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La République Du Cinéma

« Tokyo fiancée » : du goût pour le Nippon

Par Sophie Avon

 

« Ni d’Eve ni d’Adam », le seizième roman d’Amélie Nothomb, raconte l’histoire d’Amélie, 20 ans, qui rêve d’être japonaise tout en sachant ce qu’elle est, une Belge dont le début de vie nippon, conséquence d’un père diplomate, ne suffit pas à justifier cette obsession. Mais il faut bien qu’un écrivain puise ses névroses quelque part et Amélie, jeune fille en quête de fiction, trouve dans son désir d’identité de quoi donner une route à son destin. Elle trouvera même davantage au mont Fuji, une sorte d’extase qui lui fera dire : « J’ai su ce jour-là qu’on allait voir ce qu’on allait voir ».

En adaptant ce roman sous le titre de « Tokyo fiancée », Stefan Liberski – lui même fin connaisseur du Japon -  a voulu faire de l’héroïne qu’interprète Pauline Etienne, une sorte de Jean Seberg d’aujourd’hui. Certes, on n’est pas dans « A bout de souffle » mais le cinéaste saisit cet état de liberté d’une jeune fille toute puissante en terre étrangère. Il filme aussi une ville lumineuse, Tokyo, dont il renforce la palette de couleurs : arbres verts, fleurs carmin, pull rouge, veste écossaise, soleil d’été. Amélie donne des cours de français pour gagner sa vie et parfaire son japonais. Elle rencontre Rinri (Taichi Inoue), son premier et unique élève qui nourrit pour la culture francophone à peu près la même fascination qu’Amélie pour le Japon. Ils sont faits l’un pour l’autre, en somme, et leur amour ne tardera pas à arriver même si la jeune fille précise qu’elle a seulement du goût pour lui.

Le reste du temps, elle écrit et jette ses feuilles après les avoir froissées ce qui donne lieu à une jolie scène où les boules de papier retombent comme des flocons de neige. Le récit entretient cette tonalité où la joliesse tient lieu de poésie, car malgré sa délicatesse, il lui manque une nécessité de fond, quelque chose de plus fragile, de plus risqué, de moins assuré de sa grâce. Cela n’empêche pas de bons moments, notamment une scène de repas où Rinki disparaît en cuisine et où Amélie, face aux amis de son fiancé, comprend qu’elle doit parler pour que ses invités mangent. C’est d’ailleurs grâce à Rinki, à son étrangeté douce et presque inquiétante, que le film tire sa meilleure part. D’abord quelque peu dissimulé, il apparaît peu à peu tel un amoureux infaillible qui emmène sa fiancée sur l’île de Sado, lui offre des kakis et insiste pour qu’elle l’épouse.

Le retournement final dont on ne dira rien, accroît le relief soudain que prend le film.

« Tokyo fiancée » de Stefan Liberski. Sortie le 4 mars.

 

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

3 Réponses pour « Tokyo fiancée » : du goût pour le Nippon

xlew.m dit: 7 mars 2015 à 13 h 03 min

Je crois que l’Amélie du film (j’aime bien la romancière qui, elle, sait tenir un pinceau calligraphe) s’emmêle un peu les crayons (comme la chanteuse – je ne sais pas si vous connaissez l’auteure du « Porte-plume » ?)
C’est ‘mignon’.
Mademoiselle Poulin avait déjà donné le goût du Ponant aux japonais, ce film donnera peut-être l’envie d’aller tâter de « l’équivalent-Montmartre » au Japon à plein de Français.
Juste rebours des choses.
Pour être franc, la bande annonce me fait penser non pas à Jean Seberg mais plutôt aux Juliette et Anne (Berto et Wiazemsky) du film le plus amusant de Godard, La Chinoise, peut-être à cause de la casquette de garde rouge que porte Pauline Etienne.
It’s 1967 all over again…
Une actrice qui rappelle d’ailleurs par moments, à mon avis, un peu le jeu de Binoche dans « Rendez-vous d’André Téchiné.
Ou au film de Olivier Assayas, « Laissé inachevé à Tokyo » tourné en 1982.
L’histoire d’une jeune écrivain également, qui croise un autre romancier, sans jamais qu’on sache si leur rencontre est réelle ou l’effet d’un rêve commun.
Le Japon n’avait qu’un rôle cosmétique dans ce film (Assayas s’est magnifiquement rattrapé depuis avec tout ce qu’il a pu nous montrer de son amour de l’Asie sans chiqué ni cliché.)
J’irai sans doute jeter un oeil, la danse d’Amélie en ‘tancho’ (grue sacré au Japon), devant la fenêtre de son appart, me séduit beaucoup.
Mais attention aux symptômes de l’agueusie, n’est-ce pas.
Toujours pareil, se mettre en condition avant le voyage, kurafuto bira et Junmai-daiginjō-shu, s’il vous plaît, garçon (ou ‘monsieur’, comme on dit maintenant.)
Kampaï à tous.
Tonton xlew.

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