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La République Du Cinéma

« Violette », coeur intrépide

Par Sophie Avon

 

« La laideur des femmes est un péché mortel » disait Violette Leduc qui n’était pas jolie, ce qui ne l’empêcha pas d’aimer avec frénésie les garçons et les filles. Simone de Beauvoir aurait pu dire ce genre de phrase. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs, si les deux femmes se rencontrèrent et furent complices. Un jour, chez un ami de Maurice Sachs, Violette feuillète « L’invitée », toute étonnée de voir qu’une femme ait pu écrire un si gros volume. Elle l’empoche, le dévore, puis n’a de cesse de faire lire son premier manuscrit à Simone. Laquelle fait mieux que la complimenter – « Vous avez écrit un beau livre puissant, intrépide », lui dit le futur auteur du « Deuxième sexe » -, en lui offrant d’être publiée dans la nouvelle collection de Camus, chez Gallimard. Violette peut être fière mais elle n’est jamais contente. Son livre ne se vend pas, il n’y en a que pour Julien Green.

Violette est une ogresse qui faute de se sentir aimable, aime pour deux. Evidemment, elle tombe amoureuse de Simone qui se contente de l’aider et d’en faire son meilleur porte-voix. Leur amitié est biaisée, un peu boiteuse mais il n’empêche, Beauvoir la défend bec et ongle devant Gallimard : « Vous ne supportez pas qu’une femme parle ouvertement de sa sexualité. »

Peu à peu, Violette deviendra un personnage sulfureux, mais la grande affaire de son existence, c’est sa mère, Berthe. Qui lui a donné la vie sans lui donner le reste. « Tu m’as faite, voilà le problème, et personne ne veut de moi. Je suis une bâtarde… »

« Ecrivez. Reprenez votre plume, c’est elle qui vous aidera », conseille Simone de Beauvoir qui sait de quoi elle parle. Violette obéit, écrit. Elle est poète, pleine de désordre et de lumière. Elle a peur de mourir mais elle est navrée d’être au monde. Elle aurait voulu être une statue et « je suis une limace », lâche-t-elle. Elle n’a pas de pitié pour sa chair ni pour ce cœur qui est sa croix d’honneur. Martin Provost a confié à Emmanuelle Devos sa Violette qui est comme un prolongement de « Séraphine ». Sandrine Kiberlain est une Beauvoir inattendue et sidérante. Leur lien est une des très belles choses d’un film à la fois sage et mal foutu – mais qui dans sa ténacité même finit par édifier un émouvant portrait d’écrivain.

« Violette » de Martin Provost. Sortie le 6 novembre.    

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

16 Réponses pour « Violette », coeur intrépide

JC..... dit: 10 novembre 2013 à 18 h 24 min

Ce que j’ai lu d’elle ne m’a guère emballé. Je ne dois pas être capable d’apprécier un être aussi bizarre, déséquilibré, mal foutu. Ses amours furent folles, l’époque l’était… bien ! So what ?!

Je crois cet auteure complètement givrée et un film sur elle… ? je m’en tape !

u. dit: 10 novembre 2013 à 18 h 42 min

C’est curieux, ce billet de Sophie pourrait avoir été écrit sans avoir vu le film.
Je le prends comme une invitation à en faire autant.

JC ne semble pas disposé à inviter sur son scooter une fille laide amoureuse d’un homosexuel.
C’est curieux aussi.

vani dit: 10 novembre 2013 à 22 h 57 min

C’est toujours la même histoire, on reste sur un billet, on cause pour faire tourner le compteur (que voulez-vous faire d’autre si vous n’avez pas vu le film) et pendant ce temps-là la maîtresse de maison fait servir le plat suivant.
Vos fadaises se trouvent confrontées au lièvre à la royale (c’est d’époque) et le gouffre s’ouvre sous vos pieds.
Dure la vie de blog.

Tin pisque c’est comme ça je vous le recase

http://www.youtube.com/watch?v=3_eR0IVSOhY

JC..... dit: 11 novembre 2013 à 10 h 08 min

« JC ne semble pas disposé à inviter sur son scooter une fille laide amoureuse d’un homosexuel. »

Camarade,
Au prix où est l’essence, il faut étudier soigneusement le R.O.I., non ?!

Jacques Barozzi dit: 11 novembre 2013 à 11 h 08 min

« un film à la fois sage et mal foutu »

C’est un peu court, Sophie. En quoi le film serait-il mal fichu ?
Sage comme une biopic ? Et celle-ci s’attache au destin de Violette, avant, pendant et après sa consécration littéraire. A son sujet, Simone de Beauvoir parle de salut par la littérature.
Il faut saluer aussi la prestation de Catherine Hiegel, dans le rôle de la mère Leduc. Jacques Bonnafé est un Genet tout aussi crédible. J’ai été moins convaincu par Olivier Py dans le rôle du sulfureux Maurice Sachs.

Jacques Barozzi dit: 11 novembre 2013 à 15 h 38 min

J.Ch., n’interchangeons pas les rôles, la chroniqueuse de diamants ici c’est Sophie, je ne suis là que pour commenter. Oui, j’ai aimé le film, même si parfois j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs. Pourquoi l’ai-je aimé ? Principalement parcequ’il est bien servi et donne envie de (re)lire le bâtarde Violette Leduc ! Une bonne raison, non ?

sophie dit: 11 novembre 2013 à 22 h 09 min

Jacques, parfois deux mots suffisent. Parfois, l’argumentation est nécessaire. Parfois, la paresse est utile. Vous le savez bien, d’ailleurs.

Jacques Barozzi dit: 12 novembre 2013 à 0 h 07 min

Oui, Sophie, moi, par exemple, j’ai moins aimé Quay d’Orsay : un brillant exercice un peu vain !

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