à la mort les enjeux du réel. D’ailleurs, à la base du beau film de Stéphane Demoustier, grand frère d’Anaïs, il y a un fait divers où un père, prenant trop au sérieux la réussite tennistique de son fils avait fini par provoquer la tragédie. Le cinéaste s’est méfié de ce que l’affaire avait de trop édifiant, il l’a réinterprétée, s’en est éloigné, l’a mise aux dimensions de sa fable : impitoyable et morale.

Ici, ce n’est pas un père qui veut que son fils réussisse, mais un homme au chômage qui voudrait bien réussir lui. Il s’appelle Jérôme Sauvage (Olivier Gourmet) et vient d’être licencié de la grande distribution. Or, les supermarchés, il adore ça. Il les a dans le sang. C’est ce qu’il explique à sa femme, Laura (Valeria Bruni Tedeschi) : « J’aime ça quand les parkings sont pleins, quand les gens viennent, j’aime ça, ça m’émeut… »  Alors, il ne se laisse pas abattre et prévoit de rebondir en ouvrant un commerce dédié à la chaussure. Sa passion du produit, proche du fétichisme amoureux, dit ce qu’il en est de sa relation avec Laura, laquelle ne sait plus où ranger les escarpins que lui offre son mari et manifeste à son endroit une certaine lassitude. Mais Jérôme ne veut pas voir. Pas plus qu’il ne veut voir ce qu’il en est du centre d’intérêt de son fils, Ugo, petit garçon de 11 ans qui joue très bien au tennis et pourrait bien intégrer Roland Garros s’il gagne les matches en final.

Jérôme n’a pas l’air de prendre cela très au sérieux, il met son fils en retard à ses entraînements et, de façon claire, le cinéaste met en rivalité, voire en opposition œdipienne, le parcours  parallèle du père et de son fils. Mais cette rivalité, sans cesse reformulée sur le terrain du jeu – et c’est là où le film va plus loin et trouve sa ligne -  aboutit à un conflit moral où cette fois, on ne joue plus : l’amour entre un père et son fils trouve enfin son prix au moment où la réussite fantasmée des deux se heurte de plein fouet à la réalité. Évidemment, cela se paie au tarif fort.

Progressant avec justesse, enchaînant des situations toujours simples et concrètes, le film s’ancre dans le Nord de la France, au cœur d’un paysage assez peu glamour mais dont Stéphane Demoustier fait un décor à la hauteur de ses personnages : des s