de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Vivian Maier, la photographe révélée

Par Sophie Avon

Un jour de l’année 2007, alors qu’il est à la recherche d’images sur les environs de Chicago, John Maloof, agent immobilier de 25 ans, tente sa chance dans une salle des ventes où il achète un carton plein de négatifs. Une fois chez lui, il constate qu’aucun d’eux ne peut lui être utile, enferme le carton dans un placard, le ressort quelques mois plus tard, regarde attentivement les clichés. Ils sont magnifiques. Ce sont des photos de rue en noir et blanc : une petite fille qui pleure, un gosse qui s’agrippe à la jupe de sa mère, des clochards, des amoureux, des pochtrons, des gamins aux genoux maigres.  Il commence à les numériser, crée un blog pour les publier – et le succès est immédiat. Il n’est pas le seul à aimer ces représentations pétries d’humanité, espiègles et lumineuses.

Il décide alors de partir à la recherche de leur auteur, Vivian Maier, inconnue au bataillon des photographes.  Transformé en super détective, il retrouve une ancienne voisine, découvre un garde-meuble, acquiert un nombre insensé de papiers, de vêtements, de livres, de coupures de presse, de négatifs encore, des centaines. Il se tourne vers des galeries, en vain. Qu’à cela ne tienne, il poursuit son enquête, poussé par la curiosité et armé de sa seule énergie.  Cette énergie irrigue tout le film qui résume son parcours, lequel l’a bel et bien mené jusqu’à Vivian Maier, morte seule et anonyme en avril 2009. Elle était née en 1926, à New York. Toute sa vie, elle avait photographié ce qu’elle voyait tout en s’occupant d’enfants dans différentes maisons.

John Maloof retrouve ceux qui l’ont connue, les interroge, dresse le portrait de cette photographe exceptionnelle qui jamais ne montra son œuvre.  Le film se déploie autour de ce mystère. Qui était réellement cette Vivian Maier ? A quoi ressemble une artiste si douée, si productive, qui mitraille la rue, Rolleiflex autour du cou sans exposer alors qu’elle a pris tout au long de son existence plus de 100.000 photographies ? Elle était excentrique, originale, secrète. Très grande. Plus d’un mètre 80. Les autoportraits montrent à quoi elle ressemblait jeune. Un visage mince, des cheveux courts. Elle resta presque 20 ans à Chicago, au service de la famille Gensburg avant d’entamer un long voyage à travers le monde  où bien sûr, elle ne lâcha pas son appareil.

Elle était née en Amérique mais elle avait vécu en France qui était le pays de sa mère. John Maloof qui a décidément un grand talent de prospecteur repère, grâce à un clocher, le village de la vallée du Champsaur où elle a été petite fille. Il y part aussitôt, en apprend encore un peu de ce passé dont il exhume les émotions à mesure qu’il avance. Puis il revient car tout va très vite et le film, toujours en alerte, privilégie l’aventure, le départ, le mouvement. On a l’impression d’être sur une piste au trésor qui ne finira jamais. Les gens qui employaient Vivian Maier, les enfants dont elle s’occupa, témoignent à tour de rôle. Chacun a son morceau de Vivian. Les uns la disent bonne, gentille, attentive, aimant les gosses. Les autres la disent revêche, dure.  Le film, lui, est passionnant.

« A la recherche de Vivian Maier » de John Maloof et Charlie Siskel. Sortie le 2 juillet.

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commentaires

6 Réponses pour Vivian Maier, la photographe révélée

JC..... dit: 4 juillet 2014 à 19 h 17 min

La qualité, extraordinaire, glacée, précise, des billets de Sophie paralyse les commentateurs. Tout du moins les plus intelligents d’entre eux. Dommage …

fibena dit: 12 juillet 2014 à 22 h 26 min

Ce film permet de découvrir une femme… curieuse…Comme tout photographe de talent, Vivian Maier nous plonge dans le monde (intérieur surtout )des personnes qu’elle saisit : la bonne distance qu’elle trouve pour que nos regards communiquent, fait que sa photographie nous « capture » autant que l’ont été ses personnages. Son talent consiste à maintenir la dynamique du regard qu’elle a eu à un moment donné. Ainsi, son oeil est encore vivant : le film révèle bien cette dimension. John Maloof incarne le hasard et la passion qui, ensemble, permettent d’accomplir le destin inachevé de cette artiste .C’est assez bouleversant.

Burntoast dit: 4 août 2014 à 18 h 50 min

C’est un film bouleversant car on entre dans la vie d’une personne, qui n’a sans doute jamais été heureuse, et qui n’aurait probablement pas aimé nos regards. Une photographe éblouissante, qui a parfaitement assimilé la technique de ses pairs. Ceux-ci, hélas, ne peuvent plus rien dire de son art. On aurait aimé connaître leur ressenti.

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