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La République Du Cinéma

« Tu dors Nicole? »: les nuits chaudes d’un été dormant

Par Sophie Avon

Des pépiements d’oiseaux et le bruit d’une chute d’eau ouvrent ce beau film en noir et blanc dont très vite, à l’instar du premier plan, on constate que rien n’y est ce qu’il paraît. En guise d’oiseaux, c’est un de ces tableaux « vivants » qu’on voit dans les restaurants chinois. Et le son de la cascade n’est qu’une illusion électrique. Nicole, elle, est une jeune fille de 22 ans, Canadienne et placide. Elle n’en finit pas de regarder le monde qui s’offre à elle – il n’est pas très marrant, sauf à en considérer les détails, les incongruités et les chicanes. Car pour une fois qu’elle peut avoir la maison parentale pour elle, avec jardin et piscine, pas de chance : son frère y prend racine avec son « band » pour y enregistrer un album. Il y a notamment JF, le batteur  et Pat, le bassiste. Le frère lui s’appelle Rémi et Marc-André Grondin lui donne son beau visage de trentenaire. Le groupe est très envahissant et Nicole (Julianne Côté), flanquée de sa copine Véronique, subissent patiemment les nuisances sonores. Jusqu’à ce qu’elles fuient, poussant leurs  vélos à travers champ et tout à coup se demandant où elles vont, l’une suivant l’autre et inversement. Cette simple scène résume à elle seule le climat d’une œuvre languide et pleine d’humour dont les personnages avancent en somnolant tout en s’inquiétant vaguement de somnoler.

A la vérité, Nicole seule sommeille sous ses airs de gamine contemplative. D’autant plus que son beau projet de partir en Islande se disloque et que ses désirs semblent sans cesse contrariés. Elle observe son amie chanter à tue-tête et s’esclaffer avec JF. Elle assiste, impuissante, au drame qui touche Pat – et c’est comme si elle cherchait sa propre vie dans une nuit jamais levée. D’ailleurs, elle devient insomniaque, fait le tour du lotissement dans la nuit chaude, affronte la moiteur d’un été où seul, un sandwich à la tomate fait par JF lui donne le sourire. Mais JF a beau avoir le secret des meilleurs sandwichs du monde, est-il prêt à s’intéresser à elle, la petite sœur de son copain ?

Il y a bien Martin qui l’adore, mais Martin a 10 ans. Nicole avait l’habitude de le garder avant de travailler pour un centre de secours où elle trie des vêtements avec Normand. La responsable du centre est une femme d’un certain âge qui lui recommande de se méfier des fours à micro-ondes. Nicole écoute sans réagir mais se rapproche du four. A la fois silencieuse et résistante, imperturbable et rebelle.

On oubliait le principal : elle est une championne dans l’art de faire des ourlets ; face à sa machine à coudre, elle pique les bas de pantalon comme personne. Le reste, ce qui gît à l’intérieur de sa jeune mémoire, plus important et plus secret, se dévoile par bribes, ici ou là, parce que son amie parle trop ou à la faveur d’une phrase. Le mérite du film est bel et bien de convoquer en filigrane ce qu’on ne voit pas. Comme le drame qui frappe Pat dont la femme attend un enfant. Une énorme peluche balancée dans une benne au plan suivant suffit à comprendre ce qu’il en est.

Le récit est ainsi, grave et inattendu, drôle et d’une légèreté feinte. Peuplé d’ombres et de silences, incroyablement vivant pourtant.   Scandé par la batterie, porté par des sons multiples, tenu par la mise en scène fine et graphique du Canadien Stéphane Lafleur, il se déploie lentement au long de fondus au noir qui sont comme les mini sommeils de Nicole.

« Tu dors Nicole? » de Stéphane Lafleur. Sortie le 18 mars.

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