de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur, sans oser le demander.

Par Annelise Roux

Aux amateurs du fight club.

Ceux qui se demanderaient s’il y a eu des peaux de banane semées sur la route, planches savonnées au Paic citron, grabuge sur fond de crêpage de chignon, relents de catch féminin, coups bas, arrangements plus ou moins nets. Ceux-là seront déçus. Aucune, rien.
Sophie Avon et moi sommes des proches. Du style parce que c’était elle, parce que c’était moi. Tango qui remonte à la très petite adolescence. Pas de deux sororal, imprévisible conjugaison. Difficile à dépeindre, impossible à dissoudre. Extrêmement différentes et à nos heures semblables, sans témoin. Dotées d’avis contrastés, mais finissant toujours d’accord, ne serait-ce que pour convenir que le cas échéant, tout nous oppose.

Le Roi est mort, vive le Roi ? Heureusement nous sommes en République. Sophie, bien vivante, s’éclipse pour les raisons exposées. Elle me passe le flambeau et j’en suis heureuse.
Pierre Assouline ? Je l’avais rencontré il y a quinze ans, dans la « salle des tortures », chez Gallimard (n’exagérons rien : la bibliothèque des Pléiades où les auteurs signaient leur service de presse, il y a pire.) Je suis d’apprivoisement lent. Nous sommes en train d’y arriver. C’était mon premier livre, je croquais anxieusement des chocolats. Lui, calme olympien. Laconisme sans sécheresse, pudeur. Pas d’étalage. Un comportement réservé. Ce dernier adjectif ne conviendrait pas pour qualifier mon avis sur l’étendue de sa culture, certaine espièglerie latente de sa part. Son téléphone n’arrêtait pas de sonner. Je me demandais pourquoi. ll a le chic pour deviner les choses sans qu’il soit besoin d’en dire trop. Ça tombe bien, je n’en ai pas l’intention. Fin de la remise de mes lettres de créance. Ma petite idée sur l’homme, j’y tiens, je la garde pour moi. Le fait qu’il ait choisi de me confier la RdC me fait grand plaisir. J’adore le cinéma, bien que j’aie été très longtemps sans y mettre les pieds, surtout. Certain goût également pour les chevaux sauvages, pas seulement ceux des Stones, le rodéo.
PA l’air de rien avec ses « Républiques » promulgue une façon nouvelle de fréquenter les média. Une sorte de presse participative où il est offert à un débat écrit de prendre place. Ce qui ne signifie pas que l’ochlocratie doit dominer : la foule qui aurait le dernier mot de manière indifférenciée, quand la parole est censée être dévolue au peuple pour qu’il s’en serve selon le principe d’un discernement individuel. À vous de jouer.

Je vous lis depuis longtemps, chers Erdéliens. Pour ainsi dire depuis le début, de manière « historique » : Alice au Pays des Merveilles devant le miroir du commentarium. Au fil des ans j’ai suivi vos pseudos, assisté à pas mal de vos détestations réelles ou feintes, vos enthousiasmes, vos envolées, vos volées tout court – de bois vert, celles-ci – vos querelles, vos traitements de noms d’oiseaux. J’ai été touchée par vos indignations, vos emballements. Je commence à être rompue à vos façons de dériver ou de déborder, à vos « ta gueule, raclure » empreints d’une si étourdissante douceur, vos « mes petits chéris », vos recettes d’artichauts à l’orange, vos appels à ce que le propriétaire d’un scooter à Porquerolles déplace son engin, vos « ne me suivez pas » qui, retournés de façon moins atrabilaire, ne sonnent pas aussi goujats qu’il y paraît, une sorte de « ne me quitte pas » à la Jacques Brel, au contraire, qui finirait presque par être bouleversant.
Alors quoi ? Hasta pronto la castagne, y gracias ?
Pas question d’aller cogner sur un débutant, de l’achever couché, au tapis. La malveillance a priori pour le plaisir de faire un bon mot, pour seule philosophie susceptible d’attester une indépendance, aboyer avec les chiens comme s’il s’agissait de cracher par terre pour jurer qu’on ne fait pas partie des courtisans, le tir au vol tout en restant planqué, au chaud, quand ça ne risque rien, ne font pas partie des sports nobles. Il n’y a qu’à se replonger dans les chroniques de Philippe Lançon depuis qu’il a été blessé pour se convaincre que ceux qui ont eu à subir l’agressivité font parfois les meilleurs défenseurs de son abandon. La corrida en temps de guerre traditionnellement peut-être suspendue sans que personne ne trouve à y redire. Encore moins lorsqu’on a tendance à se maintenir à l’écart. Il faut aimer « l’Homme tranquille » de John Ford, comprendre pourquoi ce n’est pas qu’il refuse absolument de monter sur le ring, mais he would prefer not to.
En revanche, pas impossible qu’une ou deux beignes méritées se perdent, arrivent de face. Égratigner par ci par là des bien portants gonflés d’immunité, assis en majesté pourtant nulle part ailleurs que là où les a placés Montaigne, surtout lorsqu’on n’est pas en situation de force, a une autre allure. Apanage des gens secrets. On se retient longtemps – et puis.
Mais le faire en clarté, sans esprit de vengeance, ni dans le désir de se payer qui que ce soit. Chroniquer l’œuvre d’un autre, exercice de netteté et d’humilité qui s’illustre avec Robin des bois : on ne saigne que les riches, jamais à blanc, sans considérer pour autant la pauvreté – en esprit surtout – comme une qualité intrinsèque, un signe discriminant positif. No comment !
Parler de ceux qu’on connait, d’amis ? Affirmatif. Exceptionnellement, un brin de népotisme ne nuit pas. Rien que de très humain. Mais que ce ne soit pas déguisé, parler en sincérité de ce qu’on aime là-dedans, et que cela ne soit pas au détriment d’inconnus plus talentueux qui se font rétamer.

Jetons par-dessus bord l’obligation du pitch de dix lignes calibrées. Digeste jusqu’à l’écœurement. Nouvelle cuisine en trompe-l’œil qui rate son but si au lieu de proposer des saveurs, elle consiste à affamer pour laisser à penser que c’est bon. Manière de prendre le spectateur pour un crétin en prenant garde de lui mâcher le travail : rien de trop abscons, surtout. Une construction répertoriée, sinon il pourrait avoir à faire travailler ses méninges. Comme si c’était hors de portée pour lui. Parfois le motif est trop vaste, la montagne trop haute pour que la validité soit aperçue si on ne prend pas le recul nécessaire pour jauger. La recherche du plus petit dénominateur commun comme base lissante est un calcul parfois bien démagogue, qui tue la création dans l’œuf.

Les billets iront à leur rythme. Hebdomadaire, peu ou prou. Quand on n’est pas geek pour un sou, qu’on voyage ou que la technique se refuse, pas de réseau ou autre, on s’adapte. « Faut vivre », chantait Mouloudji. Cela aussi, pour le faire bien, est chronophage. Pas forcément nez collé trait à trait, chaque jour, à l’actualité. Cette frénésie ne dit pas tout. Lent, accéléré. Ça s’égaille dans les parages, le cas échéant ça lanterne, oui. La note n’en sera que plus éclairée ?

Parfois une note « à cru » sur un sujet de cinéma sans rapport immédiat avec le schmilblick. Voies de traverse. La concision c’est bien, mais cela n’exclut pas des développements fins, des digressions dont la cohérence n’est pas perceptible en un claquement de doigts. Pour saisir les nuances, il faut le vouloir, les contenir ou s’y laisser aller, accepter de découvrir. Susciter la curiosité. Beaucoup, un peu. À la folie. Les notes seront disparates. Genre de la maison. Pas de masque. Pour la plume, j’essaierai de faire de son mieux. Parole libre. Sur les films en cours, des films d’esthètes, des films qu’on a peu vus et qu’il faudrait voir, des films à petits ou à gros budgets, des films comme il faut, des films de bobos, des films beaux, beaux et intelligents à la fois, des films qu’on dit consensuels et des films sensuels, des films rares, difficiles, insensés, expérimentaux, sensibles, inexpérimentés, mais pourquoi pas, de temps en temps, des films qu’on a vus et dont on se serait passé, à côté de la plaque. Je ne m’interdis pas des incursions grand public. Comprenez, des films comiques ou sans prétention, des films d’action dont les dialogues ne nécessitent pas forcément une finesse excessive en ce qui concerne la traduction. Voire, ce qu’on appelle selon l’acception commune des « films de bourrins », pour rester dans une note équine, des séries B ?

Sait-on jamais où commence et où finit le genre.

Peut-être arrivera-t-il que soit tiré du chapeau un billet sur un film ayant quitté l’affiche. L’envie de redonner un coup de projecteur.

Quel fantasme ? Ecran total, bien sûr. En Plein Soleil avec Delon-Ronet, qu’il y ait de la Neige à Noël avec Sandrine Veysset ou à Oslo, 31 août, en compagnie de Joachim Trier.

Ceci faisant office de profession de foi. Bonjour à tous. Bienvenue.

Énonçant cela, s’impose l’image de Robin Williams, bouche collée au micro, en train de lancer son « Good Morning, Vietnam » tandis que de petits appelés grelottants montaient en camion pour aller au feu. Drôle de résonance, par les temps moroses, inquiétants et poignants qui courent sur nos terrasses, dans les concerts des Eagles of Death Metal ou de U2, à Paris, dernièrement à Bruxelles, Tunis ou Genève. La B.O d’Armstrong nouait l’estomac lorsque Louis affirmait, la voix rocailleuse – purement de l’amour en barre – « what a wonderful world » sur fond de grande boucherie.

De quoi mettre les larmes aux yeux. Les critiques, contrairement aux répliquants de Philip K.Dick ont-ils capacité de pleurer ?

Cette entrée a été publiée dans Hors champ, Non classé.

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commentaires

26 Réponses pour Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur, sans oser le demander.

JC..... dit: 15 décembre 2015 à 7 h 13 min

Soyez la bienvenue chez vous !

(J’ai voulu « en savoir plus » sur la taulière que vous devenez …. J’ai été gâté : cela impressionne, trois tirets et le vide… comme une sainte trinité 2D !)

Polémikoeur. dit: 15 décembre 2015 à 15 h 23 min

Chic, il y a de nouveau quelqu’un
dans la cabine de projection !
Moteur !
Et silence dans la salle, bongredebregre !

Annelise dit: 15 décembre 2015 à 17 h 56 min

JC qui vous êtes longtemps levé de bonne heure, vous m’avez démasquée ! Pas de jeu. Pure image de synthèse, en effet. Je laisserai peut-être les trois tirets, le vide : j’avais demandé à HAL, en chomâge technique depuis 2001, de me bricoler vite fait une bio artificielle pour « en savoir plus », il n’a rien voulu savoir. Obnubilé par la sortie imminente de Star Wars où il espère pouvoir jouer des coudes, enterrer le petit R2D2. Depuis je passe le plus clair de mon temps à essayer de rendre Al Pacino aussi fou que dans le film d’Andrew Niccol.Christophe Lambert, peine perdue, il n’en a que pour son porte-clés. Comme le dit Claudio Magris en ce moment chez Pierre Assouline, sait-on entre Zeno et Italo Svevo qui des deux invente l’autre ?

petite vidure dit: 15 décembre 2015 à 20 h 08 min

Les répliquants de K. Dick, c’est très bien. Voyons cela … Dans son journal intime, six mois avant sa mort, à la date du 3 février 1997, William Burroughs
écrit : « Viens de trouver un livre fascinant sur les Extra-terrestres, une affaire étouffée par le
gouvernement. À ce qu’il paraît, les Gris sont des extraterrestres dominateurs qui ont perdu la
capacité de créer, une race en voie de disparition qui a besoin du sang et du sperme des
humains. Pas des gens biens, ces Gris. (…) Le livre a répondu à une question dans ma tête : «
Pourquoi les enlèvements et les contacts arrivent-ils toujours à des esprits médiocres ou
inférieurs ? Pourquoi ils ne viennent pas me voir MOI ? » Parce qu’ils ne veulent pas, ils ont
peur d’entrer en contact avec quelqu’un qui ait une conscience spirituelle avancée. Les Gris
veulent abêtir encore plus les gens. Toute personne douée d’une réelle perspicacité est un
danger pour eux. Un danger mortel. »

Annelise dit: 15 décembre 2015 à 21 h 52 min

Petite vidure, vous rappelez-vous cette sentence extraordinaire de Ph.K-D, gros barbu disgracié complexé par son nom, suant d’angoisse à tout propos, terré chez lui : « Même les paranoïaques peuvent mourir assassinés ». On hésite entre le rire, la consternation devant tant de pessimisme lugubre, l’admiration, la tendresse bouche bée devant cette lucidité infernale, provocante, si pénible à vivre pour lui, sûrement

passou dit: 16 décembre 2015 à 8 h 38 min

Ouah ça décoiffe ! Bienvenue à Annelise. J’ai l’impression qu’elle va me faire retrouver le chemin des cinémas.

JC..... dit: 16 décembre 2015 à 10 h 11 min

Blade Runner, c’est pure merveille ! Il y a une Réplicante chez Tyrell à qui j’aurai fait payer moins cher que les autres …

PS : Pourquoi ne pas remplacer, Annelise, « EN SAVOIR PLUS » par « VOUS NE SAUREZ RIEN » ?

JC..... dit: 16 décembre 2015 à 11 h 20 min

Il est évident Loubatchev que vous faites partie de cette odieuse nomenklatura parisienne ….

HALTE AU NEPOTISME REPUBLICAIN !

Milena et Dora dit: 16 décembre 2015 à 11 h 58 min

Vous n’êtes pas sortie de l’auberge, Annelise, avec l’insupportable JC; une seule solution, celle qu’applique Scemama : DEHORS !. Il a avoué ici qu’il n’allait jamais au ciném, alors que vient-il faire ici ???

Annelise dit: 16 décembre 2015 à 12 h 40 min

@10h11, bonne option
@ Milena (ou Dora?), Chères, c’est la raison pour laquelle chaque fois que je me sens sur le point de jeter dans la mare un gros spoiler, le doute m’assaille : et si j’allais lui gâcher le plaisir de (ne pas) y aller?

JC..... dit: 17 décembre 2015 à 5 h 01 min

Annelise
Milena et Dora sont deux anciennes péripatéticiennes du Carlton qui nous haïssent, DSK et moi même, car nous leur avons laissé un impayé raisonnable.

Dame ! lorsqu’on fait mal son métier … on est pas payée !

Milena et Dora dit: 17 décembre 2015 à 9 h 47 min

Pouvons-nous émettre une proposition : conserver les SEULS commentaires en relation avec le cinéma… cela éviterait les importuns

Annelise dit: 17 décembre 2015 à 22 h 58 min

@Petite vidure du 15,22h05. Delmore Schwartz jeune ressemblait un peu à JL Barrault. Il aurait pu finir en tueur de bouchers. Dormez, dormez petits pigeons, adieu Lou Reed et « Le don de Humboldt », Bellow…

vitoux dit: 19 décembre 2015 à 17 h 09 min

bonne chance à Annelise Roux! On attend ses premiers regards sur les films avec autant d’impatience que de confiance
F.V.

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