de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« The walk: rêver plus haut »: Joseph-Gordon Levitt

Par Sophie Avon

L’histoire est bien réelle mais c’est d’abord une fable dont le héros est un funambule. « Pour moi, marcher sur un fil, c’est la vie », dit Philippe Petit auquel le film de Robert Zemeckis rend hommage. Un matin d’août 1974, il a tendu un fil entre les tours jumelles et traversé. Dans le ciel new-yorkais, à quelques 417 mètres au-dessus de la ville: quarante-trois mètres de marche au pas. Le World Trade center venait d’être achevé. Il se dressait pour l’éternité, croyait-on.

Philippe Petit a affronté le vide depuis les tours parce que cela semblait impossible à réaliser. Il avait des complices, des jeunes gens aussi extravagants que lui qui comprenaient pourquoi un artiste, poussé par sa propre énergie, éprouve le besoin de repousser ses limites et de braver l’apesanteur, pourquoi un funambule n’est pas seulement un acrobate ou un équilibriste, mais un poète, un fou, un rêveur dont l’âme est singulière, toute entière consacrée à son obsession. Il fallait bien être obsédé pour tirer un trait entre deux sommets aussi inaccessibles et s’élancer sans trembler.

Rôdé aux destins extraordinaires, Robert Zemeckis (« Forrest Gump »), a fait de celui-ci une histoire typiquement américaine et d’autant plus que le très Français Petit accomplit son rêve à New-York. Comme le funambule, le cinéaste n’a pas lésiné sur les moyens. Et s’il a fallu de l’imagination, des haubans solides, de l’ingéniosité  et beaucoup de bravoure pour que l’entreprise des twin towers réussisse, « The walk » a aussi nécessité pas mal de patience et de détermination. Grand spectacle, 3 D, prises réelles, et pour Joseph Gordon-Levitt qui interprète le rôle principale, une préparation drastique. Il a appris à marcher sur un câble avec Petit, admis que le fil était une métaphore de la vie, que l’équilibre était une affaire d’esprit, voire une disposition du cœur, et pour finir, il a fallu qu’il s’entraîne à parler l’anglais avec un accent parisien. « J’ai passé plus de temps à apprendre le français qu’à marcher sur le fil », dit l’acteur.

Car tout commence à Paris, en noir et blanc, dans les clichés de la ville lumière que les Américains chérissent quand elle a des airs de vieille métropole décolorée. Au départ, c’est une carte postale. Un divertissement de cirque avec un jeune homme qui vivote en montrant ses tours de magie dans la rue. On est en 1973. C’est le temps de l’insoucience. Il rencontre Papa Rudy (Ben Kingsley) qui lui apprend qu’un artiste ne doit jamais tricher, Annie (Charlotte Le Bon) qu’il aime aussitôt et un photographe, Jean-Louis (Clément Sibony) qui va fixer la légende.  D’autres encore,  Jean-François, Jean Pierre – c’est la mode des prénoms composés –  sans qui il n’est qu’un oiseau sur la branche.

Le film se transforme alors en thriller. C’est un film de casse. Vont-ils arriver ou pas à braquer cette banque, pardon, à grimper en haut des tours ? Ce n’est pas simple, on s’en doute et malgré le chantier qui demeure car les travaux ne sont pas tout à fait achevés, rien qu’atteindre la cime est une affaire d’état. Les entrées sont surveillées, la terrasse inaccessible. Et une fois là-haut, l’été a beau resplendir, le vent est violent, la hauteur démesurée, le vide insurmontable. Evidemment la 3D aide à ressentir la puissance des émotions physiques et la caméra de Zemeckis n’hésite pas à fendre le ciel rouge de cette aube inoubliable. Pas d’hommage pour autant au monument effondré, c’est la performance aérienne qui seule motive une œuvre où l’attachement au World center résonne en creux. Et d’autant plus que le récit cultive le passé sans nostalgie.

« The walk: rêver plus haut »de Robert Zemeckis. Sortie le 28 octobre.

 

 

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

10 Réponses pour « The walk: rêver plus haut »: Joseph-Gordon Levitt

Polémikoeur. dit: 28 octobre 2015 à 17 h 32 min

Il fallait :
- le faire !
- dire et redire
que l’inimaginable
avait un jour été possible !
Filàcoupelsoufflement.

Jacques Barozzi dit: 29 octobre 2015 à 10 h 59 min

En attendant, je suis allé voir « Notre petite soeur » : c’est doux et tendre, une sorte de bibliothèque rose au pays du manga, mais arrosé de temps à autre d’un vigoureux alcool de prune !

Jacques Barozzi dit: 29 octobre 2015 à 21 h 09 min

Pour le divertissement, Lolo, de Julie Delpy, avec Dany Boom, qui transforme tout ce qu’il touche en or !

Ueda dit: 30 octobre 2015 à 10 h 48 min

Dany Boom, qui transforme tout ce qu’il touche en or !

Hi hi hi hi.

C’était juste pour mettre un petit bémol. Mais pour le reste, entièrement d’accord avec vous, Jacques.

ueda dit: 30 octobre 2015 à 21 h 09 min

Chère Sophie, vos excellents billets valent mieux que quelque lecteurs occasionnels (Jacques Barozzi est vraiment quelqu’un de très bien) et que quelques commentaires insipides signés d’un faux « Ueda ».

Je ne sais pas qui est cet homme, connu sur le site de la République des Livres comme un étrange pourrisseur nommé parfois Puck, parfois hamlet, parfois D., qu’importe.

Cet homme, probablement talentueux, est fou.

C’est le destin des blogs libéraux, et je n’appelle pas pour autant au despotisme.

Allons, continuons à marcher -et à rêver plus haut!

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