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La République Du Cinéma

« While we’re young »: Ben Stiller, Naomi Watts, à l’âge de raison

Par Sophie Avon

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie » écrivait Nizan au début de Aden Arabie. Ses vingt ans lui auraient-ils paru plus joyeux s’il avait franchi le cap des 40 ans au lieu de se faire tuer à 35 ans ?  Pas sûr. Il faut sans doute avoir passé cette barre fatidique pour que soudain la vie s’accélère et apporte ses premières angoisses. Ce ne sont pas encore des regrets, d’ailleurs, rien n’a changé en apparence, mais l’âge qui semblait n’exister que pour les autres a soudain pris une importance qu’il n’avait pas avant.  A 46 ans, Noah Baumbach en est là. Hier encore, il était jeune et puis voilà que malgré ses airs de gamins, il est passé de l’autre côté. Après « Les Berkman se séparent », « Greenberg », « Frances Ha », le cinéaste américain réalise « While we’re young », son film le plus drôle qui est aussi le plus tragique.

Josh (Ben Stiller) a la quarantaine et vit heureux avec Cornelia (Naomi Watts). Ils n’ont pas d’enfants, n’ont pas pu en avoir et s’en sont accommodés. A la place, ils ont mené une vie privilégiée d’éternels étudiants. Est-ce pour autant qu’ils ont fait plus de choses, plus de voyages, plus de sorties ? Non, mais à l’heure de trancher, devant ce petit bébé indéchiffrable que leurs amis viennent d’avoir, ils se sentent épanouis. Pourtant,  Josh s’épuise sur un documentaire dont il ne voit pas la fin, depuis le temps qu’il y travaille. Et s’il n’avait plus le feu sacré ? Quand il rencontre le jeune et si cool Jamie (Adam Driver), il est immédiatement séduit. Flatté que le jeune homme connaisse ses films, flatté qu’un gars de 25 ans ait envie de le fréquenter. Cornelia est plus réservée mais peu à peu, elle s’abandonne elle aussi à l’exaltation que Jamie et sa copine Darby font rejaillir sur eux, comme si leur jeunesse était contagieuse.

A son corps défendant, le jeune couple  tient la clé de ce mystère : qu’est-ce qui, dès lors qu’on a quitté le printemps, est encore du côté de la jeunesse ou déjà ringard ? Eux, Josh et Cornelia, sont entourés de technologie contemporaine alors que Jamie et Darby collectionnent des centaines de vinyles  et possèdent une machine à écrire. Mieux, ils élèvent une poule !  Surtout, ils vivent au présent, et en bon observateur de la vie, Josh note que c’est là ce qu’il admire le plus, leur façon d’être dans le moment. Le quatuor ainsi installé fonctionne à merveille : Josh paie les additions au restaurant sans que ni Jamie ni Darby ne lui en soit démesurément reconnaissants et Jamie donne à Josh l’occasion de tourner avec lui un documentaire  génial dont il a eu l’idée à partir de Facebook. Tout le monde s’y retrouve en apparence. Sauf que non. Passée la joie narcissique de ce bain de jouvence, Josh est rattrapé par son arthrite, Cornelia par ses doutes,  et  le théâtre de cette amitié soudaine révèle des coulisses plus secrètes et plus noires. Sans compter que le monde est lui-même en pagaille avec la révolution numérique. C’est comme si ce que vivaient Josh et Cornelia, le passage d’un âge à l’autre, prenait tout à coup  une dimension d’autant plus douloureuse qu’elle accompagne une mutation à la fois métaphorique et d’un autre ordre.

La force de Noah Baumbach est de filmer la crise de ce couple avec un sens du détail et une justesse qui n’empêchent pas les situations d’aller vers le burlesque. La façon dont Josh notamment s’enfonce dans un bourbier sans nom, la façon dont il bade la désinvolture de Jamie avant d’ouvrir les yeux sur sa vraie personnalité, la façon dont tous les personnages sont dessinés, à la fois finement et de manière hilarante, la façon enfin dont les acteurs leur  donnent vie, Ben Stiller en tête, aussi émouvant que comique, tout cela fait de « While we’re young » une œuvre de maturité et une comédie en or. Drôle et déchirante à la fois. Lucide sur la vie et portant sur le monde contemporain un regard d’entomologiste à l’heure où la technologie fait de nous de véritables mutants.

« While we’re young » de Noah Baumbach. Sortie le 22 juillet.

 

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commentaires

18 Réponses pour « While we’re young »: Ben Stiller, Naomi Watts, à l’âge de raison

jeune branché dit: 22 juillet 2015 à 9 h 30 min

puisque le titre n’est pas traduit pourquoi ne pas laisser les sous-titres en anglais, pour le fun

La Reine des chats dit: 22 juillet 2015 à 13 h 21 min

La note rend le film des plus tentant. Surprenant Ben Stiller, promenant son visage éternellement un peu ahuri. Serait-il en train de s’améliorer avec l’âge? Amoureux transi, hilarant aux côtés d’une Cameron Diaz aux cheveux curieusement gominés, d’un Matt Dillon moustachu en chemise hawaïenne douteuse et d’un faux handicapé chez les Farrelly, sombrant sans hésitation, ds une comédie de John Hamburg donnant effectivement envie de tirer la chasse (Polly & moi), convaincant plus ou moins, au musée, ou dans les diverses versions « avec beau-père », affronté à De Niro, on décolle littéralement avec lui en hélico sur le Space Oddity de Bowie, parcourant les paysages somptueux et minéraux de l’Islande (ou de la Nouvelle Zélande?)ds « La vie rêvée de Walter Mitty ». Si Sophie le crédite, en plus – ça doit valoir le coup.
Bientôt en duplex depuis Madère, BàV

JC..... dit: 22 juillet 2015 à 13 h 33 min

Le billet vaut certainement plus que le filmounet que nous cataloguons sans redouter d’opposition décente dans la catégorie ETRON BRILLANT D’EPOQUE FUTILE.

S’abstenir d’aller se salir l’œil … Lire.

Polémikoeur. dit: 22 juillet 2015 à 14 h 18 min

Devinette ou exercice :
qui donc n’est pas,
mais alors pas du tout,
dans le cœur de cible
d’une comédie pareille ?
En tirer, si possible,
la leçon pour soi-même
de se connaître assez
pour éviter de juger
ainsi, en décalage
total et navrant !
Moijesuissement.

Jacques Barozzi dit: 23 juillet 2015 à 8 h 20 min

Guère convaincu par cette fable où les quadras, plutôt des quinquagénaires, sont convaincus que les plus vieux sont des vrais cons et les plus jeunes des salauds qui veulent voler leurs places !
Ben Stiller me semble être une contrefaçon de Woody Allen…

xlew.m dit: 23 juillet 2015 à 17 h 23 min

Reine a raison si le film n’est pas traduit (tout comme les deux derniers films de Allen) c’est aussi à cause d’une allusion très claire au titre de Bowie qui fait partie de la b.o « Golden Years », pile à l’époque où il enregistrait « Young Americans », la connexion paraît alors très claire comme on dit aux States.
Ciment rouspétait déjà qu’on ne traduise plus rien en français, maintenant on sait pourquoi, stay positive guys, cool.
Cela dit assez d’accord avec il sempre giovane Barozzi, le gars Stiller pédale dans la semoule de ses derniers rôles, toujours à chercher le levain disparu dans la pâte des petits pains où le roulent les réalisateurs (c’est à dire lui-même quelquefois), est-ce normal à quarante balais de souffrir des vertèbres quand on fait du vélib ?
Allons ce n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans dans sa caboche, le corps suit quand on a lu les poètes français.
J’avais tranquillement adoré Frances Ha, film un peu branquos comme on peut les aimer les soirs de pluie, dans celui-ci ce sont les atmosphères qu’on guette, le « plot », et les péripéties, on s’en tape radicalement la première pose de Yoga tantrique qui nous péta les tendons du grand glutéal dans un cours à Paris, on absorbe les vues de New York que filma Woody trente cinq ans plutôt, on jouit par instants (subtils) dans des phases presqu’insensibles d’invisibles spasmes visuels, les meilleurs.
Cela n’a peut-être rien à voir avec des histoires de génération, avec le net, YouTube, chacun fait sa tambouille culturo-cultuelle, on s’absorbe le suns les autres, on se recrache, à la bonne heure, selon notre discrétion, ce n’est même pas une question de sexe, Assayas l’avait bien montré avec son superbe Sils Maria, Binoche, Stewart, Stewart, Binoche, take your pick, pick your take, l’âge n’a plus d’importance (ou plutôt si, mais à l’intérieur d’autres plis invisibles à l’âme nue.)
Moi, ce qui m’a la plus botté dans le Baumbach c’est la fascination des figures d’extrême gauche américaine qui sédimentent encore dans les esprits des documentalistes, c’est super bien vu, à une époque où pas mal de gens classés à gauche, politiques, journalistes et artistes, trouvent l’inspiration chez des types comme Saul Alinsky, j’ai trouvé le film pile dans la Zeitgeist d’une triste époque (les adultes s’habillent comme leurs gosses, New York est pourri de Français, le New York de Woody Allen et de Sergio Leone s’est définitivement vaporisé.)
Si elle me le permettent, deux bises à Sophie et Reine.

sans blague dit: 24 juillet 2015 à 6 h 41 min

« à cause d’une allusion très claire au titre de Bowie… maintenant on sait pourquoi, stay positive guys, cool. »

merci monsieur Esprit Sup ! On savait, ou se doutait bien, que ça fait référence à quelque chose de connu malgré l’absence de
Ce n’est pas une raison
En plus tout le monde ne connaît pas
(et rien à f… de ce freluquet david B)

sans blague dit: 24 juillet 2015 à 6 h 41 min

A cause d’une allusion très claire au titre de Bowie
maintenant on sait pourquoi, stay positive guys, cool.

merci monsieur Esprit Sup ! On savait, ou se doutait bien, que ça fait référence à quelque chose de connu malgré l’absence de  » « !
Ce n’est pas une raison
En plus tout le monde ne connaît pas
(et rien à f… de david B)

puck dit: 26 juillet 2015 à 18 h 18 min

Sophie vous avez vu la série « the Wire » ? à la fin de la dernière série le flic cite Kafka à un gamin : « vous pouvez retenir la souffrance du monde, vous êtes libre de le faire, et c’est en accord avec votre nature. Mais peut-être est-ce la seule souffrance que vous auriez pu éviter. »

les américains sont plus conscients que nous de la fin de la politique, dans nos sociétés modernes l’homme a cessé d’être un animal politique, non pas pour devenir un mutant comme vous le dites, mais pour devenir lui-même l’horizon de tout, la mutation consiste dans la fin d’un devenir collectif pour obtenir des individus totalement repliés sur eux-mêmes.

cette disparition de l’homme comme animal politique est en vérité un aboutissement du processus politique des sociétés capitalistes, ultra libérales qui se nourrissent de ces individus ramenés au rang de particules élémentaires n’ayant d’autres soucis qu’eux-mêmes.

les américains ne sont pas que des imbéciles, s’ils font ce genre de film c’est aussi parce qu’ils souffrent d’être devenus ce qu’ils sont, sans doute plus que nous, je veux dire en France, où nous occultons cette fin de l’ère politique.

du coup, ces gens ne sont pas des mutants, au contraire ils sont dans la norme, ils seraient des mutants s’ils étaient engagés politiquement, mais là non, ce sont tout sauf des mutants.

JC..... dit: 27 juillet 2015 à 7 h 33 min

« qui se nourrissent de ces individus ramenés au rang de particules élémentaires n’ayant d’autres soucis qu’eux-mêmes. » (puck)

Enfin ! ami Dexter… tu es comme les autres : une particule élementaire !

… Une particule élémentaire complexe, certes, mais tu te gardes bien de quitter cette société capitaliste et libérale.

Tu es partant pour le paradis Nord-coréen ? Cubain ? Vietnamien ?…

chrischris dit: 27 juillet 2015 à 9 h 39 min

Ce qui est formidable avec le pervers de pq c’est qu’il se renouvelle et avec quelle fougue ! Il nous surprendra toujours ! allélouaïe

puck dit: 27 juillet 2015 à 12 h 58 min

JC, non, soyez sympa, vous avez vu la bande annonce ? vous croyez vraiment que je suis comme cette bande de tarés surexcités ? ils n’ont mérité qu’une chose : bruler en enfer, sérieux quand on voit on comprend que Swift ait dit que la pire conquête du cheval était l’homme.
JC, vous croyez que c’est ça l’humanité ? je veux dire quand on parle d’humanité on parle de ça ?
l’homme aurait atteint son maximum ?

ce film, d’après ce que j’ai compris, parle de ce que nous pourrions appelé un retour du néoténique, en fait ils ne veulent pas être des gamins ils veulent retrouver un état foetal.
parce que, je sais pas si vous savez mais la spécificité de l’homme c’est de venir au monde trop tôt : 1 an trop tôt, 1 an c’est pas rien, du coup cette déficience du temps t0 de la naissance, et ce rapport au monde à ce moment là, sont maintenus durant toute l’existence, et on retrouve chez les individus adultes cette juvénilité, ça existe dans d’autres espèces animales mais chez l’homme c’est hyper spécial.

JC, j’ai écrit une petite fable swiftienne là-dessus, vous l’avez lu au moins, c’est marrant on voit un gamin qui nait à l’âge où devrions tous naitre, comme les autres mammifères, je pense qu’il va y avoir bientôt un film qui va sortir là dessus :

http://www.amazon.fr/N-A-T-I-V-Maurice-Desborels-ebook/dp/B00ZIOSXQ6

?

puck dit: 27 juillet 2015 à 13 h 03 min

JC si vous lisez ma fable swiftienne vous comprendrez l’origine de ces comportements,
ou alors vous pouvez attendre pour aller le le voir au cinoche.

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