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La République Du Cinéma

« Valentin Valentin » : Pascal Thomas en quête à double fond

Par Sophie Avon

C’est une vie de quartier comme on n’en fait presque plus. Avec un café où l’on chante au piano et où les clients fraternisent. Avec des arbres et des immeubles clairs dans le ciel bleu. Un coin de paradis à Saint Mandé où les générations se mélangent et où tout le monde a l’air gentil et bienveillant. Mieux vaut pourtant ne pas trop se fier aux apparences. Que se passe-t-il derrière la façade de l’immeuble d’en face où une petite Chinoise pleure dans la cour ? « Les gens ont souvent des secrets inavouables » dit l’une des voisines qui sait de quoi elle parle.

Depuis trente ans qu’il explore les relations humaines, soit qu’il adapte Agatha Christie, soit qu’il déroule ses merveilleuses chroniques faussement légères,  Pascal Thomas dit toujours la fragilité des liens, le tragique de la condition des hommes et le recours de la fantaisie pour oublier l’ennui et la désespérance. Son nouveau film est comme une vague récoltant en une fois ce qu’il a semé jusqu’ici, l’utopie collective et la tristesse, l’humour et la cruauté, l’introspection et le polar. Après tout, « Valentin Valentin » – dont le titre double en dit assez sur la dualité des individus – s’ouvre sur une scène de crime qu’une petite fille au visage d’ange contemple. « Je n’oublierai jamais le jour où Valentin est mort », dit en voix off le narrateur (Christian Vadim). Le préambule vaut autant pour l’enquête annoncée que pour ce qui va hanter le récit jusque dans ses moments les plus drôles : le sentiment de la perte, l’obligation d’en finir, la souffrance de voir ceux qui disparaissent.

« Dire que je vais mourir », se plaint la mère de Valentin – lequel, retour en arrière oblige, est un beau jeune homme d’une trentaine d’années aux yeux bleus et aux lunettes sages (Vincent Rottiers à contre-emploi). « Je me suis tellement attachée … à moi-même » conclut-elle. Il n’y avait qu’Arielle Dombasle pour prononcer cette phrase avec douleur et parvenir à faire rire. Elle est au diapason de la comédie, silhouette évanescente dont le cinéaste dit qu’elle ressemble à sa propre mère. De passage chez son fils, elle feint de croire qu’il est toujours un enfant et trouve que le quartier est sinistre. Elle n’a peut-être pas tort, Valentin l’apprendra à ses dépens alors même que tout lui sourit, à commencer par ses voisines, Elodie surtout  (Marilou Berry, toute en nuances) qui est étudiante mais propose de faire son ménage pour se rapprocher de lui. Irrésistible, ce Valentin, avec son air gentil et sa façon de ne pas y toucher, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une relation torride avec Claudia (Marie Gillain). Laquelle a un mari jaloux qui serait un suspect idéal…

En adaptant Ruth Rendell, Pascal Thomas a concocté une intrigue imparable, ajoutant des digressions, ajustant le texte à ses obsessions amoureuses et filmant la passion comme une course impossible. Quant au plaisir, il ne faut pas lui en demander plus qu’il ne peut offrir : une légèreté éphémère dont s’accommodent les artistes et les fous. Dieu merci, l’immeuble en héberge à foison, avec à chaque étage son univers : une experte en méditation (Isabelle Candelier), un joueur de clarinette (Christian Morin), une dessinatrice (Victoria Lafaurie) et une jolie rousse (Agathe Bonitzer) disposée à rendre service à Jane (Géraldine Chaplin), ruinée par un alcoolisme qui la transforme, de jour en jour, en spectre parmi les vivants. Il faudrait encore citer le couple de gardiens et leur trouble entente  (Christine Citti et François Morel), tous autant qu’ils sont lestés d’une bonne raison de se débarrasser de Valentin – et chacun dessiné en quelques traits par un récit choral qui ne laisse personne de côté.

De toute façon, l’enquête n’est qu’un prétexte. Le moteur du film est ailleurs, comme dans la vie, comme dans cette boîte à musique où un petit bonhomme tourne sur lui-même et embrasse à tour de rôle celle qu’il a devant lui. Le hasard et la nécessité sont les escortes de l’amour. Quand la comédie est finie, une mère reste seule, éplorée, à l’ombre de son fils disparu.

« Valentin Valentin » de Pascal Thomas. Sortie le 7 janvier.

 

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commentaires

10 Réponses pour « Valentin Valentin » : Pascal Thomas en quête à double fond

Milena et Dora dit: 8 janvier 2015 à 15 h 51 min

non nous ne savions pas, JC, nous savions seulement que Cabu vous avait dessiné sous les traits de mon beauf, nous comprenons que vous soyez en deuil.

JC..... dit: 9 janvier 2015 à 6 h 23 min

Pardonnez mon intrusion sur un sujet qui n’est pas l’objet du billet !
-amical salut à mon usurpateur de 15:50
-je ne suis pas Charlie, ce type de slogan débile n’étant qu’une bêtise de plus à porter au crédit des bobos du vivre-ensemble…
Bonne journée !

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