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La République Du Cinéma

« Toni Erdmann » : Papa was a rolling stone

Par Annelise Roux

Mon Dieu, pourquoi vous avoir abandonnés ?
Pas le cas. Le fait de laisser la bride sur le cou de surcroît n’est pas dépourvu de bénéfices collatéraux. Quelques Erdéciens réguliers ou adeptes occasionnels de RdC n’ont pas hésité à se saisir de la barre, proposant d’embarquer sur leurs ponts : qu’ils soient remerciés ici de leur amour du cinéma.
Le medium de la toile permet une mise en abyme étonnante, ouvrant la possibilité de traverser le miroir, lire son lecteur selon le principe de « l’arroseur arrosé » cher à la plasticienne Sophie Calle, ce qui est d’une grande saveur.

Maren Ade, née en 1976, a fait sensation à Cannes cette année avec « Toni Erdmann ». Un professeur de musique à la retraite (Peter Simonischek) déboulait en roue libre chez sa fille Ines (Sandra Huller), a priori mieux organisée. Perpétuelle nécessité d’être performant, vs contre-performance connotée subversive. Perruque Chewbacca et dentier furent invités à gravir le tapis rouge. Il se murmurait avec un soupçon d’intentionnalité, de sexisme ambigus à interpréter qu’il serait bon d’accorder la palme à une jeune femme, après tant de vaches maigres de ce côté. La précédente était Jane Campion, primée en 1993 : statistiquement les femmes auraient-elles moins de talent en proportion ? On touche aux bornes des déductions chiffrées, et il faudra tôt ou tard élucider les raisons de cette brillante absence comme s’interroger sur la pertinence d’une élection en quelque sorte envisagée eu égard à une parité forcée.
L’éventuel couronnement de l’Allemande ayant été opportunément évoqué, c’est le Britannique Ken Loach comme on le sait qui a emporté l’or avec « Moi, Daniel Blake » : manière d’assurer le coup sans risque – l’auteur a du métier, son cinéma social forait ante Brexit dans une veine réputée digne de considération et suffisamment tranchée pour être lisible – ou refus de sacrifier in fine un talent confirmé à la génération montante, au ton donné ?

« Toni Erdmann » vient d’être élu film de l’année par la fédération internationale de la presse cinématographique (Fipresci). La cinéaste se verra remettre son prix à San Sebastian le 16 septembre. J’irai y faire un tour pour vous, et la question n’est pas tant de savoir si c’est mérité, le film se parant d’un vrai charme et le cinéma étant une industrie, on ne le répétera jamais assez, où le divertissement plaisant, la comédie ont légitimement à se voir accorder une place ailleurs que sur un strapontin, qu’une affaire d’exigence globale dans le résultat visé et obtenu, plus loin que l’exemple précis. Tant mieux si la satire sociale est rieuse, du moment qu’elle est révélatrice en soi du monde dont elle veut rendre compte – ce n’est pas le cinéma italien des belles années, du Milanais Risi et de l’homme de Trevico Scola, qui dira le contraire.
Au-delà des diverses tentations de discrimination positive «réparatrice », des inclinaisons étayées ou non pour tel plutôt que tel, d’un népotisme plus ou moins discret et du seul « goût personnel », circonscrit il faut l’espérer en marge de l’appareil critique, quelle est la teneur de ce qui est donné à voir, quelle ambition y est contenue et comment ne pas entendre les grincements de dents de directeurs de salle, d’amateurs chevronnés, de professionnels ou de simples spectateurs commençant à s’inquiéter en aparté « que le niveau baisse », se demandant ce qui serait susceptible de renverser la vapeur ? On ne sait si le film vertical turgescent d’Alain Guiraudie, sur lequel viendra peut-être un billet, celui de Jérôme Salle sur le commandant Cousteau ni l’adaptation du roman de Maylis de Kerangal par Katell Quillévéré programmés sur les écrans français de septembre ou d’octobre apporteront un embryon de réponse.

Première femme à remporter le grand prix de la Fipresci, distinction décernée depuis 1999 parmi les rendez-vous cinématographiques européens qui comptent avec Cannes, Venise et Berlin, Maren Ade, 39 ans, prendra ainsi place aux côtés d’anciens récipiendaires nommés Pedro Almodovar, Jean-Luc Godard ou Michael Haneke : pas de quoi déplaire, au contraire. Ont toujours raison ceux qui discernent, comprennent et aiment en se déliant des influences manifestes ou des coteries, sans se laisser jeter de la poudre ambiante aux yeux. La réalisatrice et productrice  originaire de Karlsruhe envoie des concurrents tels que Jim Jarmusch avec « Paterson » ou Duke Johnson et Charlie Kaufman avec « Anomalisa » au tapis, et cela a davantage de quoi rendre songeur… Pendant ce temps « The Cut », le film d’un autre cinéaste allemand, Fatih Akin (Ours d’or à Berlin en 2004 pour «Head-on » , Prix du scénario à Cannes en 2007 pour« De l’Autre côté », Grand prix du jury de la Mostra à Venise en 2009 pour «Soul Kitchen ») végète depuis deux ans aux oubliettes pour s’être attelé au génocide arménien et n’avoir pas déplacé les foules, son auteur désormais est menacé de mort en Turquie. Là-dessus elle n’y est pour rien ? Ainsi soit-elle.

« Toni Erdmann » de Maren Ade

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136 Réponses pour « Toni Erdmann » : Papa was a rolling stone

Zem dit: 29 août 2016 à 12 h 40 min

Bonne rentrée Annelise, bienvenue chez vous!
Prépa générale avant le rush de jeudi, je viens d’écouter Najat sur FInfo c’est pas elle qui va relever le niveau avec sa dérision à deux balles sur le circonflexe de ‘jeune’.
Je donnerais cher pour savoir où vous étiez pendant ces vacances où vous avez joué la fille de l’air;avec Cyprien Verseux pendant deux mois ?il vient de sortir après un an sous dôme pour s’entraîner pour mars. Je dis ça pour le côté extra-terrestre, j’insiste sur ‘extra’

Emmanuel dit: 29 août 2016 à 14 h 46 min

On prend plaisir sur le moment, Simonishek a le physique de l’emploi, S.Huller l’exaspération filiale pas mauvaise.ça ne va pas plus loin mais déjà pas mal?
Nouveau plan opérationnel des politiques artistiques qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, Annelise.ça finit par passer en solution dans la perf, ça devient compliqué d’acheter des salades qui ont le goût de la pleine terre. On va en manger encore, du beau drame téléphoné par delphine de Vigan, de l’écriture verticale transplantée au cinéma. Maren Ade est dans le fil, avec elle personne ne se tortillera les méninges en dehors des clous. On sait ce qu’on va y trouver, comme on sait ce qu’on va trouver dans le Mauvignier ou le Quignard. Des créneaux identifiés. Pas un problème jusqu’à la mise en perspective évoquée. Akin dont vous parlez, ce qui étonne c’est qu’il peut être lui et faire autre chose. Il a fait des films plus légers que « Cut » ou « De l’autre côté »,je pense à « Juliette in july » où il n’y avait même pas H.Schygulla, son passé mixeur au PBar berlinois n’a donc pas été vain, mais une ambition sans commune mesure !Maren ade, c’est bien mais plus standard .

Jibé dit: 29 août 2016 à 16 h 10 min

Oui, Emmanuel, c’est ce qui m’a fait, après un bon départ, peu à peu m’ennuyer. Ce qui m’intéressai le plus dans ce film c’est son côté reportage sur Bucarest, en pleine tourmente de l’économie mondialisée. Où l’on voit que les Allemands ont investi le marché, loin devant nous. Le spectacle de l’Europe à deux vitesses qui nous est donné à voir ne prête guère à sourire. Ou alors jaune. Et ce n’est pas avec un postiche et un dentier que l’on va pouvoir arranger les choses…

Jibé dit: 29 août 2016 à 16 h 23 min

En fait, dans son papier de rentrée, Annelise, nous parle plus de la cuisine des prix que du film proprement dit ! Finies les vacances, feignasse, au boulot !

Paul Edel dit: 29 août 2016 à 16 h 32 min

Oui Jibé, grande prudence d’Annelise pour se prononcer sur les vertus de ce film.. et ses défauts.. j’ai trouvé que, une fois mis sur les rails de la relation père fille, , ce film devient répétitif, gags téléphonés (je pense à la râpe à fromage qui sent trop le cadeau la laisse du chien offert à la belle sœur dans le film de Bacri et Jaoui « un air de famille », et ça n’en finit plus.)…ça ne bouge pas bcp ces rapports père- fille..et les gags sont lourds avec ces déguisements et perruques… par chance il y a la Roumanie, vue par son adaptation difficile à la mondialisation avec son pétrole et ses usines à vendre……. dans la salle de l »Escurial, pleine, les spectateurs avaient l’air de s’ennuyer un peu. Je me demande si tant de si grands cris d’enthousiasme de la critique à Cannes ne jouent pas contre le film..on s attendait à un pur chef d’œuvre de la comédie..Le pus rigolo est à l’entrée du cinema, sur les portes en verre on a scotché la photocopie de l’article dans les Inrockuptibles jargonannt philosophique .en le lisant ligne à ligne ,on pense alors à une séquence de Nanni Moretti (« journal intime ? » )quand un critique de cinéma pleurniche de honte dans son lit quand on lui relit tout haut son papier.

Eriksen dit: 29 août 2016 à 17 h 05 min

Le film m’a d’abord déçu. Encensé à Cannes par la critique qui en fit la victime du palmarès, il est nimbé d’une aura de film émouvant et drôle qui prépare le spectateur à un film jouissif, … qu’il n’est pas.
Je ne suis pas de ceux qui considèrent les critiques comme des moutons à la solde médias, et donc l’intérêt qu’ils portent à ce film, vu qu’il ne défend ni les femmes battues, ni les noirs, ni les sans-papiers, ni les handicapés, ni les migrants, a quelque chose d’intrigant.
Il y a certes la dénonciation du capitalisme, un bon créneau critique, mais si caricatural que c’est ici plus un fait acquis, un point fixe, qu’une description fine.
Classiquement, Toni Erdman prône le lâcher prise, l’humour, le lien familial, mais rien n’est efficace dans le comique de Toni. On aurait presque honte d’être déjà convaincu de ce qu’il défend.
De même, le scénario est loin des grandes comédies huilées : il hésite, accroche, grince et coince, générant de très nombreux moments de flottement. Sur scène également, femme active et vieux clown semblent ne pas savoir ce qu’ils vont dire ou faire dans les secondes qui suivent, donnant au spectateur la sensation d’un match d’impro un peu poussif.
Bref, rien n’est performant.
Et si c’était çà l’idée? un abandon de la performance ?
Pas simplement la banale performance de la rentabilité libérale, mais aussi toutes les autres. … La performance comique de Toni est médiocre. Ses fausses dents, qu’Inès mettra aussi pour se rendre laide, signe le rejet de la performance esthétique. Lorsqu’Ines chante, accompagné par son père dans une fête où ils débarquent à l’improviste, on sent qu’elle pourrait être excellente mais qu’elle force sa voix pour ne pas l’être.
Toni est loin de « l’individu-décalé -génial-qui déstabilise-les-puissants » que nous montrent les feelgood movie de base, mais qui ne font que remplacer une performance par une autre …

Contrairement à ce qu’indique le synopsis, c’est plus Ines qui cherche son père que l’inverse. C’est elle qui va le voir en premier.
Consciente ou non, Inès souhaite le bordel que Toni génère : il serait sinon absurde que cette golden woman coincée invite son père, esthétiquement brouillon et intellectuellement déjanté, à des soirées d’ambassade où il sera mis en relation avec clients et patrons de la World Company. Outre le ras-le-bol de sa vie, on sent chez elle la nostalgie des blagues et déguisements du Papa foutraque. De l’amour il y en a, et beaucoup. Le père fut moteur, aiguillon, dynamite et réactivité … comme dans les matchs d’impro….
Trop peut-être, pour un véritable équilibre. Lors de la fameuse chanson, Toni est constamment en avance sur Ines, bien qu’elle-même soit déjà très expressive et dynamique. Cela dit quelque chose du volontarisme du père, qui s’est porté sur autre chose que l’ascension sociale. Mais l’espiègle est maintenant pathétique. Parce qu’elle n’est plus jeune, parce qu’il est plus vieux.
La mère, elle, n’est qu’un épiphénomène dans le film, ce qui parle en creux de l’insécurité d’Inès.

Quand cette Inès dynamique et réactive croise la Roumanie « moderne » en pleine frénésie d’occidentalisation, elle rencontre des individus qui se sont engouffrés dans cette fenêtre ouverte sur le « progrès ». Des nouveaux riches ils ont l’absence de pondération et de réserve. Vénéré comme le Messie, ils acceptent tout d’Inès, y compris son boss. Ainsi, la jeune stagiaire est extraordinaire dans son acceptation sans discussion de tout ce qu’on lui indique de faire. Mais elle reste un ange, sensible à l’autre, mais prêtre à téter le lait de la sauvagerie déguisée en progrès, à prendre le train de ce nouveau monde qu’elle pense ne pas pouvoir être pire que celui d’hier.
La fin est ouverte… que va faire la nouvelle Inès sortie de sa chrysalide ?
J’aime bien ce film, finalement.

Annelise dit: 30 août 2016 à 1 h 37 min

Vous êtes gonflé, Jibé. Vous avez du temps libre à revendre et moi une vie en dehors, vous n’imaginez pas ! Fainéantise malheureusement rare, toujours bienheureuse. Vous faites semblant de me tomber sur le paletot alors que si je chronique en détail, vous râlez. Vraie scène d’Astérix en Corse. Continuez plutôt de dire ce que vous inspirent les films, de croiser avec Eriksen dont je ne partage pas la conclusion alors que j’adhère à son idée de la vraie fausse platitude voulue en guise d’effet. Souvent la synergie, avec lui.
Aucune prudence, Paul. Si vous me lisez entre les lignes je m’intéresse en l’occurrence au cycle long, aux tendances, prototypes et modèle économique, pas au particulier. C’est mon côté qui conservera toujours une timidité, un zeste de sauvagerie : je regarde en laissant la chance, jamais blasée ni encombrée par le solipsisme intellectuel de ceux qui savent qu’ils savent, qui sont sûrs. Même au terme d’acquisitions sur un sujet qui me donnent pouvoir, chaque fois comme si j’étais au commencement… je suis capable de défendre bec et ongles un truc qui n’est pas mon genre mais dont je discerne les qualités. Je me place au centre, me réclame d’une intériorité supérieure quand je lis ou que je regarde, mais pas au moment de me prononcer. Un deuxième corps respectueux de ce que les autres font, qui n’est pas la personne privée qui rentre de voyage avec du pain sur la planche – sacrément surmenée, n’en déplaise à notre Baroz – prend le relais… si je m’écoutais, je n’irais pas tant que ça au cinéma. Je marcherais haut, dans les écrins qu’on trouve dans les Alpes, ferais des légumes en Sicile, sur la terre chiche, cuisinant pour les amis en relisant Boulgakov, quelques livres aimés… grappa pour vous en fin de repas et petit verre de malvasia dans lequel tremper un croquet aux amandes pour moi, films en option. Je regarderais des documentaires animaliers, j’adore ça, observant du coin de l’oeil les fumerolles du Stromboli pour savoir quand sortir en mer. Le prudent, c’est celui qui a l’air intraitable pour défendre des broutilles consensuelles mais qui lâche rapidement sur le fond important dès que ça secoue. Je fais l’inverse.

Annelise dit: 30 août 2016 à 7 h 58 min

Pas du tout JC. J’adore le cinéma. Seulement à cause du blog, pour vos beaux yeux, je vais tout voir au lieu de restreindre le champ. Le folklore marketing de la perruque sur les marches m’avait un peu défrisée, j’ai voulu voir quand même si la permanente tenait

Eriksen dit: 30 août 2016 à 8 h 47 min

entre le documentaire animalier (si possible sans voix off) et la lecture de la RDL, c’est le grand écart !

JC..... dit: 30 août 2016 à 8 h 51 min

Je n’adore pas le cinéma comme toi, Annelise, et je m’enorgueillis d’être une faignasse de très haut niveau. J’adore certains films, certains auteurs, en tout petit nombre… de plus en plus petit, avec le temps qui passe.

Jibé dit: 30 août 2016 à 9 h 53 min

Je comprends parfaitement votre blues de la rentrée, Annelise, conséquence directe du goût, largement partagé, de l’été !
On note d’ailleurs une semblable lassitude chez Passou, qui rechigne à aborder frontalement la rentrée littéraire. Et j’ai beau jeu de plastronner, moi, dont les vacances sont encore devant moi, libre de toutes obligations contraignantes ! Mais de fait, je n’ai pas bien saisi si vous aimez ou pas le film que vous avez choisi d’inscrire en premier ? J’ai beaucoup lu et suis peu allé au cinéma durant la belle saison. J’ai apprécié le film sur Stefan Zweig, dont Passou a parlé en votre absence. Moins celui sur Thomas Wolfe, que pour votre part vous nous avez dit avoir aimé. Le Guiraudie, nouvelle coqueluche du cinéma hexagonal, me laisse un peu perplexe, on dirait du Vecchiali abouti ! Même sens du casting et des acteurs improbables, même confusion des sentiments où les acteurs commencent hétéros et finissent par fantasmer sur une bonne bite dans le cul ! De quelle verticalité érectile s’agit-il ? Quels loups désirent-on voir sortir du bois ?

pitié dit: 30 août 2016 à 10 h 16 min

@ »documentaires animaliers, »
on peut y voir des animaux s’entre-dévorant..

@à 8 h 47 min
oui de plus en plus minable le jc de pq
se surpasse en bêtise

JC..... dit: 30 août 2016 à 10 h 53 min

Annelise, tu as volontairement accepté d’ouvrir une taverne « Au blog en 2D, cinéma permanent » : ne t’étonnes pas d’y accueillir ivrogne, séminariste, handicapés de la comprenette, et putains en fin de carrière… That’s life.

Jibé dit: 30 août 2016 à 11 h 48 min

« si je m’écoutais, je n’irais pas tant que ça au cinéma. Je marcherais haut, dans les écrins qu’on trouve dans les Alpes, ferais des légumes en Sicile, sur la terre chiche, cuisinant pour les amis en relisant Boulgakov, quelques livres aimés… »

A quoi rêve Annelise en pleurs ? Courage, là où l’âne est attaché il faut qu’il broute ! On rêve tous d’être toujours ailleurs où l’on est pas…

Jibé dit: 30 août 2016 à 11 h 55 min

Un rêve qui vous rapproche de l’idéal de Jean-Jacques Rousseau, Annelise !

« Faire route à pied par un beau temps, dans un beau pays, sans être pressé, et avoir pour terme de ma course un objet agréable : voilà de toutes les manières de vivre celle qui est la plus de mon goût. Au reste, on sait déjà ce que j’entends par un beau pays. Jamais pays de plaine, quelque beau qu’il fût, ne parut tel à mes yeux. Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur. J’eus ce plaisir, et le goûtais dans tout son charme en approchant de Chambéry. Non loin d’une montagne coupée qu’on appelle le Pas-de-l’Echelle, au-dessous du grand chemin taillé dans le roc, à l’endroit appelé Chailles, court et bouillonne dans des gouffres affreux une petite rivière qui paraît avoir mis à les creuser des milliers de siècles. On a bordé le chemin d’un parapet pour prévenir les malheurs : cela faisait que je pouvais contempler au fond et gagner des vertiges tout à mon aise, car ce qu’il y a de plaisant dans mon goût pour les lieux escarpés, est qu’ils me font tourner la tête, et j’aime beaucoup ce tournoiement, pourvu que je sois en sûreté. »

Sylvain dit: 30 août 2016 à 12 h 23 min

(Le prénom sylvicole qui convient )

A-L, plus dans l’approche sensuelle mate,plus sauvage et isolée que J-J.R. En la lisant je pense au Voyage à Rodrigues, à des récits de Gd Nord. Quelque chose de pur.

Vive la rentrée. Les « putains en fin de carrière » ont plus de métier J.c!

J-B : 9.53 où vas-tu comme ça mon petit? Et s’il y a des enfants sur ce blog????
Relis tranquille, tu vas saisir. Ce qu’il y a à dire sur Maren Ade, bien dit sans dauber entre A-li, Eriksen et P.Edel.

L’Allemande tire les marrons d’un feu moyen pendant que Fatou Akin boit le bouillon politique ! Drôle d’époque. Décadence molle.

Sylvain dit: 30 août 2016 à 12 h 42 min

En tout cas Anne-Lise avec vous on n’est pas dans le ronronnement journaleux ni l’étalonnage sur qu’est-ce qu’il dit le petit copain !

christiane dit: 30 août 2016 à 12 h 49 min

Hum, avoir un père comme cela… très encombrant et très pot de colle, le géant velu ! Je n’ai pas du tout été convaincue par cet amour père-fille, sauf à chercher du côté du Yéti… Mais c’est sympa de lire vos réactions sur ce film.

Eriksen dit: 30 août 2016 à 13 h 18 min

c’est un film assez clivant… non seulement entre ceux qui aiment et n’aiment pas, mais aussi entre ceux qui ne supportent pas le père et ceux qui ne supportent pas la fille.

Jibé dit: 30 août 2016 à 13 h 20 min

On est entre adultes consentants, Sylvain, appelons un chat un chat, comme dans le film de Guiraudie, où finalement on verra le loup !

Jibé dit: 30 août 2016 à 13 h 23 min

Et ceux qui ne supportent plus les deux, telle la grand-mère qui tire sa révérence sans beaucoup témoigner d’estime à sa descendance, Eriksen !
Elle, elle a connu la guerre !

jodi dit: 30 août 2016 à 15 h 11 min

Content de vous retrouver Anne-lise!!!Le film,sympa,facile.Vous dites juste en remontant en amont et en parlant de « défection des ambitions motivée par le modèle macro ».Le gars de l’Archipel(gare de l’est )l’a qualifié de « dégringolade du cinema allemand »;mais OKay avec vous pour dire qu’il faut arrêter avec la condescendence des intellectuels à posture avec le « comique.Jibé tu t’honores en faisant amende honorable! viens pas nous emmxxx Annelise ou tu vas passer un mauvais quart d’heure. Tu vaux mieux dans ce genre de com que quand tu tartines sur RDL sur Avida qui bouffait son chocolat!

jodi dit: 30 août 2016 à 15 h 37 min

…On sait que si Alise veut éreinter la fine gâchette tue au premier coup .Le pouvoir atomique ,ça consiste à ne pas l’utiliser? vous êtes un soldat Witt, Annelise .classe!

Petrus dit: 30 août 2016 à 21 h 21 min

Personne ne m’en voudra, j’espère, de revenir un instant à « Toni Erdman » que je n’ai pas trouvé sans qualités, mais abominablement long ! Quand feu Cimino réalisait des films de trois heures, je n’étais pas contre, j’en aurais bien pris une heure de plus, mais là, ça ne tient pas la durée, même si deux ou trois scènes sont jubilatoires. L’ensemble est répétitif, moyennement bien écrit avec des dialogues sans intérêt. Je me suis pris à rêver de ce que Woody Allen aurait fait d’un tel sujet : une heure et demie, pas une minute de plus, savoureusement dialoguée. Le malentendu vient peut-être de ce que « Toni Erdman » a été présenté comme une comédie. Il ne suffit pas de deux ou trois scène amusantes, d’un déguisement et d’un gag au demeurant assez attendu (je pense aux menottes) pour faire une comédie. Il faut, pour commencer, du rythme. « Toni Erdman » avance tout de même à une vitesse d’escargot. Je ne sais pas comment la réalisatrice a présenté son film ? Ce sont peut-être les médias, toujours prompts à déformer les faits, qui ont parlé de comédie ? Il est dommage de ne pouvoir aborder les scènes que je trouvais jubilatoires sans déflorer l’histoire pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore vue… Disons simplement que l’unique scène de sexe est un grand moment ainsi que le délicieux passa

Petrus dit: 30 août 2016 à 21 h 24 min

Suite : délicieux passage, disais-je, où l’héroïne a des soucis avec sa robe moulante… Ceux qui l’ont vu comprendront. Cela suffit-il à rédimer le film ? Oui, sans doute. Et les deux comédiens sont formidables.
Au fait ? Quelqu’un a-t-il remarqué le faux raccord de la fin ?…

Annelise dit: 31 août 2016 à 3 h 36 min

Petrus, oui ce vrai faux raté voulu instaure une part de malaise, commisération dédaigneuse, gêne… Le mécanisme comique s’enraye, n’a rien de salvateur, revenant à conduire la fille à porter un handicap non homologué, d’autant plus lourd qu’il n’entraîne pas la compassion. Et c’est long… l’usure des gags ferait-elle partie d’un projet décalé volontairement pensé par la réalisatrice? Pas sûre que le billard de « Toni Erdmann » se joue en autant de bandes. La critique du système libéral elle-même m’a paru compter un peu trop sur le prolongement créatif de l’oeil du spectateur, mais je peux me tromper. Peut-être cette façon de l’éjecter d’une drôlerie qui fonctionne, l’obliger à décélération car justement elle ne fonctionne pas est manière de l’emmener à prendre sa part dans le film.
Daniel, à part ce contestable haïku, quid de tout ça ?

JC..... dit: 31 août 2016 à 8 h 54 min

HERACLITE Fragment 113 : « Penser est commun à tous » …. il ne connaissait pas ce malheureux Daniel.

Annelise dit: 31 août 2016 à 8 h 59 min

Eh oui Eriksen, lancer des balles. Mais le chien n’est pas tenu de rapporter. On est heureux lorsqu’il le fait, mais faire le geste pour est autre chose. Ayant l’air de filer la métaphore pour rire, je crois qu’un des véritables problèmes se tient précisément là, dans cette manière insidieuse de peser la demande. Je ne crois pas que les réalisateurs ni les écrivains que je respecte l’aient fait. Ils y vont, ils font ce qu’ils peuvent et disent ce qu’ils ont à dire, cela les travaille et ils bâtissent en quelque sorte par nécessité, pas dans le calcul induit, la pré-appréciation de ce qui pourrait rencontrer l’autre. C’est un débat. Je ne suis pas du tout en train de vous l’attribuer, mais je suis inquiète du raccourci intellectuel que je vois monter, qui consiste à s’adapter, à tâtonner plus ou moins inconsciemment vers un dire qui peut convenir. Et quoi encore?

Annelise dit: 31 août 2016 à 9 h 00 min

Heraclite JC ? Mon Dieu, et si vous alliez vous faire du mal ? L’intelligence tue, vous le savez.

Eriksen dit: 31 août 2016 à 9 h 31 min

à Annelise:
Je ne pense pas que Souchon lance des balles à des chiens, et encore moins des chiennes (ou peut-être à la chienne de vie). Rapporter la balle, ce serait considérer qu’elle appartient à celui qui l’a lancé. Mais l’œuvre n’appartient plus à l’artiste quand il l’a lancé.
Ce n’est pas « peser la demande » que de laisser la place à celui qui écoute ou qui voit.
Et puis, il y a des artistes qui font plaisir à beaucoup de gens dans un temps très court et d’autres à peu de gens sur un temps très très long (le peintre des grottes de Lascaux par exemple). Ce qui compte finalement c’est l’intégrale sous la courbe. Ils se réchauffent de la vanité du présent pour les uns, du futur pour les autres. Et c’est mérité.

JC..... dit: 31 août 2016 à 9 h 46 min

Pas d’inquiétude à avoir sur l’intelligence qui pourrait me tuer, Annelise : je suis intelligent depuis tout petit et, ainsi, très habitué à cette forme de pensée qui m’est familière … Héraclite, en outre, commenté par un Conche n’est pas si Obscur que ça !

JC..... dit: 31 août 2016 à 9 h 47 min

Je ne suis pas certain que le peintre, ou les peintres, des grottes type Lascaux étaient des « artistes »…

JC..... dit: 31 août 2016 à 10 h 13 min

JiBé, un cours ? mais pas du tout! ce sont plutôt que des artistes, des « sorciers » au service des chasseurs, des « chamans », les dessinateurs de l’époque ! Tu crois que « artiste » est le mot juste ?… Fais comme tu veux ! Je garde les miens.

Annelise dit: 31 août 2016 à 10 h 16 min

@10h04, je l’en crois capable : il s’est trahi à 9h46, les voisins vont jaser.
Eriksen 9h31, pas le temps, mais vos points de vue m’intéressent toujours.Votre approche est entachée à mes yeux d’une rationnalité que je ne sais pas être forcément celle des créateurs. Sans doute aurons-nous l’occasion d’en reparler.

Annelise dit: 31 août 2016 à 10 h 22 min

@9h31 : taquin dans la rhétorique, hein? (rebondir sur les termes de la métaphore, me prêtant d’assimiler le lecteur ou le spectateur à chienchien alors que vous savez pertinemment que ce n’est pas ce que je signifie… ah vous êtes habile, dur en affaires quant à la discussion pas vrai?)Mais ce n’est pas remporter la passe d’armes sur les termes qui vous donne raison sur le fond – même s’il ne s’agit pas d’avoir tort ou d’avoir raison. On sent le bon bagage philo chez vous, alors que je n’en ai pas d’équivalent. Mais j’ai l’instinct, qui en est un autre éventuellement pas mal.

JC..... dit: 31 août 2016 à 10 h 28 min

J’ai du mal à croire qu’il faut une « raison raisonnée » pour créer … va falloir préciser le sens de « rationalité » en matière de création !

Eriksen dit: 31 août 2016 à 10 h 35 min

à JC. vous avez peut-être raison sur Lascaux. Et surtout raison que les mots ne veulent pas dire la même chose pour tout le monde.
Mais quand même, ces… disons … « chamans artisans » (car il y a qd même une belle technique et une utilisation intelligente du relief) donnaient à admirer, comprendre, s’interroger en plus de révérer.
regardez la lionne en haut à gauche avec un profil où l’on voit deux yeux. Pourquoi Picasso est un artiste et pas l’artisan de la grotte Chauvet ?
http://la-reine-est-morte.tumblr.com/post/52705885988/panneau-des-lions-grotte-chauvet

Eriksen dit: 31 août 2016 à 10 h 42 min

Quand les artistes pré-renaissance peigne le christ plus grand que les autres personnages, c’est une rationalité. quand les renaissants s’attache à la 3e dimension, c’en est une autre.

Eriksen dit: 31 août 2016 à 11 h 36 min

à annelise: Autant pour moi sur le chien, j’avais mal compris le début du post, mais il faut dire qu’avec le chien, on fait en général le geste pour qu’il la ramène, la balle. Je n’ai qu’un bagage philo superficiel ( Michel Onfray, + Raphael Enthoven + Luc Ferry : des passeurs) plus quelques lectures. Et je répète que ce n’est pas « peser la demande » que de laisser la place à celui qui écoute ou qui voit. Si l’artiste laisse la place, c’est justement qu’il ne donne pas tout à fait ce qu’a envie d’entendre à celui qui l’écoute.

Annelise dit: 31 août 2016 à 11 h 54 min

Vous me titillez alors que je suis sur le départ, Eriksen, mais oui, avec cette autre distinction nos points de vue se rapprochent : jamais considéré non plus qu’un réal, un écrivain aient à s’inscrire en contre ni à tourner le dos à toute demande dans un grand effet de manches pour être crédibles. Je dis très bien pour l’affichette devant soi, ou au-dessus de sa tête derrière le bureau pour tenter de garder sa ligne intelligible – éventuellement j’ai la même, le problème n’est pas là – dans cette discipline intime, ce don tourné vers on ne sait qui ni quoi qu’est la création… cela me gêne davantage que le pannonceau soit brandi y compris symboliquement, de manière implicite (peut-être eux mêmes ne s’en rendent pas compte, tant c’est intégré) par le directeur éditorial ou le producteur qui ont tout autre chose en tête que la délivrance d’une intériorité particulière ou d’une singularité frottée au réel

Annelise dit: 31 août 2016 à 12 h 03 min

Jibé 9h25 j’avais préféré le Saint-Laurent de Bonello à l’autre, Pierre Bergé manifestement non.
Eriksen 10h36 si vous confisquez le fameux tagueule cher à Boudegras pour le retourner à l’expéditeur que va t-il rester au pauvre homme, les yeux pour pleurer?
Lascaux c’est amusant, j’étais témoin de mariage de sa conservatrice Muriel Mauriac, amie de très longue date – croyez-vous que cela m’a donné accès à un quelconque passe-droit, que j’ai pu aller voir en direct comme je l’espérais la salle où les petits taureaux violets bondissent légers comme des papillons? Pas du tout. Cela aurait pu briser une merveilleuse amitié, jusqu’à ce qu’elle me dise qu’elle a été contactée par Mick Jagger, désireux d’avoir la grotte pour lui tout seul. Elle a dû répondre non à cause des levures, ouf. L’histoire ne dit pas ce qu’elle aurait répondu à Bowie? Je connais ses points faibles.

Annelise dit: 31 août 2016 à 12 h 07 min

Cela m’aura évité l’humiliation de la charlotte sur la tête. Délicatesse secrète de sa part, afin de me défendre de moi-même ? Pas avalé le dentier cannois de Simonischeck, décidément.

Eriksen dit: 31 août 2016 à 16 h 53 min

Petrus dit: 30 août 2016 à 21 h 24 min
« Au fait ? Quelqu’un a-t-il remarqué le faux raccord de la fin ?… »
VOus pouvez nous en dire plus? je n’ai rien remarqué pour ma part.

alley car dit: 31 août 2016 à 21 h 23 min

Le ballet de toros, soi disant légers comme des papillons violets, qu’on ne connait que par reproduction grotesque, mériterait un développement circonstancié ; on pourrait le dénommer « sticky dentier / cock sucker blues » … Le marché des maisons de retraite est parait-il florissant
https://www.youtube.com/watch?v=nFvRvSxsW-I

radioscopie dit: 1 septembre 2016 à 18 h 19 min

« NOCTURAMA ». Grand film ! Un coup de poing. Et si on en parlait ici ? 10 mille pieds au-dessus du petit brouillon allemand ici présentée.

Jibé dit: 2 septembre 2016 à 9 h 15 min

Nullissirama, radioscopie ! Un film où l’éthique n’est pas au rendez-vous de l’esthétique et dont on ne comprend pas le sens ?

radioscopie dit: 2 septembre 2016 à 13 h 33 min

Annelise, il y a longtemps que je n’avais vu un film de cette qualité. La narration est parfaite. Toute la partie en extérieur (par opposition à la suivante, cad le huis-clos dans le grand magasin) est une présentation éclatée, par touches, à la façon d’une peinture impressionniste, avec des éléments ci et là qui permettent (sauf à Jibé apparemment) de reconstituer la trame, à savoir ce qui relie ces jeunes fort dissemblables à tous points de vue. C’est, quasiment uniquement avec des images, un parti pris cinématographique qui crée un rythme, une tension, cela implique le spectateur, on sent que le réalisateur mise sur son intelligence, ce qui est devenu rare… Ensuite, dans la partie huis-clos, Bonello nous donne à voir, sans prêchi-prêcha, sans glose sociologique, sans presque rien de dialogues, l’état de malaise de ces jeunes.
Il y aurait beaucoup à dire de ce grand film mais difficile de ne pas trop en révéler.

Jibé dit: 2 septembre 2016 à 15 h 06 min

L’influence de Robert Bresson, « Le diable probablement », au mauvais sens du terme, fait de ces jeunes gens des mannequins, des figurants, tout sauf des acteurs. Le piratage de la réalité actuelle ôte toute signification à ce film. Ces terroristes bon teint, dont l’un évoque le paradis, non rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. On les dirait échappé d’Action Directe, années 1980. On a l’impression, qu’à force de bien-pensance, d’évacuation à tout prix de toutes références à l’Islam, Bonello a vidé la portée du message, s’il devait y en avoir un. Oui, il a fait de belles images et fidèle à lui-même a soigné la bande-son, mais pour l’intelligence, en effet, le spectateur doit compter sur lui seul. J’ai essayé, mais n’ai pas trouvé le point d’accord !

radioscopie dit: 2 septembre 2016 à 15 h 55 min

Pas du tout d’accord avec vous, Jibé. Ces jeunes captés par les écrans et qui cèdent à la fascination des objets de luxe n’ont strictement aucun rapport avec les militants d’Action Directe, moins encore avec la maturité politique dont ces derniers ont fait preuve. Ce sont bien des jeunes de notre époque à qui l’époque ne fait pas de cadeaux. La scène autour des robes de mariée, des bagues de fiançailles est à cet égard exemplaire : leur subversion se brise à la vue de la soie et des émeraudes.
Tant mieux que Bonello n’ait pas fait mention du religieux et qu’il ait mêlé enfants de bourgeois et de la banlieue. Parce qu’il n’est pas dans ce schéma documentaire éculé, Nocturama est un grand film.

Dormann dit: 2 septembre 2016 à 16 h 29 min

@Radioscopie
@J.b
@Eriksen, Paul Edel …
…saluer la qualite de ce blog ‘cinema » emmene par Annelise !
Merci.

JC..... dit: 2 septembre 2016 à 19 h 45 min

Quel changement depuis le remplacement de Sophie Avon par Annelise Roux ! On passe du cinéma de papa au cinéma de maman…

Jibé dit: 2 septembre 2016 à 20 h 23 min

C’est du maniérisme, radioscopie, et qu’elle petitesse de nommer le représentant du patronat dégommé par l’un de nos terroristes en chambre, Estrosi : le nom du maire de Nice, la ville natale de Bonello !

Jibé dit: 2 septembre 2016 à 20 h 27 min

J’ai vu « Le fils de Jean », d’après un roman de Jean-Paul Dubois. Très « qualité française », comme dirait Passou ! Un auteur à suivre…

Dormann dit: 2 septembre 2016 à 22 h 53 min

Ce choix de nom immature ne resume pas Bonnello, si?
@19h45: vous devriez revoir vos categories d Eustache. « Maman » pour le petit cheval fougueux Annelise, vous avez eu de droles de rapports avec votre mere! Nous vous envions. S.Avon, t bonne journaliste.

la chinoise dit: 3 septembre 2016 à 5 h 18 min

radioscopie dit: 2 septembre 2016 à 15 h 55 min
Pas du tout d’accord avec vous, Jibé. Ces jeunes captés par les écrans et qui cèdent à la fascination des objets de luxe n’ont strictement aucun rapport avec les militants d’Action Directe, moins encore avec la maturité politique dont ces derniers ont fait preuve

t’as pas un peu l’impression de donner dans le fanatisme radiomachin?
que de resucées archéonormatives à la Lefort-Daney chez les vieux transistors qui pondent des analyses sans connaître la langue chinois de la notice
au secours!

radioscopie dit: 3 septembre 2016 à 6 h 59 min

Jibé dit: 2 septembre 2016 à 20 h 23 min
Estrosi est plutôt le nom du banquier (HSBC)assassiné.
la chinoise dit: 3 septembre 2016 à 5 h 18 min
Je change les piles de mon transistor, relis mon « Petit Livre rouge » et vous réponds (peut-être)

radioscopie dit: 3 septembre 2016 à 7 h 35 min

Annelise, allez donc boire un cocktail (à ma santé) chez Boadas, angle de la Rambla et Carrer dels Tallers.

Dormann dit: 3 septembre 2016 à 8 h 14 min

Dans La Chinoise, Madame Wiazemski (Anne), divine!
Plus que l internaute de cette nuit qui s en prend a Radioscopie sur le nom. Pas tres malin. Imitation de Bonnello?
Hasta pronto Annelise!

Annelise dit: 3 septembre 2016 à 9 h 20 min

Bien noté Radio, merci. Y suis aussi pour le travail,
Barcelone, les Caracoles chers à Hemingway se sont transformés en énorme lieu à touristes. Rien ne vaut la Boqueria pour déjeuner sur le pouce, au milieu des poissons et des fruits frais, dans une ambiance sonore

Jibé dit: 3 septembre 2016 à 9 h 27 min

radioscopie, les incohérences du scénario sont manifestes, seulement des prétextes à faire de belles images.
1ere partie, longues déambulations métropolitaines (au demeurant très bien filmées,) qui durent la moitié du film, pour aboutir en un feu d’artifice d’explosions finales. Avec timing à l’écran, genre mission impossible.
2eme partie, huis-clos dans le grand magasin (ex-Samaritaine ?) totalement illogique, alors qu’il eut été plus simple que chacun rentrât chez soi. Mais il s’agissait de bien nous indiquer que le grand coupable était la société de consommation. Lourdeur de la scène où l’un des terroristes se retrouve face à face avec un mannequin habillé exactement comme lui. Ridicule de la scène où un SDF (Luis Rego) est invité à pénétrer dans le grand magasin pour se servir à volonté : bisounours en diable !

bernadette et talon.net dit: 3 septembre 2016 à 9 h 48 min

l’argent ne fait pas le bonheur – critiquer la mode, inviter un sdf dans un magasin, quelle vulgarité!

radioscopie dit: 3 septembre 2016 à 10 h 10 min

Décidément, Jibé, nous divergeons. L’image (plan magnifique) du jeune confronté à son double (le mannequin) est une des plus fortes et significatives de la partie Samaritaine. C’est le miroir dans lequel il se découvre chose, objet, produit. Cela propulse le film dans une dimension fantastique et souligne le pathétique de la condition du personnage.

Jibé dit: 3 septembre 2016 à 10 h 17 min

Ouais, radioscopie. Lourdingue !
Dans le genre esthético urbain, je préfère Léo Carax et ses « Amants du Pont-Neuf », tournés dans le même quartier, mais entièrement reconstitué en studio !

radioscopie dit: 3 septembre 2016 à 11 h 46 min

Que je vous « explique » ? Je ne m’en sens pas le droit… Je vous livre plutôt un avis : la Samaritaine comme temple du commerce, de la marchandisation, du capitalisme -ce contre quoi ces jeunes ont tenté de se rebeller- devient, paradoxalement, leur refuge, au même titre qu’une église. Ont-ils la naïveté de la considérer comme un lieu inviolable dont la police ne pourrait franchir le seuil ? C’est évidemment un piège mortel. En tout cas, cela offre au réalisateur l’occasion de prouesses filmiques, narratives, esthétiques en même temps qu’une mise en abîme hautement politique. Voir l’utilisation des mannequins comme métaphores de l’humain réduit à une mécanique. Magistral !

radioscopie dit: 3 septembre 2016 à 13 h 13 min

Annelise, je n’en crois pas mes yeux : « los caracoles » ! Vous n’avez dû croiser que des Vicky Cristina. Allez donc plutôt au « 7 portes » où Pepe Carvalho a traîné sa dégaine s’il faut en croire Montalbán (Passeig Isabel II, 14). Une bonne adresse celle-là.

Jibé dit: 3 septembre 2016 à 13 h 52 min

Et comment doit-on comprendre les tirs sans sommation des intervenants des forces de l’ordre, radioscopie, comme une sorte de parabole des anges exterminateurs ?
Evacuer l’Islam à propos d’un film sur le terrorisme actuel, c’est un peu comme si Bonello avait fait l’impasse de l’homosexualité d’Yves Saint Laurent dans son précédent film !

Dormann dit: 3 septembre 2016 à 14 h 54 min

J.b dit « plus personne ne va au cinema meme pas Annelise » :
Ha? Un peu brise-cacahouetes qui explique a Damien Hirst comment faire ses compos.. Vous etes meilleur a 13.52

theo dit: 3 septembre 2016 à 15 h 35 min

« la Samaritaine comme temple du commerce, de la marchandisation, du capitalisme »

j’ai pas vu le film mais, quoi, la Samar était ‘prolo’ si on compare aux terriblement ‘chics’ Galeries Lafayette et Printemps, et c’était moins cher qu’au BHV
L’idée de montrer le jeune dans le même costard que le mannequin semble bien trouvée

theo dit: 3 septembre 2016 à 15 h 38 min

radioscopie « l’utilisation des mannequins comme métaphores de l’humain réduit à une mécanique. »

jibé refuse de comprendre

Annelise dit: 3 septembre 2016 à 18 h 17 min

Radio, Caracoles c’était lors de mes premières fois in situ… Ce fantasme hemingwayien naïf de tomber au détour d’une rue sur Papa, et lady Brett Ashey aux yeux d’Ava Gardner sortant d’un taxi où les cahots l’ont ballotée contre Jake. Vite déchanté, mais quoi? La ville où Gabo a passé du temps (et pour les amateurs, celle où Jonathan Littell habite) vaut vraiment le coup.
Jibé 9h56, vous rigolez? Je passe mon temps à ça. Je ne peux ni ne souhaite tout chroniquer. Et puis ça m’intéresse que vous mettiez de la sorte la main à la pâte.

Dormann dit: 3 septembre 2016 à 18 h 26 min

Il vous voudrait sur tous les coups, Annelise !Du retour de Monica Lewinski a l arrestation du vice president du MoDem &depute europeen a Villacoublay pour exhibition sexuelle a Castorama! Bah oui. Les idoles n ont pas droit a une vie perso. L observation sur Bonnello, l evacuation pratique de certains traits, par contre ca, c est bien vu…

Dormann dit: 3 septembre 2016 à 22 h 26 min

Jibe dIt @22h02 : comme on voit, toujpurs bien de se faire son propre avis?
Reprise du travail demain. Continuerai de lire.Salut !

Dormann dit: 3 septembre 2016 à 22 h 56 min

Le jour du saigneur!
Je voulais dire lundi. Dernier dimanche tranquille. Apres c est revision des maths pour l un, tennis pour l autre …penitencier volontaire a vie.
Maren Ade c est surestime mais pas desagreable, Bonnello, y a du pour et du contre. Vive le cinema. Vive la republique. Vive Annelise Roux.

JC..... dit: 4 septembre 2016 à 9 h 40 min

On ne peux remettre le sort de 66,6 millions de Français entre les mains de 48 kilogrammes d’intelligence pure, de verbe étincelant, de cérébralité affectueuse et touchante …

Le pays a besoin d’un Président à son image : un vioque courbé dans ses bottes usées, un bon à rien connu, un incapable … qui nous ressemble !

Jibé dit: 4 septembre 2016 à 12 h 23 min

Plus aucuns doutes à la lecture de cet interview, radioscopie. Il disait à peu près la même chose dans la revue gratuite « Trois couleurs » distribuée dans les cinémas du groupe MK2. Pas étonnant que ce scénario, désincarné, malgré la notoriété de son auteur, ait été recalé à l’avance sur recettes. On trouvait de tout à la Samaritaine, et pour finir du n’importe quoi. Son analyse politique repose sur celle de Pasolini et date des années 1970 (américanisation et déshumanisation de la jeunesse européenne consumériste). Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts.
Je suis de l’avis de Michel Ciment, dans « Positif » : « Refusant toute contextualisation pour se contenter de poser un regard et de cultiver le flou artistique, Bonello a signé un film irresponsable. »

Jibé dit: 4 septembre 2016 à 12 h 57 min

L’honneur de la critique est de dénoncer l’imposture, radioscopie.
Ce film de zombies désincarnés, qui a bénéficié de « tous les guichets financiers », selon l »expression de Bonello, c’est-à-dire de l’aide de l’ensemble des chaines de télévisions (autant en moins pour les autres cinéastes) et qui est sensé illustrer les dangers du néant consumériste, est magistralement récupéré par le système qu’il prétend dénoncer : impressionnante liste de « marques » dans les remerciements du générique de fin ! Ici, les acteurs sont transformés en séduisants mannequins modèles…

radioscopie dit: 4 septembre 2016 à 13 h 13 min

Jibé dit: 4 septembre 2016 à 12 h 57 min
« L’honneur de la critique est de dénoncer l’imposture, radioscopie. »

Vous êtes plaisant, Jibé. « L’honneur » est une marchandise qui devait aussi se trouver à la Samaritaine puisque, selon le slogan, on y trouvait tout. C’est (paraît-il) en rupture de stock.

Annelise dit: 4 septembre 2016 à 13 h 42 min

JC 9h40, voilà qui me fait sincèrement chaud au cœur. En revanche Eriksen 7h12 et vous, je crains de coûter autant sinon plus en frais de coiffeur que le tenant en titre, en souffrirez-vous?
Jibé &Radio, bel échange épaule contre épaule, poussant en sens inverse dans la mêlée. Sur Bertrand Bonello comme sur Maren Ade, ce démêlement pas évident à faire entre goûts personnels, ce qu’on attend dont aucun créateur n’est comptable et ce qui intrinsèquement est donné à se mettre sous la dent. Je suis moins sensible à Libé renvoyé dos à dos avec Michel Ciment, cette sorte de combat des chefs dont on ne peut departager les vainqueurs qu’à votre manière circonstanciée d’engager ce que vous en avez reçu, vous. Cela n’exclut ni le doux amour hors conventions, les passions aveugles, l’intuition ni l’humilité.
Depuis la belle Espagne, à vous Cognacq Jay.

Petrus dit: 4 septembre 2016 à 21 h 50 min

Je me suis un peu absenté et dans l’intervalle le débat s’est porté complètement ailleurs…
A propos de Lascaux, je recommande chaudement à tous la lecture de : « La plus vieille énigme de l’humanité » de Bertrand David et J.Jacques Lefrère chez Fayard. Un éclairage assez inattendu sur les artistes des grottes et de quoi relancer le débat pour un moment.
Et pour répondre à Eriksen et Jibé du 31 août 16h53 , le faux raccord de « Toni Erdman », c’est juste à la fin : plan américain sur l’héroïne avec le chapeau de la grand mère et le dentier du père, un coup devant la maison, la seconde d’après avec un autre angle sur fond de jardin. Esthétiquement gênant. Annelise pense que c’est fait à dessein, elle a sans doute raison. Moi, j’aurais tendance à penser que la réalisatrice a voulu faire figurer à tout prix une expression de sa comédienne, saisie à un autre moment, avec un autre cadre, quitte à passer par un raccord discutable. Cela résume un peu l’esprit du film à mes yeux : ne renoncer à rien de ce qu’on a filmé…

alley car dit: 5 septembre 2016 à 0 h 24 min

Ben quoi ; deux ou trois bananes rabougries circulent sur vos lignes, alignent leurs avis à la noix, se regardent écrire l’un l’autre, s’opposent vaguement, et après ? On conclut à : « Je me suis un peu absenté et dans l’intervalle le débat s’est porté complètement ailleurs… » et cette absolue certitude que Christian Estrosi est la plus belle merde dans un bas de soie qui se puisse trouver à Nice depuis que Jibé est monté à la capitale sous l’ancien régime et a bossé pour Tibéri …
https://www.youtube.com/watch?v=mAnJbF-mDbY

Annelise dit: 5 septembre 2016 à 5 h 51 min

Alley Car 0h24, contre les remontées de bile nocturnes, Lou Reed, Sweet Jane vous avez raison, c’est bien. Moi, I came from Barcelone et plutôt que de vous interroger sur si vous avez la banane rabougrie j’aimerais vous entendre sur Maren Ade ou Bonello

https://www.youtube.com/watch?v=ZHGmJz69j7s
(non qu’il m’ait jamais vraiment convaincue…mais quand tu es dans le désert depuis trop longtemps, tu te demandes à qui ça sert, etc)

alley car dit: 5 septembre 2016 à 10 h 19 min

Je m’essayais à l’exercice qui consiste à démêler convictions personnelles et mise en lumière de qualités intrinsèques, comme Jibé le fait avec à peu près tout le monde et n’importe quoi, ici ou sur la rdl ; avec moins de tact et de talent que lui, okay. Voilà tout.

jodi dit: 5 septembre 2016 à 12 h 37 min

Annelise 5.51 avec vous ça déménage.Pas dans la langue de bois.Rock and roll à la Perec,ça Iggypope et ça Ramones!Compliments pour votre étincelante case en moins(c-a-d en plus…),votre humanité sans dérobade.

Paul Edel dit: 5 septembre 2016 à 13 h 33 min

A chaque fois que je revois un film de Nanni Moretti à la télé dans lequel il tient un rôle, j’ai envie de racheter des chemises, des pulls cachemire , des vestes en lin , des pantalons et des ceintures tressées tellement je le trouve élégant. j’en perds le film de l’histoire..

Annelise dit: 5 septembre 2016 à 13 h 37 min

Paul, non pitié pas les ceintures tressées ! Pour tout le reste oui. Et ce grand nez tordu, ce visage sensible…
Petrus vous avez l’oeil, bien vu pour ce que vous appelez le faux raccord.
Guiraudie demain. Si.

Eriksen dit: 5 septembre 2016 à 14 h 22 min

Tous plus ou moins intégrés dans la société, les jeunes terroristes de Nocturama ne semblent pas faire la révolution par vengeance. Ni vraiment par idéal.
Ni dans la rancune du passé, ni dans l’espoir du lendemain qui chante, ils ne visent que le présent. Ils prennent leur part dans la mutation du monde, celle de faire sauter un monde pourri pour favoriser l’émergence d’un nouveau. Du coup, la révolution, réduite à l’instant, n’est que destruction, et tentative de table rase : charge aux suivants de reconstruire.
La première partie du film nous montre une mécanique presque parfaitement huilée par ce regroupement hétérogènes d’individus, aboutissant avec quelques pains de plastique orange à un petit 11 septembre très réussi : Quatre voitures brûlent devant la Bourse, ministère de l’intérieur en flamme pour signer le caractère intérieur de l’attaque, Jeanne d’Arc en feu pour régler son compte au FN, et une cicatrice horizontale et fumante dans la tour GLOBAL de la Défense, comme les attentats du 11/9, en effaçant la part islamiste pour ne laisser que la révolte des peuples humiliés. Toutes les symboliques sont pensées, non par un metteur en scène manipulateur mais par des personnages qui ont l’épaisseur pour réaliser ce scénario. Je crois à la réalité de cette jeunesse révolté et violente, intelligente et sensible tout en ayant été biberonnée aux jeux vidéos violents et à l’idée de l’apocalypse 2012. Et çà ne fait pas plaisir, tant elle marque l’échec de la génération d’avant.
La précision mécanique dans la première partie, contraste avec le laisser-aller de la seconde. Sombrant dans le désœuvrement d’une nuit d’attente avant la prise d’otages du lendemain, ils errent dans l’enfer paradisiaque de la Samaritaine et se laissent pour la plupart séduire par les sirènes du lieu, constatant eux-mêmes qu’ils sont non seulement attirés par ce qu’ils exècrent mais en sont constitués : comme l’un des protagonistes expérimentant le plaisir de se sentir bien dans un joli costume, ou un autre tombant nez à nez avec un mannequin qui porte les mêmes fringues Nike que lui. Ces déterminants qui les rattrapent marquent une résurgence du passé, qui ramène dans ses bagages l’avenir et ses doutes.
Et avec les doutes, la liberté de choisir. C’est là qu’ils perdent leur force ,en s’arrangeant de la règle commune chacun à leur manière, non pas tant par inexpérience que par une certaine idée de la liberté individuelle, héritée peu ou prou de leurs parents hédonistes. Pour aller jusqu’au bout (d’on ne sait même pas vraiment quoi), il eût fallu avoir la foi qui permet d’effacer les doutes et de rester dans la loi du groupe. Les capacités intellectuelles, ils les avaient, la foi du charbonnier non.
Bonnelo ne cache pas son intérêt pour l’extrême gauche et a même choisi ses acteurs non professionnels dans cette mouvance. « Il y en avait quatre ou cinq [parmi les acteurs] dont c’était le livre de chevet » dit-il : il parle de « A nos amis », livre du comité invisible dont la 4e de couverture commence par ces mots : « À ceux pour qui la fin d’une civilisation n’est pas la fin du monde » (dont la suite est ici http://www.lafabrique.fr/catalogue.php?idArt=876 )
Ce film s’ajoute à la liste cinématographique des appels au meurtre où figurent déjà Ma Loute de Bruno Dumont et une bonne partie des films de Cronenberg. Marquer les esprits, délivrer une propagande anti-propagande, Bonnelo en fait son job, et il ne renâcle pas devant les manipulations. Ainsi la seule présence humaine en dehors des révolutionnaires (à l’exclusion des policiers et autres vigiles), c’est Adèle Haenel…, censée représenter à elle seule la voix du peuple. Ainsi aussi, la longue exécution finale du commando par la police, sans sommation, sans dialogue, sans une quelconque possibilité de drapeau blanc, sans rédemption possible, se pose dans le film comme la preuve à postériori que le commando avait raison. Et si les terroristes n’incarnaient pas des victimes suffisamment crédibles, la mort des deux SDF en banquet amoureux ( Luis Rego lumineux ) vient emporter le morceau, montrant au passage que le voile hédoniste de la société capitaliste et autoritaire n’est qu’un leurre.
La mécanique tueuse de la police rappelle à l’horlogerie de précision qui habitait le commando avant la perversion samaritaine. Mécanique contre mécanique. La guerre. Entre temps, la précision des révolutionnaires s’était émoussée et humanisée dans la caverne d’Ali Baba, alors que l’ennemi n’apparaitra que détestable, comme dans tous les films de propagande. Puisque la possibilité d’une police « humaine » est récusée, je suppose que Bonnelo n’interdira pas qu’on l’imagine un tant soit peu pragmatique : qui peut croire que la police n’ait pas intérêt à prendre au moins quelques terroristes vivants ? Bonnelo nous prend pour des cons, quand il tente de nous faire gober cette justification de la violence initiale des jeunes par les violences policières de la 2e partie. La poule ou l’œuf ? on s’en fout, tout cela n’est qu’un cercle vicieux.
Et là, deux possibilités. Accélérer la spirale vicieuse jusqu’à la chute, ou tenter d’inverser la tendance en inventant les conditions d’un cercle vertueux. Pour Bonnelo, le point de non-retour est déjà dépassé… Il n’y a pas de doute que ma cinquantaine tassée penche pour la seconde direction, parce que le lien humain fait des miracles et que les « révolutions progressives » ne sont pas celles qui réussissent le moins bien. Mais il me serait difficile d’argumenter contre ceux qui n’y verrait que le désir m’assurer une fin de vie tranquille, … et après moi le déluge. Il y a d’ailleurs beaucoup d’attaques contre ma génération de bourgeois bohèmes, du détournement ironique et futé de la musique d’ « Amicalement vôtre » (dont la puissance révolutionnaire et dramatique est redoutablement efficace), jusqu’à ce titre « Nocturama » aux consonances désuètes et boboïsantes. Aucun doute que nous l’avons bien mérité.
Mais peut-on faire confiance à la révolution pour créer un monde où vivraient en bonne entente 10 milliards d’individus ? J’ai bon espoir que l’humain ne soit pas assez con pour s’autodétruire (même si cela va être dur avec la surpopulation qui s’annonce), et je crois aux vertus de l’œstrogène par rapport à la testostérone dans ces conditions. Même si on croit à ces personnages, à leurs sensibilités et leurs capacités, ils sont finalement vides d’humanité, non pas tant par leurs meurtres, que par la froideur du lien qui les relie entre eux et au monde. Inviter deux SDF à un repas de roi est une chose, le partager avec eux en est une autre.
« Paris est une fête » (titre prévu avant les attentats de novembre 15), signe une vision thanatique de la fête. Ce n’est pas la mienne.

Jibé dit: 5 septembre 2016 à 15 h 05 min

Bien dit Eriksen, quoique tu ne nous dises pas globalement si tu as aimé ou détesté. Avec ta cinquantaine bien tassée, il ne te reste plus qu’à te redresser et aller voir « Rester vertical ». Demain, Annelise ouvre le bal, et ça va valser !

Eriksen dit: 5 septembre 2016 à 15 h 25 min

j’aime ou j’aime pas ne m’intéresse plus trop, Jibé.
Question de goût, ce qui finalement n’intéresse personne. je ne pourrais pas dire que cela n’influence plus du tout mon intérêt pour un film, mais presque.
Je n’ai pas aimé ce que dit Bonnelo, mais l’oeuvre est remarquable.

Jibé dit: 5 septembre 2016 à 15 h 36 min

Oui, le cinéaste est estimable, d’où mes critiques intenses sur une oeuvre où l’éthique n’est pas au rendez-vous de l’esthétique. Vain exercice de style. Vous avez oubliez de mentionner parmi les cibles le banquier Estrosi. La région Paca aurait-elle refusée de subventionner un film du Niçois Bonello (un « N » deux « L », Eriksen) ? Dans un film qui se veut « déréalisé », ça vient comme un cheveu sur la soupe !

Eriksen dit: 5 septembre 2016 à 15 h 50 min

Le film est aussi un règlement de compte, à prendre comme tel.
désolé pour la faute à Bonello… sans doute ai-je senti qu’il y avait beaucoup de N et pas beaucoup d’L (du désir en particulier)…;-)

Annelise dit: 5 septembre 2016 à 21 h 13 min

Félicitations, Alley ! Si c’est une fille, on l’appellera Nico (à la rigueur Crista?) ou Moe, si c’est un garçon, Lou ou Sterling. Quelle est votre préférence? Demain pour Guiraudie, le blog sera interdit aux nourrissons, peur que cela donne des idées à certains, vous comprendrez pourquoi en lisant le billet. Du repos pour la petite mère, et le blog étant comme une compagnie aérienne, je suis heureuse de vous annoncer que je coopte à vie le bébé comme membre de RdC : à vous de choisir le parrain et la marraine !

alley car dit: 5 septembre 2016 à 21 h 33 min

Même par parenthèses, vous ne cessez d’intriguer … Peut-être Krista ? Nous verrons bien le moment venu. J’ai ma petite idée pour le parrain, un gentil garçon fort civil, j’hésite sur le choix de la commère ; mais puisque je vous connais comme si je vous avais faite, toutes vos suggestions sont bienvenues …
Sinon, pour patienter jusqu’à Guiraudie, j’avais bien un air pop « qualité française » à proposer (Goldman, c’est bien français n’est-ce pas ?) mais je renonce. Crevée

alley car dit: 5 septembre 2016 à 21 h 58 min

Vous en oubliez un ; il est vrai qu’il se retira au Tibet ou je ne sais plus sur quel sommet avant le banana show

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