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La République Du Cinéma

« Vers l’autre rive »: Kiyoshi Kurosawa visite les limbes

Par Sophie Avon

Et si les défunts continuaient de vivre encore un peu ? S’ils erraient quelque temps, non dans les limbes, mais sur la terre,  le temps d’un adieu ?

Après « Shokuzai » et « Real », Kiyoshi Kurosawa poursuit son exploration de l’au-delà, ou plus exactement de cette zone entre deux mondes qui autorise un ultime croisement, une vie commune à la lisière du gouffre. N’est-on jamais d’ailleurs qu’à cette lisière-là ? De Shakespeare à Will Self, les écrivains ont abondamment fréquenté ce territoire. Le cinéma aussi, à sa manière, à travers les films de genre et leurs  figures de morts-vivants et de fantômes. Dans « Vers l’autre rive », le cinéaste japonais opte pour un grand mélo  dont le héros, Yusuke, est un revenant. C’est néanmoins  un homme en chair et en os dont la femme Mizuki espère qu’elle va pouvoir le garder pour elle et vivre heureuse avec lui jusqu’à la fin des temps. Mais les temps sont comptés bien sûr.

Mizuki a perdu celui qu’elle aimait. Il s’est noyé, son corps n’a jamais été retrouvé. Et puis il réapparaît, trois ans après, au milieu du salon,  lui disant : « Je suis mort, mon corps a été dévoré par les crabes ». Il est là, pourtant, chaud, souriant, aimant.  « C’est fréquent que les morts voyagent » lui confie-t-il encore. Kurosawa n’est pas un cinéaste cérébral : s’il ressuscite les défunts, ce n’est pas pour se perdre dans des théories complexes – même s’il est question d’Einstein dans une scène magnifique où Yusuke évoque la lumière – mais pour aller au plus direct, au cœur même du sentiment, du souvenir et d’une consolation possible.

Yusuke propose à sa femme un long voyage. Elle prépare ses affaires, les voilà dans le train, puis chez un vieux vendeur de journaux où le mari a travaillé plus jeune. Le vieillard découpe des fleurs dans les journaux. « C’est la vie » dit-il à Muzugi qui fait de son mieux pour tenir la place d’une épouse normale. Son obsession de normalité est même l’une des choses poignantes de ce récit qui mêle le prosaïque et la métaphysique, car la façon dont la jeune femme feint d’être comblée, met tout son cœur à cuisiner avec son mari et reste avec lui comme si tout allait bien ne l’empêche pas de sentir que ce bonheur dont elle s’était mise à l’espérer de nouveau va lui être repris. « Pourquoi es-tu revenu ? »  demande-t-elle à Yusuke un soir alors qu’ils sont allongés dans le lit, chacun tourné d’un côté différent. « Je t’aime » répond-il simplement.

« Vers l’autre rive » est bel et bien un film d’amour  aux motifs inattendus et dont la trame demeure d’une mélancolie assumée. Un film d’adieu où le lien tissé, la trace qu’on laisse, l’affection de ceux qui restent constitue le seul viatique pour ne pas être enseveli par les regrets. Kurosawa filme tour à tour l’obstination amoureuse, le souffle de l’apocalypse et le passage du temps. Si l’on est surpris au début, décontenancé même  par cette manière à la fois très japonaise et universelle de tourner autour de l’absence, on est peu à peu submergé par une émotion rare.

  »Vers l’autre rive » de Kiyoshi Kurosawa. Sortie le 30 septembre.

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17 Réponses pour « Vers l’autre rive »: Kiyoshi Kurosawa visite les limbes

Jacques Chesnel dit: 3 octobre 2015 à 10 h 59 min

splendide film : histoire / réalisation / acteurs ;
il m’est arrivé une histoire (presque) similaire : une nuit, on sonne à la porte de mon appartement, j’ouvre, c’est mon épouse, décédée depuis plus de 10 ans, qui me dit : « alors tu as déménagé, sans me donner ta nouvelle adresse »… c’était un rêve, certes mais ô combien délicieux !

Ueda dit: 3 octobre 2015 à 14 h 44 min

Enfin ! Mizuki, Shokuzai, Yusuke, voilà des noms qui me parlent.

Mais attention ! Je crois savoir* que Kiyoshi Kurosawa n’a aucun lien de parenté avec Akira.

*formule rhétorique, car je le SAIS.

Jacques Barozzi dit: 3 octobre 2015 à 19 h 32 min

Histoire et message un peu compliqués, confus : lenteur, longueurs et assoupissements garantis, malgré une superbe mise en scène et la beauté des acteurs…

Jacques Barozzi dit: 3 octobre 2015 à 19 h 43 min

Puis-je vous demander, Jacques C., si c’était un rêve ordinaire ou un rêve érotique, comme, finalement, dans ce film de la cérémonie des adieux posthumes ?

Jacques Chesnel dit: 4 octobre 2015 à 8 h 06 min

cher Jacques B., tous mes rêves sont érotiques, c’est cela qui me fait aimer la vie, malgré le deuil

JC..... dit: 4 octobre 2015 à 15 h 11 min

Trop con, je le suis, c’est exact !

Cependant, une certitude : je ne me sens jamais seul, entouré d’une maîtrise remarquable dans cette spécialité, la connerie. Ô merveilles de glandus décérébrés, ô prodigieux prophètes du Bête Originel, ô loques décrépies, fiottes veules, bébés ridés et puants crevant d’ennui…

Jacques Barozzi dit: 4 octobre 2015 à 20 h 46 min

Cet après-midi, salle comble au MK2 Bibliothèque pour voir « Marguerite ». Comme d’hab, Catherine Frot, idéale madame Toulemonde reconvertie en Castafiore, fait un tabac : on rit dès qu’elle donne de la voix et le public en redemande !

laurent dit: 5 octobre 2015 à 15 h 14 min

Le fait que des bénêts aient envie de rire en lisant les cmmentaires de la fiote de pq n’est pas un critère de qualité au contraire

JC..... dit: 6 octobre 2015 à 12 h 48 min

… l’espoir fait vivre joyeux les benêts qui, morts, sont vite oubliés par leur proches… enchantés de la reprise… !

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